Lorsque la mise au sein est impossible
Pour un certain nombre de mères, le fait de ne pas mettre l’enfant au sein n’est pas un choix, mais une situation qu’elles subissent. Elles devront faire le deuil de l’allaitement qu’elles auraient souhaité avoir, ce qui sera encore plus difficile lorsqu’elles ont vécu un allaitement gratifiant auparavant. Lorsqu’une mère met au monde un bébé handicapé, elle peut compter sur la compassion et le soutien de son entourage. Si le handicap a pour conséquence l’impossibilité de mettre l’enfant au sein, la perte de la relation d’allaitement, vécue comme un crève-cœur par la mère, sera très souvent considérée par l’entourage comme une broutille en regard des autres problèmes, et la mère ne trouvera probablement aucune oreille attentive prête à l’écouter parler de sa peine. Sa décision de tirer son lait pour le donner à son bébé, afin de « sauver ce qui peut l’être », pourra même, dans certains cas, être considérée avec stupeur, voire avec hostilité. Et son chagrin de ne pas pouvoir avoir une relation d’allaitement « normale » sera généralement totalement incompris. Or, et ce tout particulièrement pour une femme qui a déjà eu l’occasion de vivre une relation d’allaitement gratifiante, l’allaitement est une relation dont la dimension émotionnelle et affective est très importante. Il constitue une part importante du maternage. La mère se retrouve privée de cette relation qu’elle attendait ; elle ne pourra pas vivre les moments de joie et d’apaisement que sont les tétées, consoler facilement son enfant en le mettant au sein… Si, en outre, elle ne peut même pas faire part à d’autres personnes de sa peine par crainte de subir reproches ou moqueries, cela sera encore plus difficile à vivre. Dans notre société où l’allaitement est encore peu valorisé, et où le lait industriel est considéré comme à peu près aussi bon que le lait maternel, les femmes qui décident d’allaiter pendant plus de quelques mois doivent souvent affronter une pression sociale les poussant à sevrer leur enfant. Cette pression sera encore plus importante sur une mère qui décide de tirer son lait, et d’autant plus si elle le fait longtemps. Au lieu d’être félicitée et soutenue pour son souhait de donner à son enfant l’aliment de premier choix, elle s’entendra très souvent reprocher d’investir tant de temps et d’énergie à tirer son lait alors qu’il « serait tellement plus simple et tout aussi bien de donner un lait industriel ». Si cette mère rencontre ne serait-ce qu’une seule personne, tout particulièrement si cette personne est un professionnel de santé, qui lui dise régulièrement que ce qu’elle fait est vraiment le mieux pour son enfant, que son lait est important pour son bébé, cela l’encouragera dans les inévitables moments de doute et de découragement pendant lesquels elle se demandera si continuer à tirer son lait est vraiment utile.(reproduit avec la permission écrite de:http://www.lllfrance.org)


