Le casse tête de l'allergie

 
Le casse tête de lAllergies... tout le monde est concerné. Qui ne connaît au moins une personne de son entourage souffrant de cette maladie plus ou moins invalidante ? C'est une pathologie qui, selon le terme consacré, "flambe" en ce début de troisième millénaire : en France, on estime qu'une personne sur cinq souffre d'allergie, et les enfants sont encore plus atteints que les adultes. Environ 8 % des enfants souffriraient d'une allergie alimentaire.

Quelques certitudes

Quel est le mécanisme de l'allergie ? Un organisme rencontre une substance étrangère - dite allergène - (pollen, acariens, poils de chat, protéines de lait de vache, etc.), la défi-nit comme un intrus dangereux - après le premier contact, c'est la phase de sensibilisation - et la garde dans sa mémoire immunitaire. A chaque nouveau contact avec l'allergène, la personne réagira de façon exacerbée en libérant en excès les substances de lutte contre l'agresseur que l'on nomme immunoglobulines E ou IgE. Alors que dans le même temps, la majorité de la population n'aura mis en place qu'un système normal de défense.

Pour que ce processus se mette en route, il faut une prédis-position génétique - connue ou non - à produire plus facile-ment des anticorps de l'allergie. On deviendra ou non allergique en fonction de l'environnement. Trois facteurs sont donc nécessaires pour qu'un enfant développe une allergie : la prédisposition ellergique, l'exposition aux allergènes et des contributifs comme un déficit immunitaire, une maladie digestive (allergie après diarrhée), des infections (une bronchite) ou des irritants non spécifiques comme le tabac, la pollution... Parmi les nombreux allergènes de l'environnement, les aliments semblent jouer le rôle majeur dans l'enfance. Pour un parent allergique, le risque d'avoir un enfant allergique est de 20 à 30%. Pour deux parents allergiques, il est de 40 à 50 %.

Les manifestations de l'allergie sont multiples et variées, et bien souvent déroutantes. Ainsi les symptômes d'allergie alimentaire ne sont pas seulement digestifs (régurgitations, vomissements, diarrhées, constipation, coliques, sang dans les selles), ils peuvent aussi être cutanés (eczéma ou dermatite atopique, urticaire), respiratoires (rhinite, toux, sifflements, asthme), troubles du sommeil, pleurs et au pire choc anaphylactique gravissime.

Il peut y avoir de fausses allergies alimentaires qui se caractérisent par des manifestations cliniques mimant celles des allergies alimentaires et par un mécanisme de libération d'histamine. Les tests allergiques sont alors négatifs. Le traitement consistera à diminuer les apports en aliments riches en histamine, histaminolibérateurs ou riches en tyramine (tomates, épinards, fraises, chocolat, etc.).

Dans l'allergie alimentaire, la recherche d'une sensibilisation peut être réalisée par des tests cutanés - ou prick-tests - très tôt dans la vie. Dans un article d'Oasis Allergie, le Pr Moneret-Vautrin (CHR de Nancy) dit qu'ils sont possibles "au niveau du dos dès les premiers jours de vie. Les aliments testés sont ceux qui sont le plus souvent en cause dans l'allergie alimentaire : oeuf, arachide, lait, farine de blé et l'allergène en cause dans l'allergie alimentaire familiale". Ces tests cutanés peuvent être effectués par des pédiatres allergologues dès les premiers mois. Leur fiabilité dépendra de la maturité des cellules mastocytes de la peau. J'ai vu une petite fille de 3 mois, exclusivement allaitée, qui s'était couverte d'eczéma, réagir très fortement et indubitablement aux tests cutanés du blanc d'oeuf et de la moutarde. La maman a supprimé ces deux produits de son alimentation, et l'eczéma a disparu.

Une question concerne les tests biologiques marqueurs de l'allergie qui reviennent parfois négatifs alors que les symptômes présentés par l'enfant indiquent une allergie. Ces tests sont-ils toujours fiables dans un contexte si complexe ? Dans le doute, exclure les aliments incriminés et observer l'enfant peut toujours être tenté.

... et beaucoup de questions

Il a été prouvé, de façon indiscutable, que l'enfant peut se sensibiliser in utero. Des anticorps anti-oeuf, anti-lait de vache, anti-soja ont été mis en évidence dans le liquide amniotique. Le foetus est également exposé - et c'est assez inattendu - aux aéroallergènes acariens et pollens. Tout serait-il déjà joué à la naissance ?

Et l'allaitement ? Concernant l'allergie, la recommandation a d'abord été : "pour prévenir les allergies, allaitez". Puis il a fallu ajouter : "pendant six mois", et préciser ensuite : "exclusivement". Certains spécialistes recommandent main-tenant à la mère d'un enfant à risque allergique un régime d'exclusion pendant la grossesse et l'allaitement. Cela consiste en la réduction ou la suppression de l'alimentation maternelle du lait de vache, des oeufs, du poisson, du soja et de l'arachide. Parfois, malgré ces mesures contraignantes, l'enfant développe quand même une sensibilisation à d'autres aliments, ce qui oblige la mère à augmenter la liste des aliments qu'elle ne peut absorber. Si le régime d'éviction de la mère est très strict, la croissance de l'enfant doit être surveillée de près. Et la mère a aussi besoin d'un suivi diététique, pour éviter les carences.

Non, le lait maternel ne protège pas de tout, au moins à court terme. Cela s'explique par une sensibilisation via le lait maternel, qui peut contenir des quantités mesurables de particules de lait de vache, d'oeuf, de blé, de poisson, d'arachide, etc. L'enfant peut réagir aux aliments que sa mère vient de manger dans les minutes qui suivent, mais le plus souvent, les signes apparaissent entre quatre heures et vingt-quatre heures après leur ingestion. La plupart des bébés montreront une nette amélioration cinq à sept jours après que leur mère ait supprimé de son alimentation l'aliment incriminé. Cela peut prendre deux semaines ou plus pour que toute trace de l'aliment soit éliminée de l'organisme de la mère et de l'enfant.

Des études qui se sont penchées sur l'alimentation maternelle, ont constaté qu'en cas d'allergie chez un enfant allaité, il y avait dans le lait maternel un taux abaissé de certains acides gras insaturés à longues chaînes. Faudrait-il en ajouter ? A l'alimentation maternelle ? Directement à l'enfant ? Une autre étude a trouvé que la prise de Lactobacillus rhamnosus, que l'on appelle aussi probiotique, par des mères ayant des antécédents d'allergie, réduisait les patholo-gies allergiques chez leurs enfants. Cet impact positif demande à être vérifié.

L'alimentation artificielle de base, avec des préparations pour nourrissons à base de lait de vache ou plus rarement de soja, est également source d'allergie. Les signes peuvent être francs et reconnaissables (dermatite atopique, diarrhée, vomissements) ou plus subtils et non diagnostiqués comme tels (coliques, régurgitations, troubles du sommeil, enfant qualifié de "difficile"). Que penser par exemple de ces enfants nourris avec un lait industriel et constipés ? N'est-ce pas déjà un signe au moins d'intolérance au lait de vache ? Certains troubles empoisonneront la vie de l'enfant et de ses parents au point de faire changer plusieurs fois de marque de lait, jusqu'à l'amélioration apportée par un lait dont les protéines auront été hydrolysées, c'est-à-dire transformées pour perdre au maximum leur pouvoir allergisant. Ce sont ces types de lait, à base de protéines de lait ou de collagène de porc et de soja, qui sont parfois proposés pour lire plus




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