environ 70 % des femmes enceintes de l’Inde rurale et urbaine pauvre allaitaient toujours. Dans les mêmes années, au Sénégal, 30 % des femmes tombaient enceintes alors qu’elles allaitaient ; parmi elles, 62 % allaitaient toujours à trois mois de grossesse, 19 % à six mois, et un peu moins de 4 % à neuf mois et après l’accouchement. Dans les zones rurales du Guatemala, une étude de 1990 avait trouvé 50 % de femmes tombant enceintes alors qu’elles allaitaient, 41 % allaitant encore pendant le second trimestre de grossesse, et 3 % au cours du troisième trimestre.

Chez les Yao, un peuple de Thaïlande, le sevrage s’achève vers 2 ans ou lorsque la mère est à nouveau enceinte. Les femmes yao considèrent qu’il est impossible de nourrir simultanément un enfant « de l’intérieur » et un autre « de l’extérieur ». Mais ce principe n’est plus appliqué une fois la grossesse terminée : quand sa mère allaite le cadet, l’aîné quémande du lait qui ne lui est jamais refusé.

Sur l’île de Pohnpei, en Micronésie, l’allaitement s’arrête aux trois mois de grossesse, mais reprend éventuellement après l’accouchement. D’autres cas de co-allaitement sont attestés en Papouasie Nouvelle-Guinée, au Mali, en Mongolie…

Dans les pays occidentaux, on ne trouve pour le moment d’allaitement pendant la grossesse et de co-allaitement que dans des sous-cultures comme les membres de La Leche League. Une étude faite par Kathleen Kendall-Tackett et Muriel Sugarman en 1995 sur un groupe de 179 mères LLL ayant allaité au moins six mois a ainsi montré que 61 % d’entre elles avaient allaité enceintes et 38 % avaient co-allaité.

Alors, nature ou culture ? Impossible de répondre. Mieux vaut se poser une autre question : est-ce que je me sens ou non capable de m’occuper de deux petits d’âges rapprochés, avec ce que cela implique de maternage proximal, d’allaitement long, etc. ? La façon dont on répond à cette question (à laquelle il est d’ailleurs bien difficile de répondre avant d’y être…) conditionnera l’intervalle souhaité entre les naissances et l’envie ou non de se lancer dans l’aventure du co-allaitement. D’ailleurs, un certain nombre de femmes qui témoignent dans les pages qui suivent le disent : je ne regrette pas d’avoir co-allaité, mais pour la prochaine naissance, j’attendrai que cet enfant soit sevré !
(reproduit avec la permission écrite de:http://www.lllfrance.org)




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