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Les types de rapports avec les drogues

Abstinence-------------100% de la population. A déjà consommé et cessé ou n`a jamais consommé. Exploration--------------95% de la population (incluant l`alcool) Consomme par curiosité sur une période limitée. Contr&oc...
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A déjà consommé et cessé ou n`a jamais consommé.
  • Exploration--------------95% de la population (incluant l`alcool)
Consomme par curiosité sur une période limitée. Contrôle la fréquence , la nature et la quantité mais ne connaît pas ses limites. L`exploration est de courte durée.
  • Occasion--------------70% de la population
Le fait par plaisir , durant les fins de semaines ou dans les occasions spéciales. Contrôle la nature du produit , la fréquence et la quantité. Connaît en générale ses limites. Attrait pour un mode de vie plus marginal; ont des difficultés au niveau social. Signe d`alarme : le processus est amorcé.
  • Régularité--------------15% de la population
Intègre la consommation à son mode de vie. Se crée une dépendance psychologique ; a plusieurs amis qui consomment , aime l`effet. Contrôle la nature et la quantité mais un peu moins la fréquence. La consommation est devenu un moment souhaiter. Recherche la compagnie de consommateur. Règle général: consomme chaque semaine mais peut aussi être plus fréquent et/ou plus espacer (mensuel).
  • Surconsommation----------5% de la population
Consacre la plupart de son temps et de son argent ainsi que de son énergie à la drogue. Fait de la polyconsommation. Se tient presque exclusivement avec des consommateurs. Se crée une dépendance psychologique et ne contrôle plus sa consommation. Gammes de problème personnel. La consommation est devenu le moyen de faire face aux problèmes. Ses relations sont définis selon son style de vie.
  • Abus-------------------nombre indéfinis dans la population.
Ne contrôle pas sa consommation , qui cause un problème à tout coup , et ce indépendamment de la fréquence de consommation( avec souvent destruction).Au stade de l`abus, on peut y retrouvé chaque stade nommé ci-haut. Que ce soit un explorateur abusif, un occasionnel abuseur , un régulier abusif ou un surconsommateur abuseur il y a relâchement du contrôle suivie d`une compensation.

Etude de cas: la douleur articulaire

Patricia, 38 ans, mère de deux enfants Patricia, informaticienne travaille constamment au clavier de son ordinateur. Depuis l’hiver 1998-1999, elle souffred’une douleur articulaire aux phalanges de l’index et de l’auriculaire ; cette douleur est apparue progre...
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Patricia, 38 ans, mère de deux enfants

Patricia, informaticienne travaille constamment au clavier de son ordinateur. Depuis l’hiver 1998-1999, elle souffre
d’une douleur articulaire aux phalanges de l’index et de l’auriculaire ; cette douleur est apparue progressivement en deux mois et n’a jamais disparu. Au moment de sa visite auprès du médecin chinois, le tableau était le suivant :
  • Douleur permanente et fixe des deux doigts, aggravée à la torsion, à la palpation et à la chaleur estivale.
  • Patricia a une sensation de chaleur et de distension des doigts, et de la lourdeur des jambes.
  • Depuis quelques semaines, des boutons apparaissent soudainement par grappes sur l’arrière et le côté externe des jambes, pareils à des piqûres de moustiques. Ces éruptions disparaissent si Patricia s’allonge ou douche ses jambes à l’eau froide.
  • Bien que frileuse, Patricia craint la chaleur.
  • Sa digestion est lente et difficile.
  • Patricia dort bien, mais se réveille fatiguée.
  • Son Pouls est tendu, glissant et sans force, à gauche glissant sur la position Guan, vide sur les positions Chi et Cun. Il est plus tendu et glissant à droite.
  • La langue est humide et a une tache pourpre sur la pointe, l’enduit lingual est blanc et fin, trouble au centre.
Le médecin chinois diagnostique une douleur Bi des articulations par Vent Chaleur Humidité. Répondant aux principes thérapeutiques :
  • chasser le Vent
  • clarifier la Chaleur,
  •  éliminer l’Humidité,
  • dégager les Luo,
  • soutenir et
  • mobiliser le Qi et le Sang,
il prescrit une modification de Fangfeng Tong Qi San. Après cinq jours de traitement, la douleur et le gonflement ont fortement diminué, mais les doigts sont encore douloureux à la palpation et à la torsion. Patricia reprend cinq jours du même traitement, la douleur disparaît. A ce jour, soit plus de six mois plus tard,il n’y a pas eu de rechute.

Etude de cas: urticaire

Jean, 35 ans Lorsque Jean, 35 ans, vient fait appel à la médecine chinoise, il souffre depuis une année d’un urticaire récalcitrant et de mycose. L’urticaire se manifeste sur l’avant bras gauche et sur la face latérale du...
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Jean, 35 ans

Lorsque Jean, 35 ans, vient fait appel à la médecine chinoise, il souffre depuis une année d’un urticaire récalcitrant et de mycose. L’urticaire se manifeste sur l’avant bras gauche et sur la face latérale du corps, plus précisément le long du méridien de la Vésicule Biliaire. Ces sont des taches roses à rouge, sans démangeaison, avec un bord pas très clairement délimité, et, au centre des taches, on peut voir une espèce de papule jaune ne contenant aucun liquide. Les taches sont légèrement gonflées. Quand on presse sur les taches, la rougeur disparaît, puis revient dès que l’on retire le doigt.
L’urticaire est aggravé par la prise d’alcool et par l’activité sportive. Parfois, l’éruption apparaît sous le talon, qui enfle et empêche Jean de marcher. De manière générale, Jean se sent en forme, digère bien et élimine bien ; ses urines sont foncées, il a peu soif et marque un préférence pour les boissons tempérées. Son pouls est en corde, sa langue rouge avec un enduit jaune. Le médecin chinois diagnostique une rétention de Vent Chaleur Humidité au niveau du shaoyang, avec prédominance de la chaleur sur l’humidité. Obéissant aux principes thérapeutiques suivant : disperser le Vent, libérer la surface et éliminer l’humidité, il opte pour l’acupuncture et applique le traitement ci-dessous :

Quchi (LI11), Xuehai (SP10), Sanyinjiao (SP6), Hegu (LI4), Waiguan (SJ5), tous en dispersion.

Quchi (LI11) et Hegu (LI4) libèrent la surface, dispersent le vent, clarifient la chaleur et éliminent l’humidité, waiguan (SJ5) harmonise et libère le shaoyang, Sanyinjiao (SP6) et Xuehai (SP10) activent et rafraîchissent le sang. En plus, il met des aiguilles à demeure dans l’oreille sur les points « allergie », « foie », « pingchuan ». Pendant deux jours, l’urticaire disparaît. Une semaine plus tard, Jean revient avec une grosse plaque d’urticaire sur l’omoplate, de la grandeur d’un œuf, avec démangeaison et gonflement. Une même plaque est apparue sur la région de l’estomac. Le médecin chinois modifie sensiblement son traitement. Il supprime Waiguan (SJ5), mais ajoute Fengshi (GB31) et Yinlingquan (SP9) pour traiter plus fortement l’aspect humidité. Passe une semaine, Jean va mieux, les crises d’urticaire se sont estompées, il ne reste que quelques traces sur les flancs et sur le genou gauche. Même traitement, en supprimant Fengshi (GB31) et en ajoutant Xingjian (LR2), avec , en plus, des aiguilles à demeure dans l’oreille sur « allergie », « foie » et « poumon ».
Xingjian (LR2) active le Sang, clarifie la Chaleur et surtout régularise le Foie. Deux séances de ce type, et Jean n’a plus de crises et pousse même le zèle jusqu’à manger des aliments qui favorisaient l’apparition des crises sans qu’il n’y ait de réaction allergique. Deux mois plus tard, l’urticaire ne s’est toujours pas manifesté.

Etude de cas: menstruation douloureuse

Martine, 45 ans, vendeuse Dès ses premières règles, Martine souffre d’une sévère dysménorrhée, l’obligeant parfois à garder le lit un à deux jours. La douleur, comparable à une colique, appara...
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Martine, 45 ans, vendeuse

Dès ses premières règles, Martine souffre d’une sévère dysménorrhée, l’obligeant parfois à garder le lit un à deux jours. La douleur, comparable à une colique, apparaît quelques jours avant les règles et dure plusieurs jours. Entre l’âge de 15 ans et 25 ans, une légère amélioration se manifeste petit à petit. Puis Martine fait une grossesse extra-utérine, et la dysménorrhée s’aggrave à nouveau.

A l’interrogatoire, les symptômes suivants sont relevés:

  • Avant et pendant les règles, douleur abdominale sévère aggravée par le froid, avec parfois des spasmes dans l’abdomen, légère distension des seins, diarrhée fréquente .Quand la douleur abdominale est forte, apparition de nausées, qui s’aggravent si Martine ne s’alimente pas. Irritabilité à la veille des règles, un peu de déprime le premier jour.
  • Œdème fréquent des jambes aggravé par la station debout, par la chaleur estivale et la consommation de crudités, de produits laitiers et d’alcool, ainsi que pendant les règles.
  • Transpiration nocturne sur le haut du dos et du torse ; ne peut pas boire de boissons glacées. Les urines sont souvent très colorées et odorantes et les selles fréquemment molles. Douleur lombaire en période de stress, améliorée par l’exercice et la chaleur. Douleur fréquente sur le côté interne du pied, entre la racine du gros orteil et la voûte plantaire (entre Yinbai (SP1) et Gongsun (SP4)).
  • Le cycle est régulier (28 jours), écoulement de sang légèrement pourpre avec petits caillots. La douleur abdominale est soulagée par l’expulsion des caillots.
  • Pouls en corde, vide sur la position guan à gauche et à droite., langue pâle, un peu bleutée, avec points rouges à la pointe et sur les côtés. Enduit lingual fin, jaune pâle, gras et un peu épais à la racine de la langue.

Diagnostic

stagnation du qi du foie, vide du qi de la rate et rétention d’humidité, congélation et stagnation de froid humidité dans l’utérus.

Principes thérapeutiques

assagir le foie, tonifier la rate, assécher et éliminer l’humidité, réchauffer l’utérus, régler la menstruation.

Quand le foie assure mal sa fonction de libre circulation, le qi stagne et cause l’obstruction des luo de l’utérus. A l’approche des règles, la stagnation la stagnation du qi du foie s’aggrave, l’obstruction devient sévère et provoque la douleur. Quand le foie se congestionne, il agresse la rate, qui perd sa fonction de transport et de transformation, et l’humidité apparaît. Le médecin chinois prescrit une combinaison de Xiao Yao San et Shao Fu Zhu Yu Tang. Xiao Yao San pour assagir le foie et tonifier la rate (harmoniser foie et rate) et Shao Fu Zhu Yu Tang pour chasser le froid, réchauffer l’utérus et régulariser la menstruation. Martine prend cette décoction pendant cinq jours, la semaine qui précède ses règles, lesquelles arrivent avec trois jours de retard, mais quasiment sans douleur. On laisse passer un mois, les règles suivantes viennent à l’heure, sans douleur ni inconfort. Martine reprend cinq jours le mois suivant. Depuis plus de deux ans, le cycle se fait normalement, les douleurs et les autres symptômes concomitants ont disparu.

Syndrome métabolique: quelle place pour la nutrition?

Dans quelle mesure l'alimentation pourrait-elle permettre de prévenir le syndrome métabolique reste encore un sujet débattu. Le MEDEC 2005 a fait le point récemment sur le sujet... Est-ce que le syndrome métabolique est seulement la conséquence d&rsq...
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Dans quelle mesure l'alimentation pourrait-elle permettre de prévenir le syndrome métabolique reste encore un sujet débattu. Le MEDEC 2005 a fait le point récemment sur le sujet... Est-ce que le syndrome métabolique est seulement la conséquence d’un excès calorique et de l’obésité ou existe-t-il à l’inverse un ou des facteurs spécifiques favorisant l’hyperinsulinisme, le syndrome métabolique et finalement l’obésité ? Cette question, le Pr Michel Krempf (Faculté de Médecine, Hôtel-Dieu, Nantes) l’avait posé d’emblée à l’occasion du MEDEC, à Paris, en mars dernier...

Les glucides sévèrement critiqués

L’insulinorésistance semble inversement corrélée à l’apport total de fibres alimentaires, de céréales peu raffinées et à l’inverse directement liée à la consommation d’aliments à fort index glycémique (1). Le syndrome métabolique est quant à lui moins contrasté chez les sujets les plus consommateurs de fibres et de céréales non raffinées. Le rôle délétère des acides gras saturés, peut aussi être souligné alors que les acides gras mono-insaturés auraient un rôle neutre, voire plutôt favorable (2). Mais aujourd’hui, plusieurs auteurs (3,4) insistent sur le rôle prépondérant des glucides et en particulier des aliments à fort index glycémique favorisant l’insulinosécrétion, comme un facteur déterminant du syndrome métabolique. Pour l’expert, l’introduction d’aliments à fort index glycémique, principalement après l’industrialisation du 19e siècle en Europe, a favorisé l’insulinosécrétion et a peut-être été à l’origine de dysfonction des cellules bêta pancréatiques chez certains sujets. Cette dysrégulation acquise des cellules bêta serait transmissible aux générations suivantes, du moins sur des modèles animaux. Quoi qu’il en soit, et avant d’obtenir les résultats d’études d’intervention, il apparaît légitime de recommander la consommation de céréales complètes et de composés à index glycémique modéré et, à l’inverse, de limiter la consommation de sucres simples ou d’aliments glucidiques très raffinés. Pour les patients présentant déjà des perturbations métaboliques et notamment une dyslipidémie, la consommation d’acides gras mono-insaturés et la réduction des apports glucidiques pourraient être déjà des stratégies à encourager.

Un symposium scientifique dédié en 2006

On le voit, beaucoup de zones d’ombre entourent encore le syndrome métabolique. Certains experts vont même se poser la question de son existence réelle… D’où l’intérêt d’en parler aujourd’hui en Belgique et il faut donc saluer l’initiative prochaine (le 18 février 2006) de l’Unilever Health Institute… Nouveau venu (depuis le 27 octobre 2005), cet institut est une plateforme scientifique indépendante composée d’experts belges de tous horizons dont les objectifs sont de promouvoir la santé publique en matière de nutrition et d’hygiène en mettant en oeuvre des initiatives concrètes et scientifiquement étayées en matière de recherche, de communication et de formation. Au programme d’activités : donc, le Unilever Health Institute Symposium consacré, pour cette première édition, au syndrome métabolique. Il y aura également des forums d’actualité, des bulletins d’information, des workshops pour les professionnels, … Outre son activité scientifique, l’Unilever Health Institute s’engagera prochainement dans des grands programmes de santé publique en Belgique, actuellement en création.

Par Nicolas Rousseau

" HEALTH & FOOD " numéro 74, Décembre 2005

Des médicaments, oui mais ...

Malgré les impressionnants progrès des moyens pharmacologiques de traitement et de prévention des maladies cardiaques, l'alimentation adaptée reste un pilier de leur prise en charge. Que ce soit en prévention primaire ou secondaire aussi bi...
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Malgré les impressionnants progrès des moyens pharmacologiques de traitement et de prévention des maladies cardiaques, l'alimentation adaptée reste un pilier de leur prise en charge. Que ce soit en prévention primaire ou secondaire aussi bien qu'en thérapeutique, l'intérêt de cette mesure ne cesse d'être démontré. Et chaque jour apporte son lot de précisions supplémentaires. Après un premier accident cardiaque, il est urgent de prendre les choses en mains en vue de diminuer le risque de récidive ou d’évolution à plus ou moins long terme vers la décompensation cardiaque. Les recommandations de prévention secondaire sont claires et bien connues : elles comprennent des mesures pharmacologiques et des mesures non-pharmacologiques. Parmi ces dernières, l’exercice physique régulier et adapté, l’arrêt du tabagisme, la perte de poids si nécessaire et les modifications des habitudes alimentaires figurent en bonne place.
L’un des objectifs de ces modifications est bien entendu d’influencer le profil lipidique dans un sens favorable, à côté de la restauration, voire du renforcement des capacités fonctionnelles cardiaques, circulatoires et respiratoires. Le traitement ou la prévention des facteurs de risque, tels que l’obésité, le diabète le syndrome métabolique etc, représente un autre impératif de cette prévention. D’ailleurs, qu’elle soit primaire ou secondaire, certains auteurs commencent à dire qu’il n’y a pas de différence, mais simplement une continuité. Aux récentes « Scientific Sessions » l’American Heart Association, qui viennent de se tenir à Dallas aux Etats-Unis du 13 au 16 novembre 2005, quelques études venant compléter les connaissances sur la place de certains aliments ou nutriments en prévention cardiovasculaire ont été présentées.

Fruits et légumes en crescendo

On sait qu’une consommation accrue de fruits et légumes est associée à un plus faible risque de maladie cardiovasculaire et de cancer. Mais on ne dispose que d’un petit nombre d’études concernant le lien entre cette consommation et le diabète. Et les résultats de ces études sont quelque peu contradictoires. Or, le diabète constitue un facteur de risque majeur d’affection cardiovasculaire. Yan et al. (USA) ont donc entrepris une étude pour évaluer à long terme la relation entre consommation de fruits et légumes et le diabète chez les personnes d’âge moyen. Il s’agissait de 1017 hommes âgés entre 40 et 55 ans et ayant une espérance de vie au delà de l’âge de 65 ans. A leur entrée dans l’étude, ils étaient indemnes d’affection coronaire, de diabète et de cancer. Les auteurs ont réalisé une anamnèse alimentaire détaillée chez les patients de leur étude et ont établi trois catégories de consommateurs, selon qu’ils consommaient moins de 14 portions par mois (faible consommation), entre 14 et 42 portions (consommation moyenne) ou plus de 42 portions par mois (consommation importante). La proportion des patients qui devinrent diabétiques à un âge plus avancé était de 20,9% dans le groupe qui consommait peu de fruits et de 19,0% dans le groupe à consommation moyenne. Parmi ceux qui mangeaient le plus de fruits (et pas de légumes), il n’y en eut que 12,7%.

Les fruits, pas les légumes

Après ajustement pour l’âge, le BMI et l’apport énergétique total au début de l’étude, les odds ratios pour la survenue d’un diabète étaient respectivement de 0,85 dans le groupe « consommation moyenne de fruits» et de 0,50 dans le groupe « faible ». Les chiffres étaient différents pour ce qui concernait la consommation de légumes : 13,1%, 19,1 % et 21,3% respectivement, avec des odds ratios de1,58 et 1,65. Il en ressort qu’une consommation importante de fruits à l’âge moyen est associée à un risque significativement moindre de diabète à l’un âge plus avancé. Par contre, une consommation élevée de légumes est associée à une augmentation - non significative, heureusement – du risque de diabète au troisième âge. Mais l’explication de cette curieuse constatation réside sans doute, estiment Yan et al., dans les habitudes peu favorables à la santé à la fin des années cinquante, y compris parmi les grands mangeurs de légumes. Quoi qu’il en soit, cette différence n’étant pas significative et connaissant les autres bienfaits des légumes, on n’hésitera pas à recommander aux patients leur consommation quotidienne.

Incontournable soja

Plusieurs études ont montré par ailleurs que la ménopause s’accompagnait d’une altération du profil lipidique, avec pour conséquence un risque athérogène accru. On a également montré que les protéines et les isoflavones du soja peuvent entraîner des effets bénéfiques sur les lipides plasmatiques. Mais on ne s’est guère attardé à détailler ces effets en fonction des différentes sous-classes de lipoprotéines. C’est pourquoi Allen et al. (USA) se sont attachés à déterminer quelle était l’influence des ces protéines et isoflavones de soja sur les taux des LDL et de leurs différentes sous-classes chez la femme en post-ménopause présentant des taux limites de LDL. Au total, 216 femmes ménopausées en bonne santé dont les taux de LDL étaient entre 130 et 190 mg/dl ont été randomisées en deux groupes. Le premier de ces groupes a reçu 20 g d’isolat de protéines de soja (isoflavones : 160 mg sous forme de glycones, 96 mg sous forme aglycone) par jour ou un placebo pendant six semaines. Les différentes sous-classes des particules de LDL et leurs dimensions ont été mesurées par spectroscopie en résonance magnétique. Le profil lipidique d’ensemble a été déterminé par des méthodes de dosage classiques. La moyenne d’âge des femmes ayant participé à l’étude était de 57 ans (± 6 et elles avaient connu la ménopause en moyenne 9,5 (± 8,3) ans plus tôt. Leurs caractéristiques démographiques, leur BMI et leurs apports quotidien en lipides étaient comparables d’un groupe à l’autre. Leurs profils lipidiques de départ l’étaient aussi.

Moins de petites particules

Par rapport au groupe placebo, les femmes qui ont consommé des protéines de soja ont connu une baisse significativement plus importante de leur taux de LDL et de du nombre de particules de LDL que celles qui avaient été sous placebo. Il faut savoir que les études statistiques démontrent un lien plus étroit entre le nombre de particules de LDL (LDL-P) et le risque coronaire qu’entre le taux de LDL-cholestérol (LDL-C) et le même risque. On notait par ailleurs chez les premières une forte tendance à une diminution plus importante des petites particules, qui sont les plus athérogènes. Cette différence restait significative après ajustement pour l’âge, la race et les modifications des autres lipoprotéines.

Par Dr. Jean Andris

" HEALTH & FOOD " numéro 74, Décembre 2005

Une petite fève pour de gros défis

Le soja fait partie de l'alimentation humaine depuis plus de 5000 ans en Asie. Il séduit de plus en plus d'Occidentaux, notamment en raison de sa forte image santé. Les scientifiques ont dressé un état des lieux de son potentiel, à l'occasion du 6e symposiu...
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Le soja fait partie de l'alimentation humaine depuis plus de 5000 ans en Asie. Il séduit de plus en plus d'Occidentaux, notamment en raison de sa forte image santé. Les scientifiques ont dressé un état des lieux de son potentiel, à l'occasion du 6e symposium international sur le rôle du soja dans la prévention et le traitement des maladies chroniques. Peu d’aliments autres que le soja peuvent se targuer de faire l’objet d’autant de recherches. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la petite fève a des prétentions santé bien accrochées. Elle peut déjà mettre en avant ce qu’elle ne contient pas (cholestérol, lactose) ou peu (acides gras saturés), par rapport aux aliments auxquels elle se substitue (sources de protéines animales). Mais c’est bien entendu ce qu’elle contient qui est sous la loupe des scientifiques : les recherches portent d’une part sur ses protéines – parmi les mieux fournies en acides aminés essentiels du règne végétal – mais sont aussi dotées de propriétés particulières. D’autre part, les isoflavones représentent un vaste terrain d’investigations.

Cholestérol et compagnie

C’est dans le domaine de la santé cardiovasculaire que le soja a décroché ses premières lettres de noblesse nutritionnelle. En 1995, la méta-analyse de JW Anderson (Medical Center and University of Kentucky, Lexinton, KY, USA) et ses collaborateurs montraient un effet marqué du soja sur le LDL (- 12,9 %), sur les triglycérides et une tendance (non significative) à la hausse pour le HDL (1). Signe de reconnaissance, la Food and Drug Administration américaine autorise, depuis 1999, une allégation de santé concernant les protéines de soja et les maladies cardiaques, du type : « Une alimentation pauvre en acides gras saturés et en cholestérol qui inclut 25 g de protéines de soja par jour peut réduire le risque de maladies cardiaques ». Que s’est-il passé depuis la méta-analyse de 1995 ? C’est précisément pour mettre à jour les données de son étude qu’Anderson a passé en revue les résultats des différents travaux publiés depuis, à savoir 57 essais cliniques contrôlés.

La cuisson dénature

Premier constat d’Anderson : l’effet hypocholestérolémiant du soja est moins marqué qu’en 1995 : la réduction du LDL s’élève à 7,8 %, et elle n’est plus que de 4,1 % par rapport au placebo. S’interrogeant sur les raisons pouvant expliquer ces différences, le vétéran épingle les différences des modes de préparation. Les données récentes indiquent que les protéines de soja ayant gardé des peptides intacts ont un effet hypocholestérolémiant supérieur à celui des préparations où ces peptides sont fragmentés. Ainsi, les données présentées par S Castiglioni (Université de Milan, Milan, Italie) montrent que le peptide de la globuline 7S du soja augmente le nombre de récepteurs aux LDL, ce qui constituerait le principal mécanisme hypocholestérolémiant du soja. La fragmentation des protéines de soja survient lors de certains procédés, par exemple au cours de la cuisson d’isolats de protéines de soja. En tenant compte de la préparation, Anderson estime qu’une quantité de 18 à 25 de protéines de soja non cuites provoque une réduction du LDL qui s’élève de 7 à 8 %. L’effet est moins élevé pour les produits à base d’isolats, et encore moins s’ils sont cuits (cookies, muffins, barres céréalières…).

Une question de fréquence

L’effet des protéines de soja sur la cholestérolémie est-il fonction de la fréquence de consommation et de la durée ? Selon l’analyse d’Anderson, la prise d’un verre par jour de boissons au soja n’entraîne pas de réduction significative du LDL. L’effet devient significatif à partir de 2 produits de soja non cuits. À quantité de protéines comparables, deux prises par jour sont plus efficaces qu’une seule. L’effet du temps ne semble pas important : les données récoltées montrent un effet des protéines après déjà une semaine, avec un pic à 2 semaines, et un effet qui se maintient à 16 semaines.

Grain de mémoire

Dans nos populations vieillissantes, le maintien des fonctions cognitives représente un défi de plus en plus important, et il n’est pas étonnant que la nutrition s’y intéresse. Le soja, cette fois via ses isoflavones, est déjà sur la piste depuis quelques années. Une revue des données cliniques a été effectuée par L Dye (Université de Leeds, Royaume-Uni). Dans les trois études d’intervention menées à ce jour chez l’adulte jeune, l’une fait état d’une amélioration de la mémoire épisodique verbale et non verbale et de la souplesse mentale (capacité à planifier), une autre rapporte une meilleure habilitée spatiale et la dernière relate une amélioration de la fluence verbale et de la capacité à planifier les tâches, mais seulement chez les femmes. Les effets des isoflavones semblent peu perceptibles chez la femme avant la ménopause, et plus marqués à partir de la ménopause. D’après les données des 7 essais contrôlés actuellement disponibles, Dye explique que les isoflavones du soja donnent certains résultats en termes de mémoire et de fonctions en rapport avec le lobe frontal, comme la planification de tâches et la fluidité verbale. Une étude présentée par C Gleason (University of Wisconsin, Madison, WI, USA) a évalué l’effet de 100 mg d’isoflavones ou d’un placebo auprès de 30 hommes âgés et femmes ménopausées. Les résultats, obtenus après 6 mois, montrent un meilleur score au test de fluence catégorielle (citer le plus de mots d’une catégorie donnée), mais ici encore, uniquement chez les femmes.

Isoflavones : le labyrinthe métabolique

Les isoflavones du soja sont supposées jouer un rôle dans la moindre prévalence de cancer du sein en Asie, par rapport à l’Europe et les États-Unis. Et pour les hommes, c’est le cancer de la prostate qui semble être favorablement influencé par les isoflavones. Les études de migration montrent que les Asiatiques qui adoptent un mode de vie occidental voient leur risque de cancer du sein ou de cancer de la prostate augmenter, pour se rapprocher de celui des Occidentaux. Ces données plaident en faveur d’un rôle déterminant de l’environnement, en particulier des habitudes alimentaires. Mais cela ne prouve pas qu’un Occidental bénéficiera exactement des mêmes effets des isoflavones qu’un Asiatique… ni que tous les Occidentaux réagissent de la même manière. Des différences qui pourraient trouver une explication dans l’ « hypothèse de l’équol » (Cf ci-contre).

Equol or not equol, that’s the question?

L’équol est un métabolite de la daïdzéine (une des principales isoflavones du soja), suite à l’action de la flore intestinale. C’est à lui, explique M Kurzer (University of Minnesota, Saint Paul, Minnesota, USA) que l’on attribue une grande partie des effets biologiques de la consommation de soja. C’est, de toutes les isoflavones du soja, celle qui est dotée de la plus forte activité oestrogénique et du pouvoir antioxydant le plus élevé. Seulement, seule une partie de la population produit de l’équol : environ 20 % des Occidentaux, et environ le double (40 %) des Asiatiques. Le fait de faire partie ou non des producteurs d’équol peut donc être une donnée importante, et constituer un biais susceptible d’expliquer les résultats parfois mitigés des travaux de recherche. A noter que les rats font tous partie des producteurs d’équol. L’extrapolation des résultats des travaux menés chez ces rongeurs n’a donc pas la même signification pour tous les humains… La contribution de l’équol aux effets du soja reste un point controversé, mais pour bien faire, les études humaines devraient toujours tenir compte du caractère « producteur » ou « non producteur » des participants. Certaines données suggèrent que l’on peut moduler la capacité de production de l’équol. Ainsi, une étude menée par T Hedlung (University of Colorado, Aurora, CO, USA) s’est intéressée à l’influence des habitudes alimentaires d’hommes occidentaux âgés de 19 à 65 ans, et a examiné les concentrations dans le plasma et le liquide prostatique de 5 isoflavonoïdes : génistéine, daïdzéine, équol, dihydrodaïdzéine et O-desméthylangolensine.

Du soja, et un peu de viande !

Il apparaît que l’équol est le seul métabolite influencé par les habitudes alimentaires. Les hommes qui ingèrent plus de 30 mg d’isoflavones de soja par jour pendant au moins 2 ans voient leur probabilité de produire de l’équol qui est 5,3 fois plus élevée que ceux ayant consommé peu d’isoflavones. Plus étonnant : ceux qui mangent de la viande ont une probabilité de produire de l’équol qui est 4,3 fois plus élevée que les végétariens. Précisons cependant qu’il s’agissait d’une population qui mangeait peu de viande, en moyenne deux fois par semaine. Quoi qu’il en soit, il en ressort que l’habitude de consommer du soja, dans le cadre d’un régime mixte (non-végétarien), est favorable à la production d’équol. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se ruer sur la viande, sachant que les données épidémiologiques nous apprennent qu’une alimentation riche en viande est associée à un risque accru de cancer de la prostate. Ici aussi, et une fois de plus, tout est question d’équilibre !

Sensibilité à l’insuline…

Autre terrain d’investigation pour la petite fève : le syndrome X, ou syndrome métabolique, et plus précisément la sensibilité à l’insuline. Des chercheurs de Caroline du Nord (Ingram K et al.), qui avaient déjà montré que les isoflavones de soja amélioraient la sensibilité à l’insuline chez des singes femelles, ont voulu savoir si cet effet était dû à des modifications du tissu adipeux. Ils ont donc comparé, pendant 2 ans, toujours chez des singes femelles, l’effet d’un régime aux protéines de soja avec isoflavones à celui d’une alimentation avec un mélange caséine/lactalbumine. Leurs résultats ne montrent pas de modification de la masse grasse. Ils estiment de ce fait que les améliorations métaboliques du soja ne passent pas par des modifications du tissu adipeux, mais par des effets sur d’autres tissus sensibles à l’insuline, tels que les muscles. Les premiers travaux chez l’homme commencent à apparaître. Une équipe de Hong Kong (Ho S et al. Chinese University of Hong Kong) a examiné les effets de la consommation habituelle de soja sur la glycémie à jeun de 173 femmes ménopausées (48-62 ans) pendant un an. Ils constatent que les protéines de soja ont une valeur prédictive qui intervient à concurrence de 14,1 % dans les variations absolues des changements de la glycémie à jeun. Ils estiment qu’une majoration de 10 g de protéines de soja par jour est associée à une réduction de 9,3 % de la glycémie à jeun.

…et syndrome X

Un poster d’une une équipe de Utrecht, aux Pays-Bas (Van der Schouw Y et al), présente les résultats d’une étude menée auprès de 400 hommes âgés de 40 à 80 ans. Les auteurs trouvent que l’apport alimentaire en isoflavones ainsi qu’en lignanes est associé, de façon indépendante, à une sensibilité à l’insuline plus élevée, ainsi qu’a une prévalence plus faible du syndrome métabolique. Des résultats prometteurs, mais qui n’en sont encore qu’à leurs premiers balbutiements. Affaire à suivre…

Par Nicolas Guggenbühl

" HEALTH & FOOD " numéro 74, Décembre 2005

La nourriture entre en action!

Le congrès « Food in Action » a rassemblé un panel d'experts en termes de santé, de nutrition et d'activité physique. But avoué: familiariser le public à un éclairage nouveau de la problématique du comportem...
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Le congrès « Food in Action » a rassemblé un panel d'experts en termes de santé, de nutrition et d'activité physique. But avoué: familiariser le public à un éclairage nouveau de la problématique du comportement alimentaire et de l'obésité. Il n’était pas question ici de refaire le topo classique de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires et de tous les autres constats alarmants qui font blêmir la sécurité sociale. La problématique du surpoids et de l’inactivité était envisagée, au contraire, comme un style de vie particulier, certes peu recommandable, bien qu’adopté par une (trop) grande proportion de la population. La quantité d¹énergie ingérée, les choix alimentaires, l’inactivité physique, l’abondance de nourriture à haute densité énergétique mais aussi la pratique des régimes ont été incriminés dans la genèse de l’obésité. Ces différents points de vue nous fournissent une vision nouvelle et plus intégrée du problème. De nouveaux axes d’action ont également été envisagés.

Nos choix alimentaires

La nature et la quantité de nourriture ingérée ont une influence sur le poids corporel et la santé. Le comportement alimentaire, que l’on considère comme un acte volontaire, est malgré tout déterminé par bien des choses qui échappent à notre contrôle... Comme l’explique F. Bellisle (INRA, Hotel−Dieu), la prise alimentaire est initialement gérée en fonction du besoin d’énergie du corps. Le statut nutritionnel de l’individu s’exprime via différents messages métaboliques ayant pour but de maintenir la composition corporelle constante. Une fois traduits par le système nerveux central (la région hypothalamique plus particulièrement), ils arrivent au niveau conscient et indiquent à l’individu qu’il a faim ou qu’il est rassasié. La leptine reste la molécule la plus célèbre parmi ces messagers. N. Delzenne nous rappelle cependant qu’ils comprennent un très grand nombre de molécules différentes: Ghréline, oxyntomoduline, neuropeptide Y, GLP-1, etc. Certaines stimulent l’appétit, tandis que d’autres l’inhibent; toutes interagissent de manière complexe et élaborée afin de réguler l¹appétit et, par conséquent, la prise alimentaire. A côté de ces mécanismes chargés d’équilibrer la prise alimentaire en fonction des dépenses, les choix alimentaires de l’humain sont fortement influencés par le goût des aliments. Ainsi, un individu se dirigera de préférence vers un aliment qu’il trouve bon, souligne C. de Graaf (Université de Wageningen). Nos préférences pour certaines saveurs ont une origine innée. Ainsi, la préférence du nouveau-né pour la saveur sucrée est universelle. Un bébé de quelques heures qui reçoit une solution sucrée émettra une mimique faciale de plaisir, tandis que son visage exprimera le dégoût s’il s’agit d’une solution amère. Cette préférence est adaptative: le lait maternel étant légèrement sucré, le nouveau-né acceptera de l’ingérer sans problème, ce qui est élémentaire pour sa survie.

Préférences apprises

Il est très difficile d¹envisager les préférences alimentaires d’un individu sans prendre en compte l’influence de son entourage et des modèles éducatifs qu¹il a reçu. Si l’attirance pour la saveur sucrée est innée, N. Rigal (Université de Paris-10) insiste sur le fait que la plupart des préférences alimentaires sont apprises. Lors du sevrage, le petit enfant élargira la gamme de ses préférences, mais ses mets favoris resteront ceux riches en énergie, principalement représentés par les aliments gras et sucrés. Ils sont plus à même de couvrir facilement ses besoins énergétiques. Voici pourquoi nos chères têtes blondes font volontiers l’impasse sur les légumes... Ce qui peut perdurer à l’âge adulte si les enfants ne sont pas stimulés à en manger. C’est là le rôle éducateur des parents et de la famille: présenter à l’enfant toute la gamme des aliments afin qu’il se familiarise avec eux et apprenne à les apprécier. Il aura alors plus tendance, une fois adulte à son tour, à varier et mieux équilibrer son alimentation. Attention, tenir le rôle d’éducateur alimentaire n’est pas chose facile: il faut parfois présenter 20 fois un légume à l’enfant pour qu’il accepte de l’inclure dans son répertoire! Et en pratique? Pour éduquer un enfant à manger équilibré, il convient d’adopter un juste milieu. Tout d’abord, il s’agit de maintenir le plaisir des enfants à manger des aliments denses en énergie sans les culpabiliser, car cette attirance est normale et adaptée. Ce faisant, on encouragera également nos bambins à tenir compte de leur appétit. Ensuite, on introduira en douceur et sans frustration d’autres aliments tels que les légumes, certaines viandes... Les présenter dans un contexte détendu et agréable, pourquoi pas avec une sauce appréciée, fera passer la pilule beaucoup plus facilement. Pour un temps... Car après l’enfance, l’adolescence est une période à part où le jeune a parfois tendance à rejeter en bloc les habitudes familiales et à désorganiser tout à fait son mode alimentaire. Une fois adulte, l’individu revient cependant le plus souvent à ses préférences acquises dans l’enfance.

Un système de valeurs paradoxal

Actuellement, bien des choses sont destinées à faciliter la vie et à encourager la consommation, quelquefois aux dépens de la santé. L’activité professionnelle est physiquement moins fatigante qu’avant et conduit à de moindres dépenses énergétiques. A l’inverse, alors que les besoins ont diminué, la disponibilité de nourriture variée, appétissante et riche en énergie est de plus en plus grande. La société actuelle inonde les individus de messages paradoxaux: on leur demande d’être sveltes, actifs, mais on les incite à consommer des denrées alimentaires riches en énergie et à employer les dernières technologies qui leur épargnent des efforts... Résultats: non seulement la population prend du poids, mais elle se retrouve de plus en plus assise entre deux chaises, mal à l’aise. Nos choix alimentaires sont donc déterminés selon différents niveaux, eux-mêmes en interaction. L’individu détient les aspects cognitifs et biologiques. Son groupe social restreint (famille et proches) est responsable des nombreux apprentissages depuis la plus tendre enfance. Enfin, la société ou groupe social global insuffle quant à elle bon nombre de valeurs et idéaux, parfois en conflit avec les autres influences. Qui a dit que le comportement alimentaire n’était pas si compliqué?

Nouvelles pistes d’action

Informer, conseiller des régimes, encourager à pratiquer une activité physique... Ces actions ont des effets limités sur l’obésité. Une prise en charge plus globale du problème semble nécessaire. Maintes solutions ont déjà été imaginées pour endiguer le phénomène de l’obésité, qui se répand malgré tout comme une traînée de poudre. L’information occupe une grande partie de ces actions: campagnes publicitaires, informations destinées à des groupes (exposés dans des écoles) ou à des individus isolés (par le biais du médecin traitant, nutritionniste ou diététicien). Ces actions éducatives ont des effets discutables et temporaires.

Les régimes font-ils grossir?

Première solution envisagée en cas d’obésité, les régimes hypocaloriques sont toutefois suspectés d’avoir des conséquences perverses. Une personne au régime a tendance à s’imposer de suivre certaines règles alimentaires et, parallèlement, à s’interdire certains aliments. Le contrôle de l’alimentation est alors avant tout cognitif, et la personne ne tient que peu compte des sensations alimentaires que sont la faim et la satiété. Or, celles-ci sont avant tout destinées à réguler le poids. A coté de cela, expose C. Vögele (Université de Roehampton), ce désir de contrôle provoque une fixation mentale sur l’alimentation. Cela mobilise beaucoup de ressources cognitives, qui sont alors moins disponibles pour réaliser d’autres tâches, dont la gestion du stress. Des pertes de contrôle peuvent survenir et se traduire par des accès alimentaires impulsifs et importants menant à la mise en échec du régime, voire même à une prise de poids. Le risque qu’un cercle vicieux « régime-excès » s’installe est important. Une solution se profile tout de même: éviter les règles rigides, lever le pied sur les interdits et suivre ses sensations alimentaires.

Trop optimiste

On surestime notre capacité à contrôler consciemment notre alimentation. Selon J. Vinck (Université de Hasselt), la force des déterminants cognitifs de notre comportement alimentaire est surestimée. Bien souvent, nos comportements réels déterminent plus notre assimilation d’une nouvelle information que l’inverse. C’est surtout vrai en ce qui concerne les informations effrayantes. Les messages alarmistes seront alors déniés ou réinterprétés de manière à ne pas mettre le système de valeurs de l’individu en péril. On se rend compte que les personnes qui tiennent le mieux l’information en compte sont celles qui sont déjà informées. C’est là une grande limite de l’éducation à la santé. De plus, changer les habitudes alimentaires ne procure pas directement des effets bénéfiques perceptibles par l’individu, ce qui ne renforce pas le maintien de ces changements.

Action globale

Un axe d’intervention encore peu exploré est celui de l’environnement. Ce dernier conditionne en partie les choix alimentaires du sujet et s’avère une cible d’action plus stable que l’individu lui-même. Parmi les propositions formulées par J. Vinck: augmenter la disponibilité et la variété de denrées alimentaires saines tout en diminuant celles des aliments qui le sont moins. Diminuer le prix des aliments sains encouragerait également leur consommation. Mais un impact très net sur leur consommation pourrait être obtenu en arrivant à attribuer aux aliments sains une valeur affective positive. Par exemple, les médias pourraient faire véhiculer à leur propos une image saine, attractive. Il s’agit ici d’une action politique à grande échelle qui bousculerait totalement notre système de valeurs. Une telle action est évidemment plus difficile à mettre en place qu¹un système d’information, mais peut-être porterait-elle plus de fruits...

Par Magali Jacobs

" HEALTH & FOOD " numéro 74, Décembre 2005

Du chocolat tout en finesse

Il est loin le temps de la bouillie amer goûtée par Christophe Colomb lors de la découverte du chocolat. De nos jours, le chocolat est devenu l'une des gourmandises très appréciées par notre palais. Produit indémodable, il fait...
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Il est loin le temps de la bouillie amer goûtée par Christophe Colomb lors de la découverte du chocolat. De nos jours, le chocolat est devenu l'une des gourmandises très appréciées par notre palais. Produit indémodable, il fait le plaisir des petits et des grands tant pour les moments de détentes que dans la préparation de repas principaux, étrange n'est-ce pas? Au départ, le chocolat n’est pas du goût des Européens, car trop amer et épicé. Il a fallu un savant mélange de sucre, de cannelle et de vanille remplaçant les épices et les piments pour que nous l’appréciions. De nos jours, loin des fantasmes multiples qui lui étaient associés dans le passé, consommé dans des limites raisonnables, le chocolat peut être un partenaire santé et un «booster» de moral. Ces dernières années, les sortes de chocolats se sont multipliées à grande vitesse, on trouve des chocolats aromatisés à la vanille, fourrés de noisette, d’une farce truffée ou fruitée. Plus original encore, le chocolat est agrémenté de thé vert, de gingembre ou de poivre noir. Pour les puristes, les chocolats amers s’apprécient avec un pourcentage de cacao qui peut frôler les 90%. D’autres préfèreront les chocolats doux, au lait, fourré ou le chocolat blanc, composé de beurre de cacao et de sucre. Tout le monde y trouve son bonheur.

Le chocolat dans nos assiettes

Qui aurait cru que le chocolat consommé autrefois uniquement comme une boisson se retrouverait un jour dans nos assiettes en tant que plat principal ? Dans notre art de la cuisine, le chocolat est resté depuis longtemps limité aux préparations sucrées, aux gâteaux, aux mousses ou à la glace. Des cuisiniers avant-gardistes s’inspirent de ce qui se fait en Amérique du Sud ou en Espagne, en expérimentant le chocolat dans la cuisine salée. En effet, dans ces pays, la poudre de cacao pur est considérée comme une épice rehaussant les goûts dans les plats et les sauces. Pour connaître ses saveurs, prenez en main le livre de Philippe Renard, Cuisine & Chocolat (Edition Labor, 2005), l’envie de se mettre au fourneau vous titillera. Tant par les illustrations que par les intitulés, les recettes aussi variées les unes que les autres allant de l’entrée, au dessert en passant par le plat principal et les mignardises, biscuits et boissons, transportent l’envie de savoir et de goûter vers les fourneaux. L’apport du chocolat dans la cuisine salée est léger et subtil d’arômes, de parfum et de goûts très nuancés. Pour Philippe Renard, la poudre de cacao pur à 100% et le chocolat très noir à minimum 70% de cacao sont considérés comme des épices, car il n’y a pas ou peu de sucre. Le chocolat blanc et le chocolat au lait apportent dans une recette de la douceur.

La touche finale

Petites astuces de ce maître de la cuisine au chocolat : le chocolat doit toujours être ajouté au dernier moment de la préparation. Une température trop élevée ou une cuisson trop forte et trop longue pourrait altérer ses qualités. Il conclue avec des paroles de sage : « le chocolat en cuisine donne des sensations inattendues et subtiles, pour autant qu’il soit utilisé avec justesse et dans des proportions raisonnables ». Voici quelques recettes du livre qui ne laisseront pas nos sens indifférents: le potage de légumes blancs au gingembre, aux fruits secs et au cacao, la crème flottante à la coriandre fraîche, la lasagne de pintade fermière aux légumes et au fromage de montagne, son fumet aux épices et au chocolat au lait, le gratin de fraises au sabayon de vinaigre balsamique et au chocolat blanc, la confiture de lait au chocolat blanc et aux fruits rouges de saison, etc...

Par Catherine Dolhen

" HEALTH & FOOD " numéro 74, Décembre 2005

Antioxydants, gastronomie et santé

La période des fêtes est souvent l'occasion de reléguer les considérations diététiques au placard, pour les ressortir plus tard... Place à la gastronomie, à la symphonie du goût, dans laquelle la santé est e...
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La période des fêtes est souvent l'occasion de reléguer les considérations diététiques au placard, pour les ressortir plus tard... Place à la gastronomie, à la symphonie du goût, dans laquelle la santé est encore et toujours perçue comme une fausse note. Mais tout ce qui est bon pour le goût n'est pas mauvais pour la santé. La preuve par les antioxydants. Le chimiste voit dans les antioxydants des « trappeurs » de radicaux libres, le médecin ou le pharmacien décèle des composés protecteurs vis-à-vis du stress oxydatif, le grand public n’y voit rien dans la plupart des cas ! Mais le professionnel de la santé, qu’il soit médecin diététicien, nutritionniste…) peut aussi y voir des marqueurs d’une certaine qualité de l’alimentation capable, dans bien des cas, de réconcilier les frères ennemis que sont Monsieur Gastronomie et Docteur Santé.

Large répertoire

Les résultats des recherches de ces dernières années convergent pour dire que l’intérêt des antioxydants pour la santé en général – à la différence de certaines situations spécifiques où l’on cherche un effet plus ciblé – réside avant tout dans la diversité des composés ingérés. Ils gagnent à être trouvés en quantité suffisante, sans excès, plutôt qu’en doses massives d’une ou d’une poignée d’antioxydants. Cela fait le bonheur de la diversité alimentaire, des couleurs et des saveurs. Car si les fruits et les légumes sont certes des pourvoyeurs importants d’antioxydants, ils n’en sont pas les seuls. Presque toutes les familles d’aliments en contiennent, même si le règne végétal en est à la base mieux fourni. Dans les boissons, par exemple, on évoque souvent la richesse en catéchines du thé, surtout le thé vert, mais on parle moins des antioxydants du café, pourtant bel et bien présents.

Couleurs et saveurs

Les antioxydants donnent de la couleur... et du goût. Les caroténoïdes se déclinent du jaune pâle (parfois masqué par le vert de la chlorophylle) au rouge vif de la tomate, les myrtilles concentrent les anthocyanes réputées pour la ténacité des tâches, l’intensité du rouge de la robe d’un vin ou du noir d’un chocolat signe la présence de nombreux flavonoïdes, etc. La grande famille des composés phénoliques, qui abrite de milliers d’antioxydants différents, laisse aussi une empreinte gustative, que l’on aime ou pas, mais que l’on peut aussi apprendre à apprécier. Les végétaux issus de l’agriculture biologique ont généralement plus de goût, et ils s’avèrent aussi être plus riches en polyphénols. Une huile d’olive qui a du goût (vierge-extra) en contient plus qu’une huile d’olive raffinée, nettement moins sapide, les tannins du vin sont des composés phénoliques, etc. Mais prenons quelques exemples concrets : huile d’olive, vin rouge et chocolat, trois vieux complices de la gastronomie qui n’ont pas fini de distiller leurs secrets…

Huile d’olive

Elle a acquis ses lettres de noblesse dans l’alimentation méditerranéenne, dont elle est le porte-drapeau. Pourtant, il y a huile et huile… Aujourd’hui, il en existe pour tous les goûts et pour toutes les bourses, et toutes sont riches en acide oléique, l’acide gras mono-insaturés qui s’est un peu vite accaparé les bienfaits du régime Crétois. Mais question antioxydants, c’est le caractère raffiné ou non (vierge-extra) qui fait la différence. Récemment, des chercheurs de Cordoba, en Espagne, ont comparé chez 21 participants hypercholestérolémiques, l’effet d’une l’huile d’olive vierge à celle d’une huile d’olive raffinée de la même marque (1). Ils ont effectué, après chaque prise, un test pour évaluer la vasodilatation dépendante de l’endothélium. Un dysfonctionnement endothélial est, en effet, de plus en plus considéré comme un facteur prédictif du risque cardiovasculaire. Les chercheurs ont constaté qu’après le repas à l’huile d’olive riche en composés phénoliques (400 ppm), la fonction endothéliale était significativement améliorée, de même que l’oxyde nitrique (NO). Bien qu’il s’agisse d’une petite étude, elle révèle que les composés phénoliques de l’huile d’olive vierge-extra bénéficient de propriété vasorelaxantes, ce qui est susceptible de contribuer à la « cardioprotection » de l’alimentation méditerranéenne.

Vin rouge

Le resvératrol, un antioxydant présent dans le raisin et… le vin rouge (surtout à base du cépage Pinot noir). C’est à lui que l’on attribue, de manière un peu simpliste, l’effet « cardioprotecteur » du vin rouge (au-delà des effets favorables de petites quantités d’éthanol sur le HDL), effet repris sous le concept du Paradoxe Français. Mais ce n’est pas la sphère cardiovasculaire, mais la tête qui fait l’objet des dernières découvertes. L’épidémiologique suggère qu’une consommation modérée de vin rouge est associée à une incidence plus faible de maladie d’Alzheimer. Plusieurs travaux ont déjà rapporté un effet potentiellement neuroprotecteur des antioxydants du vin rouge, mais les mécanismes restent obscurs. Une équipe du Litwin-Zucker Research Center for the Study of Alzheimer’s Disease and Memory Disorders a Manhasset (New York, États-Unis) s’est intéressée à l’effet du resvératrol sur différentes lignées cellulaires qui produisent de la bêta-amyloïde, la substance protéique dont l’accumulation forme les plaques séniles responsables de la maladie d’Alzheimer (2). Elle rapporte que le resvértrol diminue les taux de bêta-amyloïde, pas en réduisant sa formation, mais en accélérant son épuration. Cet effet passe par un effet du resvératrol sur le protéasome, un complexe capable de « digérer » certaines protéines spécifiques en polypeptides et en acides aminés.

Chocolat

Enfin, le chocolat est lui aussi un aliment dont les antioxydants, les flavanols, en font une confiserie pas comme les autres. Des chercheurs du Heinrich-Heine-Université à Dusseldorf (Allemagne), ont examiné, auprès d’une douzaine de fumeurs en bonne santé et âgés d’une trentaine d’années, l’effet de ces flavanols sur la fonction endothéliale (3). Ils ont pris des fumeurs sachant que leurs vaisseaux répondent moins bien aux changements de flux sanguin. Les participants ont donc pris, selon un protocole en cross-over, une boisson riche en flavanols, ou une boisson ayant le même goût, mais ne contenant que très peu de flavanols. L’expérience montre qu’après ingestion de la boisson riche en flavanols, il y a une augmentation significative du NO circulant et de la dilatation médiée par le flux. Les changements observés sont corrélés à l’augmentation des métabolites des flavanols retrouvés dans le sang. De plus, cette amélioration ne se retrouve plus lorsque la boisson riche en flavanols est accompagnée d’un médicament qui interfère avec l’activité du NO (L-NMMA), ce qui conforte l’hypothèse selon laquelle le cacao agit notamment sur ce facteur de relaxation de l’endothélium. Bien entendu, il ne s’agit là que d’études pilotes qui ne permettent pas de tirer de grandes conclusions. Si ce n’est que de nombreux antioxydants différents se trouvent, çà et là, dans les aliments, et que la gastronomie peut leur faire la part belle en privilégiant la qualité à la quantité, avec à la clé du plaisir qui, lui aussi, est facteur de santé !

Par Nicolas Guggenbühl

" HEALTH & FOOD " numéro 74, Décembre 2005

Les fructanes: à la racine de l’aliment fonctionnel

L'aliment fonctionnel n'est pas forcément issu du dernier cri de la technologie. Dans le cas des fructanes, l'ingrédient fonctionnel fait partie de l'alimentation humaine depuis longtemps. Mais l'exploration de ses propriétés prébiotiques génè...
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L'aliment fonctionnel n'est pas forcément issu du dernier cri de la technologie. Dans le cas des fructanes, l'ingrédient fonctionnel fait partie de l'alimentation humaine depuis longtemps. Mais l'exploration de ses propriétés prébiotiques génère son lot de nouveautés... Le terme d’aliment fonctionnel suppose qu’un aliment puisse exercer une influence bénéfique et scientifiquement prouvée sur une fonction de l’organisme, et ce, en dehors de ses propriétés nutritives. Mais le concept est vaste, tout comme sa perception par le consommateur très hétérogène. C’est que le côté « fonctionnel » en effraye plus d’un, alors que d’autres y cherchent le salut face à un problème posé. Dans un cas comme dans l’autre, l’aliment fonctionnel a souvent un goût d’artifice. Cet artifice peut cependant reposer sur du naturel, comme c’est le cas de l’inuline. Celle-ci fait partie de l’alimentation humaine depuis plus de 5000 ans, par le biais de l’oignon, et au moins 2000 ans, sous forme de chicorée. Ce qui compte pour le caractère « fonctionnel » d’un aliment, ce sont les effets qui peuvent être mis en évidence. Que l’inuline soit naturellement présente – en quantité suffisante – dans une denrée, ou qu’elle serve à en enrichir un autre, changera surtout la face « visible » de l’aliment fonctionnel. Mais dans les deux cas, on peut parler d’aliment fonctionnel, et cela, en dépit de certaines définitions qui s’obstinent à ne considérer comme fonctionnels des aliments rendus comme tels par la main de l’homme. Dans son dernier ouvrage (1) qui propose un état des lieux didactique et exhaustif des fructanes, Marcel Roberfroid, pionnier dans le monde de la prébiotique, rappelle qu’un aliment fonctionnel peut être un aliment « naturel » ou dans lequel un composant a été ajouté, retiré, dont la biodisponibilité a été modifiée ou une combinaison de ces différentes possibilités.

Moins d’infection, plus d’affections

Dans l’avant-propos de l’ouvrage, W Allan Walker (Harvard Medical School, Cambridge, Massachusetts) relate que si ces dernières décennies, les causes majeures d’infection ont connu une nette régression dans les pays développés, au cour de la même période, les allergies et les affections auto-immunes (comme l’asthme ou la maladie de Crohn) ont connu une forte augmentation. L’hypothèse hygiéniste, qui est la plus à même d’apporter une explication à ce changement, stipule que c’est une conséquence de la diminution de la « pression microbienne » Nous vivons dans un environnement plus propre, ce qui n’aurait pas que des avantages. Une stimulation microbienne appropriée pour le développement du système immunitaire est donc un élément important, de même qu’une colonisation adéquate du tube digestif (en particulier au niveau du côlon). C’est là un des enjeux importants pour la recherche autour des probiotiques (micro-organismes considérés comme bénéfiques), mais aussi des prébiotiques (ingrédients favorisant le développement spécifique de micro-organismes considérés comme bénéfiques) tels que les fructanes.

Booster l’absorption

Les fructanes ont des effets déjà bien documentés sur le transit intestinal et la composition de la flore colique (effet probiotique), mais aussi dans des sphères moins évidentes. C’est le cas de l’absorption intestinale du calcium, qui se voit sensiblement améliorée sous l'effet des fructanes. Et à en croire certains travaux récents, d’autres nutriments, en particulier le magnésium, pourraient également bénéficier de cet effet. Mais le plus grand défi des fructanes et en phase avec un enjeu de santé majeur de nos populations grossissantes : elles pourraient apporter leur contribution en modulant le couple faim/satiété (Cf ci-contre).

Par Nicolas Guggenbühl

" HEALTH & FOOD " numéro 75, Jan/Fév 2006

Les fructanes brouillent les pistes de l'appétit

La faim comme la satiété font intervenir des hormones gastro-intestinales, dont la concentration sanguine semble influencée par les fructanes ingérées. Une nouvelle piste contre l'excès de poids ? En marge de ses caractéristiques prébio...
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La faim comme la satiété font intervenir des hormones gastro-intestinales, dont la concentration sanguine semble influencée par les fructanes ingérées. Une nouvelle piste contre l'excès de poids ? En marge de ses caractéristiques prébiotiques, l’inuline présente un atout de taille dans la chasse aux calories issues du gras : elle peut remplacer partiellement voire entièrement les graisses dans de nombreux produit. Pour chaque gramme de graisses remplacé par un gramme d’inuline, on épargne ainsi environ 7,5 kcal, ce qui est loin n’être négligeable. Mais si l’inuline et les autres fructanes présentent un intérêt particulier pour défier l’obésité, ce n’est pas seulement en allégeant la valeur calorique des aliments, mais pour leur aptitude à influencer les mécanismes de la faim et de la satiété. La fermentation colique des fructanes semble réguler la sécrétion d’hormones intestinales impliquées dans la satiété. C’est en tout cas ce qui ressort de travaux menés récemment chez le rongeur.

Gréhline sous contrôle

Dans une de ces études, des rats ont reçu soit un régime standard (contrôle), soit un des trois régimes à base de fructanes. Après trois semaines, les animaux nourris avec des fructanes présentaient jusqu’à 30 % de réduction de leur masse graisseuse. Le niveau de peptide intestinal GLP-1-doté d’un effet coupe-faim – était significativement plus élevé dans la veine porte des animaux nourris aux fructanes. Une autre hormone dont on parle beaucoup ces derniers temps, la ghréline – hormone orexigène – restait nettement plus faible avec les fructanes, suggérant le maintient prolongé du sentiment de satiété. Dans une seconde étude, menée auprès d’un modèle de rats spontanément obèses, les animaux ont reçu une alimentation riche en graisses, additionnée ou non de fructanes. Après deux semaines, il est apparu que la prise énergétique était significativement plus basse et la prise de poids inférieure chez les animaux dont la ration comportait des fructanes, par rapport à l’autre groupe. Le poids du tissu adipeux des animaux « avec fructanes » était inférieur de moitié.

Manger moins

Chez l’homme, les travaux n’en sont encore qu’au stade d’études pilotes. Dans l’une d’entre elles, 10 femme et hommes âgés de 21 à 39 ans et de corpulence normale ont été enrôlés selon un protocole croisé et contrôlé par placebo. Ils prenaient, lors du petit-déjeuner, un supplément de 8 g de fructanes (Beneo P95) ou de maltodextrines (placebo). Avec les fructanes, le sentiment de satiété s’est avéré être significativement plus élevé après le petit-déjeuner et, surtout, après le dîner. Dans le même ordre des choses, le sentiment de faim et les prévisions de consommation alimentaire étaient significativement plus faibles avec les fructanes. Enfin, avec la prise de fructanes, l’apport énergétique quotidien était significativement inférieur par rapport à celui du groupe placebo.

Nouveaux espoirs

Il apparaît donc que les fructanes sont susceptibles de favoriser le sentiment de satiété, d’atténuer la faim, et de conduire ainsi à une prise énergétique spontanément plus faible. Un effet « régime » sans faire régime, en somme. Avec, à la clé, une réduction de la masse grasse. Rappelons toutefois que ces études sont encore loin de suffire pour être concluantes. Les résultats enregistrés pour l’instant suscitent clairement de nouveaux espoirs pour mieux maîtriser la prise alimentaire et donc le poids. Reste à voir si ce qui est observé dans les mécanismes de régulation à court terme a des effets durables, ou si des mécanismes d’adaptations vont prendre le relais pour contrer ces tentatives de nous amener à manger moins calorique…

Par Nicolas Guggenbühl

" HEALTH & FOOD " numéro 75, Jan/Fév 2006

Oméga-3: des plaques plus stables

Les oméga-3 ont déjà montré de nombreux effets favorables sur des paramètres sanguins impliqués dans la santé du coeur et des vaisseaux. Il apparaît désormais qu'ils contribuent à rendre moins fragile la plaque d'athé...
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Les oméga-3 ont déjà montré de nombreux effets favorables sur des paramètres sanguins impliqués dans la santé du coeur et des vaisseaux. Il apparaît désormais qu'ils contribuent à rendre moins fragile la plaque d'athérome. La plaque d’athérome, constituée d’un amas de cellules mortes riche en cholestérol, la « bouillie » athéromateuse, est recouverte d’un coiffe fibreuse qui la sépare du flux sanguin. Selon son épaisseur, cette coiffe est garante de la stabilité de la plaque ou, au contraire, est responsable de son instabilité. Dans cet amas, des cellules inflammatoires – monocytes et macrophages - sont plus ou moins actives, libérant des médiateurs et des enzymes protéolytiques. Par l’effet de ces médiateurs, dont fait partie le Tumor Necrosis Factor alpha (TNFα), elles s’attirent ou s’activent mutuellement ou encore entrent en apoptose (mort cellulaire programmée). Quant aux enzymes, des métalloprotéinases (MMP) de la matrice, elles s’attaquent au collagène présent dans la plaque, notamment au niveau de la coiffe fibreuse. Heureusement, des inhibiteurs tissulaires (TIMP) de ces protéinases sont également libérés.

Stable ou instable?

La stabilité de la plaque est donc non seulement déterminée par la structure de sa coiffe. Elle dépend également de l’importance de l’activité cellulaire et enzymatique qui règne en son sein, ainsi que de la quantité des inhibiteurs des MMP présents sur place. Lorsque cette coiffe est rompue, la bouillie peut se répandre dans le torrent circulatoire et constitue une embolie athéromateuse. A moins d’un lâcher massif, cet accident ne conduit pas à l’obstruction d’un vaisseau important, sauf localisation particulière (coronaires par exemple). Ce qui est sans doute plus redoutable, c’est que la rupture a mis à nu des matériaux hautement thrombogènes. Il s’ensuit la formation sur place d’un caillot important susceptible, lui, de causer une obstruction artérielle ou une embolie majeure. On a rapporté des effets protecteurs d’une consommation élevée d’acide gras oméga-3 contre la rupture de la plaque athéromateuse. La sécrétion des métalloprotéinases (MMP) de la matrice par les macrophages est considérée comme un processus clé de la dégradation de la matrice sous-jacente à l’instabilité de la plaque. Par contre, les inhibiteurs tissulaires de ces protéinases contribuent, eux, à la stabilité de la plaque. Masaro et al. (Italie) ont étudié les effets des acides gras oméga-3 sur la libération et l’activité des MMP et de leurs inhibiteurs par des cellules de type monocytaire en culture. Ils ont provoqué la différenciation de ces cellules en macrophages par exposition des cultures à des facteurs adéquats. Ensuite les deux types cellulaires (cellules monocytaires et macrophages) ont été traitées pendant 48h avec du DHA et de l’EPA, ce qui représente un contact de longue durée avec ces acides oméga-3. Finalement, les cultures ont été stimulées pendant 24h par du TNFα., un médiateur de l’inflammation qui provoque notamment un renforcement du processus inflammatoire.

Libération d’enzymes et d’inhibiteurs

La libération de gélatinase A (MMP-2), de gélatinase B (MMP-9), de collagénase (MMP-1), de TIMP-1 et de TIMP-2 a été mesurée dans les surnageants de ces cultures ainsi traitées. Les activité gélatinase totale et anti-gélatinase ont également été mesurées. Les résultats montrent qu’une exposition de longue durée des monocytes et macrophages aux acides gras oméga-3 diminue de manière significative la libération de MMP-9 par ces cellules, en comparaison avec des cellules ayant été cultivées en l’absence de ces lipides. La production de MMP-1 et de MMP-2, ne sont pas modifiées. Au total, on retrouve donc une moins grande quantité de ces enzymes dans le surnageant. Par contre, la production de TIMP-2 est augmentée de manière significative par les deux acides gras, alors que celle de TIMP-1 est inchangée. Il y a donc au total plus d’inhibiteurs des métalloprotéinases de la matrice dans le milieu. On ne trouve pas ces résultats avec l’acide arachidonique (oméga-6). La diminution de la quantité d’enzymes destructrices de la matrice et l’augmentation de leurs inhibiteurs pourrait expliquer un rôle protecteur des oméga-3 cotre la rupture de la plaque. C’est ce qui semble se passer dans l’organisme humain.

Le mieux, c’est de voir

Les techniques avancées d’imagerie médicale, notamment le scanner, permettent de détecter avec grande précision les plaques athéromateuses présentes sur les artères coronaires. Katayama et al. (Japon) avaient déjà montré qu’un rapport plus élevé AA/EPA était en relation avec un plus grand nombre de plaques instables détectées en angiographie coronaire en cas de syndrome coronaire aigu. Ces auteurs ont basé leurs recherches sur ces données issues de leurs propres recherches et allant dans le même sens que les résultats précédents, dont elles constituent en quelque sorte l’image en miroir. Ils ont utilisé le CT multibarettes, qui donne des images très précises, pour tenter de voir si le volume des plaques est également en rapport avec l’équilibre des PUFA. Ils ont donc enrôlé dans leur étude 93 patients admis pour un premier infarctus du myocarde. Ces patients ont subi des examens sanguins permettant de mesurer leurs taux d’acide di-homo-gamma-linoléique, d’acide arachidonique (AA), d’acide eicosapentaénoïque (EPA), d’acide docosahexaénoïque (DHA) ainsi que des facteurs de risque classique tels que le cholestérol total, les triglycérides, le HDL-cholestérol, le LDL-cholestérol, le glucose, l’hémoglobine glyquée et l’acide urique. Une semaine après leur admission, ces patients ont subi un examen coronaire au scanner avec milieu de contraste. Les images en 3D ont été reconstituées, de même que des images calculées dans différents plans de coupe. La quantité de plaques molles et de plaques calcifiées présentes dans les principaux segments de artères coronaires et traduite sous forme de score.

En faveur des oméga-3

Ces scores ont été confrontés aux facteurs de risque coronaires et aux valeurs des PUFA sanguins. L’analyse statistique a montré que les scores en question étaient significativement reliés au taux d’EPA et de DHA, ainsi qu’au rapport AA/EPA. Par contre, les facteurs de risque classiques ne montraient pas de corrélation avec le score des plaques. De même, le rapport AA/EPA ne montrait aucune corrélation avec les facteurs de risque classiques. Cela tend à faire penser que ces facteurs de risque classiques et facteurs liées au profil des PUFA sont indépendants les uns de autres. Reste, bien entendu, à expliquer pourquoi il en est ainsi. Mais de toutes façons, les faits plaident en faveur des oméga-3. On peut donc sans doute verser à leur actif dans le dossier, non seulement une protection contre la formation de la plaque athéromateuse, mais encore une protection probable contre sa rupture. Par la même occasion, l’intérêt du CT-scan dans la détection et le localisation des plaques d’athérome chez les patients victimes d’un infarctus aigu est bien mis en évidence.

Par Dr. Jean Andris

" HEALTH & FOOD " numéro 75, Jan/Fév 2006

Aspartame : le tueur tout sucre, tout miel?

Selon des chercheurs italiens, l'utilisation de l'aspartame doit être aujourd'hui remise en question, car il favoriserait l'apparition de certaines formes de cancer. Retour sur une étude très critiquée... Des chercheurs de l’Université...
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Selon des chercheurs italiens, l'utilisation de l'aspartame doit être aujourd'hui remise en question, car il favoriserait l'apparition de certaines formes de cancer. Retour sur une étude très critiquée... Des chercheurs de l’Université de Bologne ont jeté un fameux pavé dans la mare en affirmant il y a quelques semaines dans la presse internationale que l’aspartame serait potentiellement responsable de différents types de cancer. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, singulièrement auprès des consommateurs, qui ont toujours certaines idées reçues féroces à l’égard des additifs alimentaires. Tout ce brouhaha médiatique méritait certainement une mise au point et de s’attarder sur la méthodologie de l’étude en question.

Casus belli?

Soumise à publication dans l’European Journal of Oncology (un journal qui ne figure pas dans la liste officielle des publications scientifiques recensées sur le medline), elle comprend un échantillon de rats Sprague-Dawley mâles et femelles auxquels différentes concentrations d’aspartame ont été administrées, allant de l’équivalent chez l’homme de 0 à 5000 mg/kg de poids corporel par jour. Ces concentrations ont été ajoutées jusqu’à l’obtention du décès de l’animal. A l’heure actuelle, la dose journalière admissible chez l’homme est de 40 mg/kg de poids corporel en Europe et de 50 mg/kg de poids corporel aux Etats-Unis. Or, dans cette étude, les auteurs ont observé chez les rattes une augmentation, dépendante de la dose d’aspartame, de l’incidence de leucémies, de lymphomes et de certaines formes d’adénome, mais pas du cancer du cerveau.

Lecture critique

Jusqu’à aujourd’hui, seules trois études d’intervention de longue durée avaient été conduites chez le rongeur: aucune n’a pu démontrer un effet carcinogène de l’aspartame. Quels enseignements tirer dès lors de l’étude de Soffriti et al ? Premier fait troublant : aucune différence n’apparaît dans la durée de survie de l’animal entre le groupe d’intervention et le groupe placebo... Deuxième fait troublant: concernant les tumeurs cérébrales, aucune des doses d’aspartame employées n’a été responsable d’une augmentation de l’incidence, au contraire, étonnamment les doses extrêmes d’aspartame s’accompagnaient même d’une diminution de l’incidence de ce type de tumeurs. Les mauvaises langues concluraient à un effet protecteur... Troisième et dernier fait troublant : aucune augmentation de l’incidence de la leucémie ou des adénomes n’a été observée à une dose de 4 mg/kg de poids corporel (la dose moyenne chez l’humain oscille entre 2 et 3 mg/kg de poids corporel par jour). Chez les rats mâles, aucun effet négatif n’était mesurable, mieux encore, l’incidence était à nouveau plus faible que dans le groupe placebo avec des doses entre 2500 et 5000 mg/kg de poids corporel par jour! En revanche, chez les rats femelles, on observait bel et bien une augmentation significative du risque, ce qui demande certainement confirmation, sans se laisser aller cependant aujourd’hui à des messages aussi alarmistes.

La dose fait-elle le poison?

L’aspartame est probablement l’additif alimentaire le plus sévèrement contrôlé du marché. Ce dipeptide a en effet fait l’objet de plusieurs centaines d’études toxicologiques. La toxicologie, justement, s’appuie sur le fait que tous les éléments sont toxiques à une dose déterminée. La question n’est donc pas de savoir si l’aspartame est toxique, mais bien à quelle dose l’aspartame ou l’un de ces composants peut se révéler dangereux pour la santé. Une étude menée par Stegink et al révèle que les apports les plus élevés d’aspartame (de 22 à 34 mg/kg de poids corporel par jour) correspondent à l’équivalent de 11-19 mg/kg de poids corporel de phénylalanine, 10-15 mg/kg de poids corporel d’acide aspartique et 2-4 mg/kg de poids corporel de méthanol. La toxicité du méthanol est liée à son oxydation en formaldéhyde, lui-même transformé en acide formique. L’aspartame n’est pas le seul producteur de méthanol dans la nature. Plusieurs études indiquent que les jus de fruits en contiennent près de 140 mg/litre (contre 55 mg/litre pour une boisson édulcorée à l’aspartame). Et c’est précisément, selon Soffriti et al, ce fameux méthanol qui serait incriminé dans l’apparition des leucémies et lymphomes... Une hypothèse qui apparaît cependant très fragile.

Un danger relatif

Dans l’état actuel des connaissances, et jusqu’à preuve du contraire, l’aspartame employé aux concentrations normales ne pose pas de problème pour la santé. L’adage qui dit que « seule la dose fait le poison » s’applique aussi à des aliments naturels comme le beurre et le sucre qui, à des teneurs dépassant 50 à 100 fois les recommandations, exercent certainement des influences plus néfastes que l’aspartame en termes de morbidité et de mortalité.
Cette étude pose évidemment question et des investigations complémentaires doivent et seront menées à l’avenir sur ce sujet par les organismes compétents. En revanche, il convient d’éteindre le feu attisé par les médias : les conséquences de la surcharge pondérale et de l’obésité sur le taux de mortalité ont infiniment plus d’implications pour la santé que l’aspartame !
Par Patrick Mullie

" HEALTH & FOOD " numéro 75, Jan/Fév 2006

Le style de vie du Belge

Comment le belge déclare-t-il manger et bouger ? Une enquête menée par le Centre de Psychosociologie à l'ULB dresse un portrait des habitudes alimentaires et du mode de vie des belges. Un sondage– réalisé par le Prof René...
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Comment le belge déclare-t-il manger et bouger ? Une enquête menée par le Centre de Psychosociologie à l'ULB dresse un portrait des habitudes alimentaires et du mode de vie des belges. Un sondage– réalisé par le Prof René Patesson (ULB) à la demande de la Fédération de l’Industrie Alimentaire (Fevia) nous éclaire un peu mieux sur la façon dont le Belge voit les liens entre son style de vie et le poids. Cette enquête téléphonique – qui ne doit pas être confondue avec une étude scientifique – a porté auprès 610 Belges âgés de 18 à 55 ans. La distribution des catégories de BMI était comparable à celle de l’Enquête de Santé Publique de 2001.

L’inactivité pour indice

Pour les Belges, les causes sur surpoids sont avant tout l’alimentation déséquilibrée (98 % des réponses) et le manque d’exercice physique (94 %). Et en toute logique, au fur et à mesure que l’on augmente dans les classes de BMI, il y a moins de personnes pratiquant un sport, la promenade et qui prennent l’escalier à la place de l’ascenseur. Les obèses rapportent en outre consommer moins de fruits, d’aliments complets et de légumes au quotidien, et plus de charcuteries, de boissons alcoolisées, de chocolats, de bonbons, de friandise, de viande et de sel. Mais il y a aussi quelques surprises…

Moins de grignotage

Contrairement à une opinion répandue, le grignotage ne serait pas l’apanage des plus corpulents : il n’y a pas de différence significative selon les catégories de BMI, et les maigres auraient même tendance à (déclarer) grignoter plus souvent. Les obèses déclarent cependant faire plus souvent l’impasse sur le petit déjeuner, ce qui colle avec les connaissances issues de l'épidémiologie. Autre surprise, les personnes obèses rapportent manger moins d’aliments frits, de chips, de biscuits, de gaufrettes et de boissons sucrées, bref, d’aliments souvent jugés « diététiquement incorrects ». Et ils semblent plus friands de boissons light, de produits light et d’édulcorants artificiels. De là à dire que le light fait grossir… ! Selon Patesson, cela laisse à penser que l’excès de poids n’est pas lié à la nature des aliments ingérés, mais qu’il faut plutôt chercher du côté de la quantité de nourriture ingérée, qui serait excessive chez l’obèse. D’ailleurs, l’enquête montre qu’au fur et à mesure que l’on monte dans les classes de BMI, les sondés déclarent plus souvent manger trop ou irrégulièrement. Et le contrôle social de l’ingestion de nourriture (restaurants, fêtes, réunions de famille…) est moins bon chez les plus corpulents.

Près du frigo

Le temps passé devant la télévision est, lui aussi, plus élevé parmi les personnes en excès de poids. Mais l’endroit où se situe le téléviseur semble avoir son importance : il y a plus d’obèses parmi les personnes qui regardent la télé dans la pièce de séjour que ceux qui préfèrent regarder la télé dans la chambre à coucher. Pour Patesson, cela pourrait s’expliquer par une moins bonne proximité du frigo ou d’autres réserves de vivres lorsque la TV est dans la chambre à coucher.

Avec des pincettes !

Ces données ne peuvent en aucun cas servir à étudier les causes de l’obésité. On retiendra, parmi les limitations importantes, que les anamnèses alimentaires – surtout menées par téléphone – sous-estiment souvent les apports alimentaires réels, et rapportent des données anthropométriques où le poids est souvent inférieur, et la taille plus grande. Et surtout, que comme l’ont déjà montré plusieurs études scientifiques, la sous-estimation de l’énergie ingérée est plus marquée parmi les obèses que les non-obèses…

Par Nicolas Guggenbühl

" HEALTH & FOOD " numéro 75, Jan/Fév 2006

Bouger contre le syndrome métabolique

Alimentation et activité physique forment un tandem de choc pour contrer les effets délétères de l'opulence et de la sédentarité. En trois semaines d'intervention, des résultats significatifs peuvent être obtenus sur le ...
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Alimentation et activité physique forment un tandem de choc pour contrer les effets délétères de l'opulence et de la sédentarité. En trois semaines d'intervention, des résultats significatifs peuvent être obtenus sur le syndrome métabolique et le diabète de type 2, et cela, en l'absence d'une perte de poids drastique. Il faut bien reconnaître qu’en matière de lutte contre l’excès de poids, le régime ne donne que rarement des résultats satisfaisants. Tout comme se contenter de s’inscrire dans une salle de sport n’est pas le garant de la sveltesse retrouvée. Mais le potentiel thérapeutique des modifications du style de vie est colossal, et largement sous-exploité par les professionnels de la santé. Car même si le poids d’un obèse ne diminue pas au point de sortir des critères de l’obésité (BMI > 30), les bénéfices métaboliques liés à la combinaison « régime + activité physique » sont tangibles et rapides. C’est notamment ce qui ressort d’une nouvelle étude menée par Christians Roberts, de l’Université de Californie à Los Angeles, et ses collègues. Les chercheurs se sont intéressés aux différents marqueurs du risque cardiovasculaire. Les « classiques » comme les lipides sanguins, mais aussi le stress oxydatif, l’inflammation, l’activation des cellules endothéliales, l’activité plaquettaire et la stabilité de la plaque d’athérosclérose.

Régime sans restriction calorique

Dans cette étude, 31 hommes âgés de 46 à 76 ans ont participé à un programme résidentiel de 21 jours. Ils ont suivi un régime riche en fibres alimentaires (plus de 40 grammes par jour) et pauvres en lipides (12 à 15 % de l’énergie). Les glucides représentaient 65 à 70 % de l’énergie, et étaient apportés essentiellement par des produits céréaliers complets (au moins 5 portions par jour), des légumes (au moins 4 portions par jours) et des fruits (au moins 3 portions par jour). Les protéines étaient apportées par des végétaux (soja, pois, noix…), des produits laitiers écrémés (jusqu’à 2 portions par jour), du poisson et de la volaille en petites quantités. Contrairement à ce qui se fait généralement en terme de régime, les participants ne devaient pas s’astreindre à un quota calorique pour la journée. Ils avaient libre accès aux quantités de leur choix (sauf pour les sources de protéines animales). On sait cependant qu’une alimentation hypolipidique riche en fibres alimentaires bénéficie d’un pouvoir satiétogène élevé, réduisant ainsi plus volontiers, de façon spontanée, la consommation énergétique. Outre le régime, les volontaires ont augmenté leur niveau d’activité physique progressivement pour atteindre 45 à 60 minutes de marche à 70-85 % de leur fréquence cardiaque maximale.

Bon pour les vaisseaux

Au début de l’intervention, 15 sujets présentaient un syndrome métabolique (caractérisé par un excès de graisse abdominale, une résistance à l’insuline, une dyslipidémie telle qu’une hypertriglycéridémie et/ou ou un taux insuffisant de cholestérol HDL) et 13 étaient atteints de diabète de type 2. Certains cumulaient syndrome métabolique et diabète, d’autres ne présentaient aucun de ces états, mais tous étaient soit obèses, soit en excès de poids. Les auteurs constatent que la combinaison « régime + activité physique) améliore de nombreux paramètres impliqués dans les maladies cardiaques et qui sont des mesures indirectes de la plaque dans les artères, y compris la résistance à l’insuline, la cholestérolémie et des marqueurs du développement de l’athérosclérose. Au bout du compte, la moitié des personnes présentant un syndrome métabolique ou un diabète de type 2 a vu le diagnostic clinique s’inverser. Des résultats qui, s’ils doivent encore être confortés par un suivi à plus long terme et sur un plus grand échantillon, montrent que des modifications importantes du style de vie produisent des effets marqués et rapides.

Par Nicolas Guggenbühl

" HEALTH & FOOD " numéro 75, Jan/Fév 2006

Vitamine D : sous la soleil, la santé...

Ces derniers mois, on observe un véritable engouement scientifique à l'égard de la vitamine D. Mais le plus curieux, c'est que toute cette animation ne se focalise plus désormais sur son implication dans la santé du squelette. Bien au contr...
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Ces derniers mois, on observe un véritable engouement scientifique à l'égard de la vitamine D. Mais le plus curieux, c'est que toute cette animation ne se focalise plus désormais sur son implication dans la santé du squelette. Bien au contraire, le cholécalciférol se profile peu à peu comme un bon indicateur de santé. Brève revue de l'actualité. Le profil de santé de la vitamine D a bien changé. En effet, il a suffi de quelques mois bouillonnants de découvertes scientifiques pour élargir considérablement son spectre d’activité. Désormais, de faibles concentrations sanguines en vitamine D ne seraient plus associées uniquement à un risque élevé de fractures, mais également à des pathologies aussi hétéroclites que l’hypertension, les maladies respiratoires et certaines formes de cancer… S’il est encore difficile aujourd’hui d’établir un lien de cause à effet, les données plaident cependant pour une prise en considération plus importante de la carence en cette vitamine, un phénomène loin d’être isolé.

Des carences toute l’année

En effet, la plupart des femmes âgées seraient carencées en vitamine D. Plus précisément, près de 2/3 des femmes postménopausées présentant de l’ostéoporose seraient déficientes en vitamine D, selon une étude néerlandaise (1). Ce constat émane d’un travail d’analyse portant sur 2589 femmes réparties dans 18 pays, à travers l’Europe, le Moyen-Orient, l’Amérique latine et la région pacifique de l’Asie. La déficience en vitamine D (moins de 30 ng/ml de sang) est même une réalité, indépendante de la latitude et de la saison. En effet, la carence moyenne était de l’ordre de 64 % en moyenne, avec 59 % pour les femmes recrutées dans l’étude en été et 69 % pour les femmes recrutées en hiver. Le manque de vitamine D est aussi clairement identifié comme un facteur de risque indépendant de la fracture de la hanche après 60 ans (2). Dans une étude écossaise (3), conduite auprès de 548 patients de plus de 60 ans pendant 4 ans, 97.8 % de l’échantillon avait des taux moyens de vitamine D en dessous de la normale, quelle que soit la saison. Et dans 25 % des cas, les taux étaient même si bas qu’ils étaient non mesurables ! Ce constat pose donc question sur la recommandation singulière d’une supplémentation hivernale chez l’homme ou la femme après 50 ans.

Du soleil et je respire?

Parmi les implications assez inattendues de la vitamine D, il faut citer la fonction pulmonaire. Une étude néo-zélandaise (4) conduite auprès d’un échantillon de 14000 jeunes adultes a récemment montré que les individus présentant des taux plasmatiques bas en vitamine D avaient plus de difficultés respiratoires que celles qui affichant des taux plus élevés. L’effet positif de la vitamine D s’exprimerait même à la spirométrie selon une relation dose-réponse pour le volume respiratoire forcé après 1 seconde (CVF) et le volume expiratoire forcé après 1 seconde (VEMS). Pour les auteurs de l’étude, les différences en termes de fonction pulmonaire exprimées entre les quintiles extrêmes de taux sériques de vitamine D seraient encore plus importantes que celles observées entre fumeurs et non-fumeurs ! Les pistes de mécanismes évoquent que l’effet de la vitamine D se marquerait au niveau de la croissance et de la réparation cellulaire de l’arbre respiratoire. Une autre étude, entreprise par une équipe de la faculté de médecine de Harvard (5), souligne une protection de la vitamine D contre l’asthme et les sifflements chez l’enfant. Particularité de l’effet cependant : dans cette étude, il a été mesuré après l’observation d’un taux élevé de vitamine D maternel au cours de la grossesse. Il apparaît que pour chaque augmentation de l’apport alimentaire de 100 UI de vitamine D, il est associé un odds ratio de 0.9 pour tous les sifflements de l’enfant au cours des deux premières années de vie. Il reste maintenant à étudier si cet effet préventif perdure au fur et à mesure que l’enfant grandit.

L’inflammation et les cancers

La vitamine D n’a pas fini pour autant de nous surprendre, comme le suggère une étude américaine (7) conduite entre 1988 et 1994 auprès de 6700 individus. Dans cet essai, les personnes qui avaient les taux sanguins en vitamine D les plus élevés avaient 20 % de risque en moins de développer une gingivite. Derrière cet effet, on retrouverait des propriétés anti-inflammatoires de la vitamine D, qui sont aujourd’hui encore mal définies. Une autre étude, menée par une équipe de l’Université de Californie (8) va encore plus loin en révélant que la correction de la carence en vitamine D pourrait abaisser significativement le risque de plusieurs types de cancer. La vitamine D bloquerait, en fait, l’angiogenèse et donc la croissance de nouveaux vaisseaux. Cette méta-analyse relève un effet protecteur important à l’égard du cancer du côlon, de la prostate, du sein et des ovaires. Dans le cas précis du cancer de la prostate, les avis sont néanmoins encore fort partagés. Certaines études n’ont pas identifié d’action préventive de la vitamine D. Mais d’autres (9) ont clairement proposé des explications mécanistiques approfondies de son activité antitumorale sur certains cancers de la prostate : le cholécalciférol bloquerait en réalité l’activité de deux enzymes, la matrix métalloprotéinase et la cathepsine, toutes deux impliquées dans l’invasion des cellules cancéreuses prostatiques. Et il stimulerait aussi en contrepartie les enzymes inhibitrices de ces deux protéases.

L’os n’est pas en reste

En dépit de ces nouvelles voies d’action, les bénéfices de la vitamine D pour le squelette restent plus que jamais d’actualité, y compris en période prénatale. C’est en tout cas ce qu’ont découvert des chercheurs de l’Université de Southampton (10) à la faveur d’une supplémentation en vitamine D au cours de la grossesse. L’originalité de cette étude réside dans l’observation d’un lien étroit entre le statut en vitamine D de la mère au cours de la grossesse et la densité minérale osseuse de son enfant vers l’âge de 9 ans. Les enfants de mères déficientes ont une moins bonne densité minérale osseuse que les enfants ayant des apports suffisants… En effet, des concentrations réduites en vitamine D (49 % de l’échantillon) dans le sang au cours du dernier trimestre de la grossesse s’accompagnent d’une réduction significative du contenu minéral osseux total de l’organisme de l’enfant, avec un accent particulier au niveau de l’épine lombaire. Le niveau d’exposition solaire et le recours à la supplémentation constituent les facteurs les plus prédictifs de ce phénomène. Pour les auteurs, ces résultats supportent le rôle important du développement intra-utérin et postnatal dans l’accrétion osseuse et pointent également l’importance de nouvelles évaluations sous la forme d’essais cliniques randomisés. Enfin, pour terminer ce large tour d’horizon de la littérature, il faut citer également l’impact favorable de la supplémentation en vitamine D sur le risque de chutes chez la personne âgée. Une récente étude randomisée contre placebo (11) estime cette réduction à près de 50 % et plus encore chez les femmes actives (65%). Très intéressant, dans la mesure où le prix de cette intervention est plus que raisonnable en regard des coûts prohibitifs d’une hospitalisation pour une fracture du col du fémur…

Par Nicolas Rousseau

" HEALTH & FOOD " numéro 76, Mars/Avril 2006

De l'acide folique pour la grossesse

Un apport suffisant d'acide folique est nécessaire en période péri-conceptionnelle afin d'éviter des malformations du tube neural chez le foetus. Mais comment s'assurer que les futures femmes enceintes ingèrent assez de cette vitamine ? Une...
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Un apport suffisant d'acide folique est nécessaire en période péri-conceptionnelle afin d'éviter des malformations du tube neural chez le foetus. Mais comment s'assurer que les futures femmes enceintes ingèrent assez de cette vitamine ? Une fois de plus, la réponse est très simple à énoncer mais bien plus compliquée à appliquer: par une alimentation équilibrée... L’acide folique, ou vitamine B9, est important pour le bon fonctionnement de l’organisme. Cette vitamine se trouve principalement dans la levure, le foie, le jaune d’œuf, les fromages, les légumineuses, les légumes à feuilles vertes (épinard, cresson…) et dans bon nombre de céréales pour petit-déjeuner enrichies. On la retrouve également en quantité plus faible dans des aliments que nous consommons plus fréquemment, comme d’autres fruits et légumes, les autres produits laitiers, ou encore les produits à base de céréales (pain et dérivés, müesli). Cette vitamine joue un rôle dans le métabolisme des acides aminés et du matériel génétique (ADN et ARN). Elle participe aussi à la synthèse de neuromédiateurs nécessaires au métabolisme du cerveau et des nerfs. L’acide folique se forge aussi une place dans la prévention cardio-vasculaire, dans la mesure où il est impliqué dans l’épuration plasmatique de l’homocystéine, un marqueur, voire un facteur de risque cardio-vasculaire. Si l’acide folique n’a toutefois pas encore fait ses preuves dans ce domaine, c’est chose faite pour ce qui est de son aptitude à réduire significativement le risque de malformations congénitales liées à un défaut de fermeture du tube neural.

Eviter le spina bifida

Pour les femmes qui désirent être enceintes, prendre un supplément de 400 µg d’acide folique deux mois avant le début de la grossesse et pendant les 2 premiers mois de grosses, diminue jusqu’à 70% le risque d’atteinte du tube neural du fœtus.
Le tube neural se forme au tout début de la grossesse, entre le 19è et le 28è jour. S’il se ferme mal, le bébé a des risques de naître anencéphale (défaut de fermeture au niveau de l’encéphale) ou de souffrir de spina bifida (défaut de fermeture au niveau de la colonne). Dans le cas du spina bifida, l’atteinte de l’enfant sera fonction de l’étendue et de la localisation du défaut de fermeture. Dans la forme la plus grave, la moelle épinière et les racines nerveuses sortent de la colonne vertébrale, soit à nu soit contenues dans une fine membrane, entraînant une paralysie des membres innervés par la partie du système nerveux située sous la lésion. D’autres formes moins graves existent, et les conséquences dépendent de l’étendue de la malformation: incontinence urinaire ou fécale, paralysie ou insensibilité partielle ou totale des membres inférieurs, malformations orthopédiques… Le spina bifida concerne chez nous de l’ordre d’une grossesse sur 2000.

Prévoir sa grossesse

Pour les femmes, prendre des suppléments d’acide folique en vue d’une grossesse future s’inscrit dans une démarche santé plus large qui consiste à programmer la grossesse et à mettre son corps dans les meilleures conditions possibles pour accueillir un enfant. Le concept de consultation pré-conceptionnelle prend alors tout son sens. En effet, il n’y a pas que l’acide folique à surveiller une fois qu’une femme désire un enfant : des nutriments comme le fer et l’iode sont également importants. Oui mais voilà : la moitié seulement des grossesses sont programmées. Il est donc difficile d’assurer un apport suffisant d’acide folique à l’ensemble des futures mères, deux mois avant la grossesse… Encourager les femmes à maîtriser les naissances et à programmer leur grossesse fait donc aussi partie de la prévention des malformations du tube neural.

Enrichissement

Idéalement, pour prévenir le plus de malformations du tube neural, toutes les femmes en âge de procréer (même si une grossesse n’est pas envisagée) devraient ingérer chaque jour au moins 400 mcg d’acide folique. Trois voies peuvent contribuer à atteindre cet objectif : une alimentation équilibrée et variée (mais cela ne suffit pas), l’enrichissement de denrées de consommation courante et (le plus efficace mais qui touche une cible moins large) la prise d’un supplément contenant de la B9 . L’impact de l’alimentation équilibrée est clairement limité car cela demande de grandes modifications comportementales. La supplémentation a également des limites, comme nous l’avons vu ci-dessus. L’enrichissement pourrait-il avoir de meilleurs effets ? Cette dernière stratégie est à mettre en œuvre au niveau national. Elle n’est pas d’application chez nous, mais les acteurs santé de notre pays disent être conscients de cette possibilité. Cette stratégie a été mise en place dans de nombreux pays, comme les Etats-Unis, le Canada, ou encore le Chili. Les Etats-Unis ont entamé en 1998 l’enrichissement systématique en acide folique des farines, céréales, pains et autres produits de consommation courante, riches en amidon. Cette démarche a permis de réduire le nombre de naissances d’enfants avec malformation du tube neural de 26%. Ces résultats sont encourageants, mais considérés insuffisants par les autorités américaines, car ils sont encore éloignés des 50 à 70% de réduction obtenus dans des études cliniques.

Régime Atkins

Le CDC (Center for Disease Control and Prevention) recommande actuellement de maintenir l’enrichissement des denrées alimentaires… tout en conseillant à toutes les femmes en âge de procréer la prise d’un complément vitaminique contenant au moins 400µg d’acide folique. Voilà qui fait quelque peu « retour à la case départ » et témoigne d’une remise en question de l’enrichissement. Une des explications possibles des résultats décevants de cette stratégie est que toute la population du groupe ciblé ne consomme pas –ou pas assez- d’aliments enrichis en acide folique. Le CDC incrimine aussi la pratique de régime : en 2005, 26% des américaines de 18 à 45 ans rapportent avoir été au régime les 6 derniers mois. C’est particulièrement préoccupant pour les régimes de type Atkins, très en vogue aux Etats-Unis, qui suppriment les produits céréaliers, donc les aliments enrichis en acide folique. L’enrichissement en acide folique de denrées alimentaires de base a montré son efficacité aux Etats-Unis comme dans d’autres pays, mais les effets observés ne sont pas à la hauteur des attentes. Quant à la sensibilisation de la population à l’importance d’une supplémentation, ses résultats ne sont pas encore connus chez nous. Ces deux approches présentent malgré tout des limites. Il est triste de constater qu’à côté de ces mesures, une alimentation équilibrée n’est que trop rarement considérée comme un autre bon moyen de prévenir les malformations du tube neural chez le fœtus…

Par Magali Jacobs

" HEALTH & FOOD " numéro 76, Mars/Avril 2006

Ce cacao qui fait battre les coeurs ...

Le chocolat et le cacao sont aujourd'hui souvent mis sur la sellette dans un contexte fortement évolutif de l'obésité. Pourtant, les données continuent à s'accumuler sur l'effet bénéfique des composants du cacao à l'égard des mal...
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Le chocolat et le cacao sont aujourd'hui souvent mis sur la sellette dans un contexte fortement évolutif de l'obésité. Pourtant, les données continuent à s'accumuler sur l'effet bénéfique des composants du cacao à l'égard des maladies cardio-vasculaires et des cancers, deux des maladies parmi les plus mortelles. Une situation ambiguë à laquelle a déjà été confronté le vin rouge, avant la découverte du célèbre « paradoxe français »... Pendant des siècles, le chocolat a été employé pour traiter bien des maux. Ces dernières décennies, il est plutôt assimilé aux denrées alimentaires à bannir de l’alimentation, car jugé diététiquement coupable du développement des « maux modernes », à commencer par l’obésité. Une conception qui ne repose cependant pas sur des bases scientifiques, car aucune étude à ce jour n’est parvenue à établir un lien de cause à effet entre la consommation de chocolat et le surpoids. Au contraire, la science du cacao est en véritable ébullition et nous amène à désormais considérer cet aliment sous un nouvel angle, à la lumière des acquisitions récentes concernant le potentiel santé du cacao. Le symposium « Theobroma Cacao: The Tree of Change », qui s’est tenu récemment à Washington sous l’égide des « National Academies of Science », apporte des éclaircissements sur la question.

Du carré plaisir au chocolat santé

C’est que le cacao apparaît aujourd’hui comme une ingrédient alimentaire susceptible d’exercer des effets favorables à la santé. En particulier, il apparaît que les flavanols du cacao sont dotés d’effets bénéfiques qui vont bien au-delà de leur pouvoir antioxydant. Les dernières études conduites chez l’homme ont révélé une réduction du risque de maladies cardiovasculaires et des cancers. A l’occasion du symposium des National Academies of Science, le professeur Norman Hollenberg, de l’Ecole de Médecine de Harvard, a soumis les résultats de ses travaux conduits depuis 10 ans sur deux populations d’Indiens Kuna. Comme la plupart des populations aborigènes qui peuplent la terre, les Indiens Kuna n’échappent pas aux phénomènes migratoires, qui ont des conséquences sur leurs modes de vie. Ainsi, les Indiens Kuna indigènes vivant dans un archipel à proximité de Panama boivent quotidiennement de larges quantités de boissons cacaotées, riches en flavanols. En revanche, les Indiens Kuna qui ont quitté les îles pour habiter Panama, consomment aujourd’hui non seulement peu de cacao, mais qui plus est, ingèrent du cacao dont la concentration en flavanols est beaucoup plus faible.

Une aspirine naturelle?

Dans les certificats de décès qu’il a passé au crible, Hollenberg a révélé au grand jour des taux significativement plus faibles de maladies cardio-vasculaires et de cancers chez les Indiens Kuna insulaires. Le risque relatif de décès par maladie cardiaque dans l’isthme de Panama était ainsi 12,8 fois plus important et la mortalité due au cancer 6,3 fois plus fréquente que dans les archipels où ont trouvé refuge les derniers descendants des Kunas. Dans ses précédents travaux publiés en janvier 2006 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, Hollenberg suggérait que les niveaux sanguins plus élevés de flavanols - reconnus comme étant de puissants antioxydants - et de métabolites de l’oxyde nitrique (NO) étaient deux des explications potentielles à la cardioprotection observée dans cette population. Cette étude était par ailleurs la première à apporter la preuve directe qu’un flavanol spécifique du cacao, l’épicatéchine, pouvait améliorer la relaxation des vaisseaux sanguins, de manière comparable à ce que fait un médicament comme l’aspirine.

D’autres mécanismes

Deux autres scientifiques, le prof Hagen Schroeder (Université de Californie) et le prof Christian Heiss (Université de San Francisco) soutiennent l’hypothèse antioxydante et vont même plus loin, en affirmant que les bénéfices cardiovasculaires observés après consommation de cacao riche en flavanols sont sans doute plus larges que ceux dépendant uniquement de leur capacité antioxydante. En effet, la plupart des flavanols circulant dans le sang après ingestion sont assez rapidement dégradés par l’organisme et ont donc un potentiel antioxydant affaibli. Or, l’activité des flavanols du cacao est bien réelle sur le système cardio-vasculaire après leur consommation, ce qui souligne l’existence de mécanismes d’action qui empruntent d’autres voies que la protection antioxydante. L’effet aspirine-like est l’un d’entre eux. Et de nouvelles données apportées par the Shanghai Institute of Materia Medica of the Chinese Academy of Sciences indiquent que les effets bioactifs de certains flavanols du cacao se situeraient également dans une inhibition des réactions inflammatoires impliquées notamment dans la genèse des maladies cardio-vasculaires.

Au-delà des antioxydants

C’est donc aujourd’hui sous un nouveau jour qu’apparaissent les constituants du cacao, tels que les flavanols. Leur attribuer le simple statut d’antioxydants apparaît donc fortement réducteur, surtout à l’analyse de leurs effets sur la fonction cardio-vasculaire. A côté d’une vision élargie sur le sujet, les experts du chocolat recommandent également de nouvelles méthodes d’analyse des flavanols du cacao et surtout d’arrêter d’évaluer la teneur en flavanols du cacao par des méthodes de « capacité antioxydante », qui sont à l’évidence désuètes et trompeuses, tant pour les chercheurs que pour les professionnels de santé.

Pas l’exclusivité du cacao

Les flavanols ne sont pas non plus uniquement l’apanage du cacao et du chocolat. Trop souvent, on a tendance à oublier que le cacao est dérivé d’une plante et qu’en conséquence, il contient certains composants bénéfiques pour la santé que l’on peut trouver également à profusion dans plusieurs fruits, légumes ou légumineuses (haricots rouges, lentilles, pois chiches,…). A titre d’exemple, l’épicatéchine, particulièrement abondante dans certains types de cacao, est aussi présente en grandes concentrations dans la pomme ou le raisin. Ces nouvelles avancées dans le domaine de la biochimie des flavanols du cacao apportent donc des éclairages nouveaux qui devraient permettre une meilleure compréhension de l’impact positif d’une alimentation riche en fruits et légumes sur la santé du cœur et des artères.

Revigorer des économies fragiles

Outre ces avancées dans le domaine de la santé cardiovasculaire, la science du cacao constitue actuellement une source de progrès pour des millions de producteurs de cacao. En effet, chaque année, de nombreux producteurs de cacao perdent un tiers ou plus de leur récolte, suite à la présence de parasites et de maladies, ou simplement à cause d’un manque de formation appropriée dans l’utilisation des techniques d’agriculture rudimentaires ou d’autres difficultés liées à l’environnement. La science du cacao contribue ici aussi indirectement à rendre l’espoir et fournit de nouvelles opportunités en tant que source d’avantages sociaux, économiques et environnementaux pour des producteurs, dont la survie est étroitement liée à cette culture.

Par Nicolas Rousseau

" HEALTH & FOOD " numéro 76, Mars/Avril 2006

Poisson et cancer: exit les oméga-3 ?

La liste des propriétés bénéfiques allouées aux acides gras oméga-3 est loin d'être exhaustive... Une étude récente nous rappelle cependant qu'il faut demeurer prudent à l'égard de certaines all&eacu...
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La liste des propriétés bénéfiques allouées aux acides gras oméga-3 est loin d'être exhaustive... Une étude récente nous rappelle cependant qu'il faut demeurer prudent à l'égard de certaines allégations, en particulier en raison de problèmes méthodoliques inhérents à certaines études.Les acides gras oméga-3 ont très bonne presse. Il est vrai que les données s’accumulent en faveur de leurs effets protecteurs non seulement dans les maladies cardio-vasculaires, mais aussi dans certaines formes de cancer, les démences, la dépression, les allergies… Un article paru dans une récente édition (1) de la sérieuse publication scientifique JAMA pourrait, à première vue, changer certains points de vue à ce sujet. Les auteurs ont réalisé une méta-analyse des études de cohorte prospectives menées entre 1966 et 2005 et portant principalement sur la relation entre la consommation journalière de poisson et le risque de cancer.

Un bilan plus maigre que prévu

A la lecture des résultats de cette revue de la littérature, force est de constater que les données ne se bousculent pas au portillon. Seules 38 études mettent en évidence un lien positif entre le risque relatif de cancer et l’apport alimentaire d’oméga-3. Et lorsque l’on pousse l’analyse un peu plus loin, on va de déception en déception. Ainsi, pour le cancer du côlon, une seule étude révèle un effet protecteur des apports élevés d’acides gras oméga-3, alors que dix-sept ne montrent aucune association… Les mêmes résultats négatifs sont observés pour le cancer du poumon, de la peau et de la prostate. Concrètement, les études de cohorte ne parviennent pas à confirmer les résultats très encourageants obtenus chez l’animal avec les oméga-3, peut-être notamment parce qu’ils ne font qu’une estimation de la consommation d’oméga-3 via l’évaluation de la consommation journalière de poisson.

Une question de méthodologie

La plupart des études de cohorte prospectives utilisent un fréquentiel pour évaluer la consommation alimentaire. Ce choix est avant tout financier, car il est difficile, voire impossible de réaliser une anamnèse alimentaire complète sur des populations de plus de 20.000 individus. Or, une autre étude (2) a récemment suggéré les limites du fréquentiel pour l’évaluation des apports en macro- et micronutriments en comparaison d’autres méthodes comme l’anamnèse alimentaire ou le quotient respiratoire. La corrélation entre le questionnaire de fréquence et l’anamnèse alimentaire était inférieure à 0,4 ce qui situe les disparités importantes entre les deux techniques d’évaluation. Les associations positives démontrées dans les études cas-contrôle ne sont pas toujours retrouvées dans les études de cohorte, notamment, selon Kristal et al (2) à cause de l’usage d’un questionnaire fréquentiel. Un exemple de cette flagrante hétérogénéité des résultats selon la méthode d’évaluation employée a été montré par Bingham et al (3). Dans son étude, alors qu’aucune relation entre les graisses et le cancer n’apparaissait lorsque les apports étaient enregistrés au moyen d’un fréquentiel, une association statistiquement significative se dégageait avec le recours à l’anamnèse alimentaire. Un constat qui s’applique donc aussi en théorie au lien entre oméga-3 et cancer.

Mesurer plutôt deux fois qu’une

Un autre aspect méthodologique à prendre en compte est également la périodicité de l’évaluation des habitudes alimentaires. Dans plusieurs études de cohorte, l’évaluation ne s’effectue parfois qu’à une seule occasion, ce qui constitue un biais potentiel. L’exemple de la Honolulu Heart Study (4) est à ce point éloquent : alors que les apports alimentaires ont été enregistrés une seule fois, en 1968, l’évaluation de l’incidence du cancer n’a été réalisée qu’en 1993, ce qui supposait que les habitudes alimentaires n’avaient pas évolué en 25 ans… Et de la promotion du poisson par l’église catholique le vendredi en 1968 à la stigmatisation erronée du contenu en lipides des poissons gras dans le contexte actuellement sensible de l’obésité, de l’eau a pourtant bien coulé depuis sous les ponts …

Les oméga-3 noient le poisson

La plupart des fréquentiels donnent une estimation de la consommation de poisson, mais jamais d’information sur le type de poisson consommé. Il existe pourtant d’importantes variations de la teneur en oméga-3 entre les différentes familles de poisson : très basse chez les poissons maigres, elle augmente considérablement avec les poissons gras. Par ailleurs, aussi bien les fréquences que l’évaluation des portions sont d’une importance essentielle pour déterminer les apports alimentaires en oméga-3, les deux étant estimés par l’observateur. Et s’il est simple de quantifier le nombre de tranches de pain consommées par jour, la tâche est plus ardue pour le poisson. Cela signifie donc que l’apport journalier en oméga-3 repose sur plusieurs estimations avec pour conséquence une grande marge d’erreur potentielle. Admettons qu’un individu lambda mange 5 fois du poisson par semaine et développe un cancer du côlon, alors qu’un autre individu en consommant seulement une fois par semaine ne contracte pas la maladie au cours de la même période, la tentation est grande de tirer la conclusion que le poisson et les acides gras oméga-3 ne protègent pas contre le cancer du côlon. Mais si en fouillant un peu, on constate que le premier individu consomme en fait essentiellement du cabillaud et la seconde des sardines, le bilan change complètement !

L’ironie de la dose

La dose journalière moyenne d’acides gras oméga-3 relevée dans les études prospectives est de l’ordre d’un mg, ce qui correspond à peine aux normes établies par le Conseil Supérieur d’Hygiène. Avant de déduire que les oméga-3 ne protègent pas contre le cancer, il faut également prendre en considération que beaucoup d’effets des oméga-3 se manifeste à des concentrations plus élevées, que l’alimentation ne peut pas toujours atteindre. Un bel exemple est celui de l’effet hypotriglycéridémiant des oméga-3 qui est principalement observé avec les suppléments. Les auteurs de cette revue de la littérature n’ont pas tenu compte de l’usage des compléments alimentaires. Mais que faire alors dans l’évaluation des petits mangeurs de poisson qui recourent plus souvent à la supplémentation que les amateurs des produits de la mer ? Cette étude exprime toute la difficulté à évaluer la consommation d’acides gras oméga-3 et montre qu’il est difficile aujourd’hui de consommer suffisamment d’oméga-3. Elle sème aussi le doute malgré elle sur la relation bénéfique entre consommation de poisson et cancer et incite à plus de prudence et de recul sur la méthodologie au moment de formuler des allégations.

Par Patrick Mullie

" HEALTH & FOOD " numéro 76, Mars/Avril 2006

Stérols végétaux et cholestérol: pourquoi ça marche?

Les stérols et stanols végétaux ont déclaré la guerre au cholestérol depuis plusieurs années ! Les rayons des supermarchés ne désemplissent pas et les données scientifiques s'accumulent. Les dessous d'un succès et d...
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Les stérols et stanols végétaux ont déclaré la guerre au cholestérol depuis plusieurs années ! Les rayons des supermarchés ne désemplissent pas et les données scientifiques s'accumulent. Les dessous d'un succès et d'une efficacité scientifique qui ne semblent pas prêts d'être démentis. Comment expliquer le tel succès des « anticholestérols » que sont les aliments enrichis en stérols et stanols végétaux? La première explication réside peut-être dans le contexte actuel de santé. Les maladies chroniques, et les maladies cardio-vasculaires en premier, constituent toujours le principal problème médical à l’aube du 21e siècle. Le coût du traitement traditionnel de ces affections est en train de « ruiner » allègrement les bases financières des systèmes de soins de santé à travers le monde. Cette situation est assez paradoxale, dans la mesure où la plupart de ces pathologies sont avant tout tributaires de notre mode de vie. Or, les mesures qui visent à modifier ce style de vie se révèlent systématiquement les plus attractives, en termes de coût/efficacité, dans la prévention et l’approche thérapeutique. A côté de l’activité physique, la stimulation du changement de comportement alimentaire joue un rôle majeur dans l’adoption d’un mode de vie « santé ». Malheureusement, cette approche, pour être efficace à grande échelle, doit idéalement s’inscrire dans la durée et nécessite aussi une implication globale de la société (industrie, médecine, distribution, politiques…). C’est pourquoi l’approche qui consiste à « transformer » l’aliment pour le rendre plus fonctionnel apparaît aujourd’hui très séduisante. Elle concerne les aliments enrichis naturellement en oméga-3, les probiotiques, les prébiotiques… et les aliments enrichis en stérols ou stanols végétaux. Cependant, cette analyse socio-médico-économique n’explique pas tout.

Scientifiquement prouvé

La force des aliments fonctionnels, et des phytostérols dans le cas qui nous intéresse ici, est certainement de pouvoir s’appuyer sur des bases scientifiques exceptionnelles, à l’instar de ce qui est fait pour les médicaments. Cet aspect est important dans la mesure où il garantit, tout du moins en partie, la caution bienveillante du monde médical. Plusieurs centaines d’études attestent aujourd’hui de l’effet hypocholestérolémiant des stérols et stanols végétaux. On connaît la dose efficace (de l’ordre de 2 g par jour, au-delà de 3 g, on observerait un effet plateau) et les mécanismes d’action sont de mieux en mieux identifiés. D’abord, les esters de stanols et de stérols végétaux sont dégradés en stérols libres et en acides gras dans l’intestin. Certains stérols libres et cholestérol coprécipitent pour former des particules insolubles qui sont excrétées. D’autres stérols libres et le cholestérol forment des micelles, dont l’incorporation entérocytaire est diminuée. La compétition avec les stérols libres signifie donc que le cholestérol est absorbé en plus faible quantité. Mais l’effet ne s’arrête pas là. Les stérols et stanols végétaux augmente légèrement l’expression de l’ABC transporter au niveau de l’entérocyte, ce qui diminue fortement leur traversée à ce niveau aussi. Le métabolisme du cholestérol est tout autant affecté : on observe en premier lieu une diminution de l’incorporation du cholestérol dans le foie via les chylomicrons. Le foie augmente dès lors sa synthèse enzymatique de cholestérol, mais celle-ci est compensée par une augmentation du nombre de ses récepteurs au LDL. L’effet global est une réduction des taux de cholestérol total d’environ 10 % et de LDL-cholestérol de près de 15 %, tant pour les stanols que les stérols, après seulement 2 à 3 semaines, dans le cadre d’un régime adapté. Une action dont l’efficacité est prouvée à court terme et à long terme et qui n’est pas influencée par la fréquence de consommation (1, 2 ou 3 prises par jour par exemple).

Un bon cœur de cible

L’intérêt des aliments enrichis en phytostérols est aussi de conjuguer des actions auprès d’une large cible de patients. Ils réduisent le taux de cholestérol à la fois chez les personnes présentant une hypercholestérolémie modérée que chez les enfants atteints d’hypercholestérolémie familiale, les diabétiques de type 2 ou les patients sous statines. L’effet hypocholestérolémiant des stérols végétaux se veut par ailleurs complémentaire de l’administration de cette classe de médicaments, à condition évidemment d’adopter une alimentation pauvre en matières grasses. Il semblerait aussi qu’il pourrait exercer une influence favorable, comme les statines, sur la fonction endothéliale, mais ces résultats doivent être confirmés. Certaines études montrent par ailleurs leur utilité chez les personnes en excès de poids au régime et traités par fibrates. L’action est observable aussi bien chez la femme que chez l’homme. Enfin, des questions ont été posées récemment sur l’efficacité des aliments enrichis en phytostérols pauvres en matières grasses comme les yaourts ou les fromages frais. Une interrogation assez logique dans la mesure où les esters de stanols et de stérols sont solubles dans les graisses. Des inquiétudes qui ont été surmontées par la publication de plusieurs travaux scientifiques récents démontrant la conservation de l’efficacité de ces produits dans ce type de produits laitiers. Les seules incertitudes qui entourent encore aujourd’hui l’impact des phytostérols pour la santé sont liées à l’absorption d’une petite fraction de stérols végétaux (ce n’est pas le cas des stanols) et l’augmentation du taux sérique associé, voire l’effet sur l’absorption des vitamines liposolubles et des caroténoïdes. Jusqu’à preuve du contraire, la sécurité des stérols et stanols végétaux n’est pas remise en cause, les pertes de vitamines demeurent modestes et leur tolérance est prouvée. Mieux, l’épidémiologie plaide largement en leur faveur, elle qui montre qu’une réduction de 10% du cholestérol total est associée à une diminution du risque de maladies coronaires de 20 à 50 %, en fonction de l’âge. Une balance bénéfices/risques qui plaide donc largement en faveur de ce type de composés.

Pas d’aliment miracle !

Un solide faisceau d’arguments nourrit l’usage aujourd’hui bien accepté des aliments enrichis en phytostérols. Alors, au patient de choisir la margarine, le yaourt ou le fromage frais qu’il préfère? Il reste cependant au praticien de le mettre en garde sur les risques d’une utilisation inadaptée de ce type de produits. Rappelons-le, ceux-ci n’ont de réel intérêt que dans le cadre d’une alimentation pauvre en graisses et ”riche” en graisses de qualité. Mieux vaut donc toujours conseiller d’alterner les sources de corps gras, et de ne pas oublier non plus dans le cas des margarines que cela reste de la matière grasse, et que leur consommation doit demeurer raisonnable. Attention également : les femmes enceintes ou allaitantes ont des besoins nutritionnels particuliers et doivent éviter de consommer ce type de produits. Pour les enfants, la seule indication est celle d’une hypercholestérolémie familiale. Pour éviter les problèmes de cholestérol, yaourt ou margarine ”santé” ne résoudront donc pas tout, en clair, il n’existe pas d’aliment miracle !

Par Nicolas Rousseau

" HEALTH & FOOD " numéro 76, Mars/Avril 2006

Sénescence cardiaque et alimentation

Le vieillissement des organes est inéluctable. Mais pour peu qu'on en comprenne les mécanismes, il est possible d'en freiner dans une certaine mesure les conséquences. Plusieurs affections cardiaques ou vasculaires étant probablement une exag&eacu...
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Le vieillissement des organes est inéluctable. Mais pour peu qu'on en comprenne les mécanismes, il est possible d'en freiner dans une certaine mesure les conséquences. Plusieurs affections cardiaques ou vasculaires étant probablement une exagération pathologique des phénomènes de vieillissement, les moyens de retarder la sénescence cardiaque et vasculaire sont aussi des moyens de prévention des affections des mêmes organes. L’avancée en âge et les différentes modifications qu’elle entraîne sur le plan cardiovasculaire ne constituent pas une évolution homogène des composantes de notre système circulatoire. Plus encore : si certaines fonctions semblent se ralentir avec les années, d’autres ne manifestent aucune modification, tandis que d’autres encore s’améliorent ou se renforcent. Même chez les personnes indemnes de pathologies susceptibles de demander au cœur un effort accru, on constate avec l’âge une augmentation modérée de la masse cardiaque, témoignant d’une relative hypertrophie ventriculaire. Dans certaines études, une modification de la forme du cœur a été rapportée, avec un déplacement vers la droite de l’aorte ascendante et un bombement du septum interventriculaire dans le ventricule gauche, entraînant un discret rétrécissement de ce dernier. Au microscope, les cellules musculaires cardiaques étaient un peu plus volumineuses mais leur nombre avait diminué. Des dépôts focaux de collagène étaient visibles.

Effort permis

Toutes ces modifications ont des répercussions sur l’efficacité fonctionnelle de l’organe. Toutefois, au repos, la fonction systolique ne change pas avec l’âge chez la personne qui ne souffre d’aucune pathologie cardiaque ou susceptible de retentir sur la fonction cardiaque. C’est avant tout au niveau diastolique que les modifications sont perceptibles : on voit notamment apparaître un moins bon remplissage en début de diastole et un remplissage plus important en fin de diastole. La seconde compense donc la première. L’âge voit aussi s’installer une moins bonne réponse à la stimulation adrénergique du cœur et à l’exercice. Pour maintenir une réponse adéquate aux besoins métaboliques de l’organisme, le cœur doit donc accroître le volume de remplissage. C’est ce que l’on constate en effet. Moyennant cette adaptation, le cœur permet toujours au sujet âgé en bonne santé de produire des efforts intenses, sans toutefois l’autoriser à aller jusqu’au niveau d’intensité que pourrait atteindre une personne plus jeune. Toutefois, certaines de ces modifications évoquent celles que l’on retrouve à un degré plus élevé dans l’insuffisance cardiaque. Sans qu’aucune preuve n’en soit disponible à notre connaissance, la question est posée de la vulnérabilité de la personne âgée à ce genre de dysfonctionnement. Celle de l’intérêt des choix alimentaires évitant le risque d’accroître la charge cardiaque se pose également. On pense avant tout aux apports sodés.

Allongées et sinueuses

Les artères en bon état du sujet âgé son allongées et sinueuses. La lumière est élargie et la paroi épaissie. Les cellules endothéliales peuvent avoir des formes irrégulières et être plus épaisses que chez le sujet jeune. L’épaississement pariétal peut être lié à une augmentation du nombre des cellules musculaires lisse et de la quantité de collagène. On retrouve des macrophages en plus grand nombre que chez le jeune et les médiateurs de l’inflammation, même en dehors de tout processus pathologique, sont présents en plus grandes quantités. On ne peut s’empêcher de croire, en voyant ces modifications, de les rapprocher de celles que l’on voit aussi dans l’athérosclérose et de se dire que les artères du patient âgé sont plus enclines à la formation de plaques que les artères du jeune individu. En conséquence, bien qu’il ne semble pas y avoir eu d’études abordant la question, on peut suspecter que les mesures alimentaires destinées à prévenir l’athérosclérose sont plus que jamais recommandées chez la personne âgée.

Perméabilité membranaire

La composition lipidique de la membrane des cellules cardiaques (et d’autres cellules encore) se modifie elle aussi avec l’âge. Ce n’est pas sans conséquences car cette composition détermine la conformation et la position de nombreuses protéines fonctionnelles présentes dans la membrane de la cellule ou celle des organites intracellulaires. On constate dans ses études biochimiques de ces structures une augmentation du contenu en acide arachidonique et une diminution de celui de l’acide docosahexaénoïque. Il a été montré expérimentalement que des membranes enrichies en acides gras oméga-3 avaient une propension à favoriser une charge calcique intracellulaire réduite, tandis que l’enrichissement en oméga-6 favorisait une surcharge calcique des cellules. On connaît le rôle du calcium dans la dépolarisation de ces membranes et le risque d’arythmies qui peut découler d’un excès de calcium. De là à dire si des modifications des apports alimentaires en acides gras polyinsaturés peuvent inverser la tendance, il ne semble pas que des études aient répondu à la question.

Maîtriser le risque

Le métabolisme oxydatif des cellules cardiaques mérite également qu’on s’y attarde. Des études très pointues réalisées sur des cardiomyocytes de coeurs sénescents ont montré que ces cellules avaient un seuil abaissé de production de radicaux libres. L’une des conséquences de ce phénomène est l’altération facilitée des lipides membranaires. Il est possible que cela entraîne des conséquences comparables à celles qu’on a évoquées plus haut sur la perméabilité membranaire, les mouvements calciques et le risque d’arythmies. Au niveau des mitochondries cardiaques, l’excès de radicaux libres peut aussi altérer l’efficacité de la voie métabolique productrice d’énergie. Ce qu’on a pu montrer, c’est qu’une alimentation enrichie en acides gras oméga-3 prévient l’appauvrissement de la membrane mitochondriale en cardiolipine, co-facteur de plusieurs enzymes de la chaîne respiratoire. Il existe par ailleurs un large faisceau d’arguments pour considérer qu’un bilan inadéquat en antioxydants accroît le risque d’insuffisance cardiaque, d’atteinte cardiovasculaire et d’AVC. Des suppléments en antioxydants peuvent contribuer à la prévention de ces affections. Mais ces effets sont plus marqués avec les fruits et légumes riches en antioxydants qu’avec des préparations destinées à la supplémentation ou à des usages pharmacologiques. On considère d’ailleurs que des apports insuffisants en fruits et légumes augmentent nettement le risque de ces troubles cardiovasculaires. Par contre, une consommation accrue de fruits et légumes est susceptible d’augmenter la capacité antioxydante du plasma et est associée à une diminution du risque de maladies cardiovasculaires, parmi toute une série d’autres affections.

Penser aux artères

On a vu la place des phénomènes oxydatifs dans les troubles cardiaques mais il ne faut pas oublier non plus que les phénomènes oxydatifs jouent un rôle central dans l’athérosclérose également. On connaît en effet le risque lié aux LDL oxydés. C’est à ce point que l’on voit venir le moment où cette composante du lipidogramme prendra sans doute plus de poids dans l’évaluation du risque cardiaque et vasculaire que le LDL lui-même. Voilà donc encore une bonne raison pour disposer d’un capital antioxydant suffisant.

Par Dr. Jean Andris

" HEALTH & FOOD " numéro Spécial, Mai 2006

Préservation des fonctions cognitives: des facteurs alimentaires en jeu ?

Le cerveau est un organe comme un autre, entretenu avec des molécules issues de l'alimentation. Différents facteurs alimentaires semble jouer un rôle dans la prévention du déclin des fonctions cognitives lié à l'âge. Grâce aux progr...
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Le cerveau est un organe comme un autre, entretenu avec des molécules issues de l'alimentation. Différents facteurs alimentaires semble jouer un rôle dans la prévention du déclin des fonctions cognitives lié à l'âge. Grâce aux progrès de la médecine et à l’amélioration des conditions d’existence, l’espérance de vie s’est considérablement allongée depuis le siècle dernier. Mais ce vieillissement de la population s’est accompagné d’un accroissement du nombre de démences dégénératives, principalement représentées par la maladie d’Alzheimer, qui touche environ 2% des 65-69 ans, et plus de 15% des personnes âgées de 80 ans ou plus. En Belgique, on estime à 85.000 le nombre de personnes qui en souffrent. Des troubles cognitifs sont les principaux symptômes. Parfois très discrets au début, ils évoluent lentement mais surtout inexorablement. Les médicaments existants ne permettent pas d’arrêter le décours de la maladie, seulement d’en freiner l’évolution et d’en atténuer les symptômes. La problématique du déclin des fonctions cognitives avec l’âge a motivé la conduite de nombreuses recherches, parmi lesquelles l’étude des facteurs alimentaires occupe une place non négligeable. En effet, malgré la complexité de sa fonction, le cerveau est un organe comme un autre, construit et entretenu à partir de substances apportées par l’alimentation. L’influence de notre régime alimentaire sur sa constitution est indéniable. Mais peut-on dire pour autant que certains aliments ou micronutriments permettent de prévenir le déclin des fonctions cognitives avec l’âge ou même d’améliorer de telles dégénérescences?

Mécanique bien huilée

Il a été montré à de nombreuses reprises que la déplétion en acides gras essentiels engendre des troubles au niveau cérébral. Par exemple, sans certains acides gras, les cellules cérébrales ne peuvent ni se différencier ni fonctionner. De plus, une déficience en acide alpha-linolénique affecte la structure et la fonction des membranes cellulaires cérébrales. Il en résulte des perturbations physiologiques se traduisant par des modifications neurosensorielles et comportementales. Et avec l’âge, cela se complique: la production hépatique d’enzymes désaturases et élongases est plus faible, or ces enzymes sont chargées de synthétiser les acides gras à longues chaînes présents en grandes quantités dans les membranes cellulaires cérébrales. On peut en déduire que le renouvellement de ces lipides membranaires sera altéré. Effectivement, une réduction du DHA et de l’acide arachidonique a été observée dans le cortex frontal de sujets âgés. Et pour ne rien arranger, avec l’âge, les acides gras hautement polyinsaturés du cerveau sont également moins bien protégés contre l’oxydation. On peut se demander si la consommation de poisson et autres produits de la mer, riches en acides gras hautement polyinsaturés à longue chaîne que sont l’EPA et le DHA, ne permettrait pas de ralentir le déclin cognitif. Morris et ses collègues ont étudié la relation entre consommation de poisson et la perte de fonctions cognitive chez des personnes âgées de 65 ans et plus, suivies pendant 6 ans dans le cadre du Chicago Health and Aging Project. La fonction cognitive, évaluée par 4 tests standardisés, déclinait de 10% plus lentement chez les personnes qui consommaient du poisson une fois par semaine, et 13% plus lentement pour celles qui en consommaient au moins 2 fois par semaine. Toutefois, cette association était modifiée après ajustement pour la composition de l’alimentation en acides gras saturés, polyinsaturés et trans. Ceci est peut-être dû au fait que les acides gras essentiels se trouvent également dans d’autres aliments, notamment certaines huiles végétales. Les rôles respectifs du poisson et des différents lipides de l’alimentation restent donc à préciser.

Un esprit sain…

D’une manière générale, il a été montré à plusieurs reprises qu’une alimentation équilibrée et variée contribuait à prévenir les démences chez les personnes âgées. Une étude prospective récente de Scarmeas et al. menée sur plus de 2000 personnes pendant 4 ans a montré un effet protecteur du régime méditerranéen sur le risque de développer une démence d’Alzheimer. Par rapport aux personnes avec une faible adhésion au régime méditerranéen, celles dont l’adhésion était moyenne avaient 15% de risques en moins de développer une telle démence tandis que celles avec une adhésion forte voyaient ce risque diminuer de 40%. Une autre étude prospective de Requejo et al. a évalué de manière précise la consommation alimentaire de personnes âgées de 65 à 90 ans. Le Mini Mental State Examination (MMSE) était employé pour évaluer leurs capacités cognitives. Les personnes aux capacités cognitives adéquates étaient aussi celles qui consommaient le plus de nourriture en général, le plus de poisson et d’alcool, mais aussi le moins d’aliments du groupe des « occasionnels » de la pyramide alimentaire. En terme de nutriments et micronutriments, les apports en acides gras et cholestérol de ces personnes était adéquats, et ils ingéraient plus de vitamines impliquées dans les fonctions cérébrales, comme les vitamines C et B1, et l’acide folique.

Action en synergie

Une hypothèse pour expliquer le vieillissement cérébral repose sur l’accroissement des radicaux libres qui endommageraient les cellules et diminueraient ainsi la fonction cognitive. Il est donc assez logique que les antioxydants aient été largement étudiés dans ce domaine. Engelhart et al. ont, par exemple, établi un lien entre l’apport alimentaire en vitamines C et E et un moindre risque de maladie d’Alzheimer. Toutefois, le rôle de différents micronutriments ou nutriments diffère d’une étude à l’autre. Globalement, les antioxydants consommés via les aliments semblent exercer un effet protecteur sur la maladie d’Alzheimer et la baisse de la fonction cognitive, alors que les suppléments en antioxydants ne montrent pas d’effets majeurs dans le traitement de ces affections. A côté du rôle des antioxydants, les nutriments sont susceptibles d’intervenir à différents niveaux dans le maintien des fonctions cérébrales. C’est le cas du fer, qui assure l’oxygénation des tissus et participe à la synthèse de neurotransmetteurs. L’iode intervient dans le métabolisme énergétique des cellules cérébrales. L’utilisation du glucose par les cellules requiert de la vitamine B1, tandis que la B6 et la B12 interviennent dans la synthèse de neurotransmetteurs. Quant à la vitamine C, elle est nécessaire en grande quantité dans les terminaisons nerveuses. Une fois de plus, voici un domaine où les apports bénéfiques de chaque facteur nutritionnel pris à part sont encore assez mal compris. Une alimentation variée et équilibrée apparaît comme un facteur préventif de valeur pour lutter contre ces dégénérescences liées à l’âge, tout comme l’absence de tabagisme, un exercice physique régulier et un stress limité.

Par Magali Jacobs

" HEALTH & FOOD " numéro Spécial, Mai 2006

Lueurs d'espoir pour bien voir plus longtemps

Avec le temps, la qualité de la vue baisse. La dégénérescence maculaire liée à l'âge et la cataracte touchent une population de plus en plus importante. Plusieurs pistes nutritionnelles sont envisagées pour freiner leur ...
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Avec le temps, la qualité de la vue baisse. La dégénérescence maculaire liée à l'âge et la cataracte touchent une population de plus en plus importante. Plusieurs pistes nutritionnelles sont envisagées pour freiner leur progression. Elle affecte la macula, la partie centrale de la rétine, et survient typiquement avec l’avancée en âgé. C’est la dégénérescence maculaire liée à l’âge (AMD), qui conduit à une perte appréciable de la qualité de vie. Elle représente la première cause d’altération irréversible et de perte de vision chez les adultes de plus de 60 ans dans les pays développés. À un stade moins avancé, elle entraîne l’incapacité de lire, de reconnaître des visages, de conduire. Comme la peau et les cheveux, l’œil est en première ligne face aux agressions extérieures, dont l’exposition aux UV. Il n’est donc pas surprenant qu’il soit, lui aussi, particulièrement confronté aux phénomènes d’oxydations. C’est bien la raison pour laquelle la piste des composés antioxydants et de leur éventuel effet protecteur pour l’œil vieillissant, agressé, oxydé… n’a rien de saugrenu. D’ailleurs, il a été suggéré récemment que des modifications oxydatives des protéines pouvaient jouer un rôle critique dans la formation des drusen, les dépôts rétiniens entraînant la dégénérescence de la rétine. Une piste sérieuse, mais qui n’est actuellement pas encore étayée par de nombreuses études.

Vitamines des yeux

Un « ténor » dans ce domaine est sans conteste l’étude AREDS (Age-Related Eye Disease Study Research Group). Elle révélait, en 2001, que la prise d’un supplément composé de bêta-carotène, vitamines C et E et zinc pendant une période de 5 ans s’accompagnait d’une réduction de la progression de l’AMD de 25 % (1). Les dosages utilisés étaient cependant assez élevés, de 5 à 13 fois les apports recommandés, et se pose dès lors la question de savoir si des apports dits « nutritionnels » d’antioxydants sont aussi efficaces. C’est à cette question que la Rotterdam Health Study (2) apporte de nouveaux éléments de réponse. Celle-ci porte sur plus de 6000 personnes âgées de 55 ans et plus exemptes de DMLA à l’inclusion et suivies pendant 8 ans. Un apport alimentaire supérieur à la médiane pour 4 antioxydants (vitamines C et E, bêta-carotène et zinc) est associé à un risque de survenue de la DMLA réduit de 35 % (la médiane utilisée correspondait aux valeurs des apports nutritionnels recommandés). Des données qui suggèrent que le rôle de prédilection des antioxydants se situe surtout dans la prévention de la survenue de la DMLA, plutôt que dans le ralentissement de sa progression.

Les graisses en vue

Le développement de l’AMD est-il, lui aussi, influencé par notre apport lipidique ? C’est en tout cas ce que suggèrent certains travaux. Comme cette étude menée auprès de 261 personnes âgées de 60 ans et plus présentant des signes d'AMD non exsudative à un stade précoce ou intermédiaire (3). La progression de l'affection a été évaluée après 5 années de suivi. Les personnes du quartile le plus élevé pour l'apport en lipides totaux ont un risque relatif d’évoluer vers un stade avancé qui est trois fois plus élevé que ceux mangeant peu gras. L'étude montre que le risque de progression de l'AMD est presque deux fois plus élevé chez ceux qui consomment le plus d'acides gras saturés, de mono-insaturés, de poly-insaturés et d'acides gras trans. Certains aliments apparaissent comme plutôt protecteurs : la consommation de fruits secs oléagineux (noix, noisettes, amandes…) à raison d’au moins une fois par semaine est associée à une réduction du risque de progression de 40 %, par rapport à ceux qui n'en consomment pas.

Oméga-6/oméga-3

Le poisson semble aussi exercer un effet protecteur, mais uniquement chez les sujets qui ont les apports les plus faibles en acide linoléique (C18:2, oméga-6). On sait que les vertébrés aquatiques, surtout les variétés grasses (sardines, hareng, maquereau, saumon…) sont riches en oméga-3 hautement polyinsaturés que sont le EPA et le DHA. Et que le DHA (C22:6 oméga-3) s'accumule notamment dans la rétine. Son rôle dans la vision est bien documenté, en particulier chez le prématuré et le nouveau-né. Le fait que dans cette étude, l'effet protecteur du poisson se limite aux personnes qui n’ingèrent que peu d’acide linoléique est un argument, parmi d’autres, en faveur d'une réduction du rapport entre les acides gras oméga-6 et les oméga-3. Les observations de cette étude portant sur le lien entre les lipides et l’AMD pourraient s’expliquer par le rôle des acides gras dans la formation de la plaque athéromateuse au niveau des artères qui irriguent la choroïde et la rétine.

La cataracte aussi

La cataracte représente une autre menace pour la vue, et actuellement la seule réponse est de nature chirurgicale. Et ici aussi, les antioxydants sont considérés comme prometteurs, même si les arguments disponibles sont loin de constituer des preuves irréfutables. Dans l’étude REACT (Roche European American Cataract Trial), une combinaison d'antioxydants (bêta-carotène, vitamine C et vitamine E) était à même de freiner légèrement le développement de la cataracte (4). D’autres investigations, menées auprès d’un groupe de femmes âgées de 52 à 74 ans issus de la cohorte de la Nurses’Health Study, rapportent que l’opacification du cristallin est associée de façon inverse à l’apport en vitamines B1 et B2, ainsi qu’à la durée de prise de vitamine E.

Épinards et brocoli

« Les carottes, c’est bon pour les yeux », dit l’adage. Un adage revisité avec les brocolis ou les épinards. Ces trois légumes sont tous riches en caroténoïdes, dont le bêta-carotène. Les caroténoïdes, dont on dénombre plus de 600 composés, sont des pigments jaune-orange-rouge, dont la coloration est parfois masquée par la présence de chlorophylle (ex : épinards). Il s’agit de puissants antioxydants, parmi lesquels certains peuvent s’accumuler préférentiellement dans certains tissus ou organes. C’est le cas de la lutéine et de la zéaxanthine, largement présentes dans les épinards et les brocolis, et que l’on trouve en quantités abondantes dans la macula. L’apport alimentaire en ces deux caroténoïdes, notamment au travers de la consommation de brocolis et d’épinards, a été associé à un risque réduit de cataracte (5).

Œil, cœur et vaisseaux

Dans la cataracte aussi, les lipides semblent jouer un rôle. Ainsi, les données de la Nurses’Health Study recueillies au cours d’une période de 16 ans rapportent que celles qui mangent le plus de lipides totaux accusent une légère augmentation du risque de cataracte, et celles avec les apports les plus élevés en oméga-3 bénéficient d’une légère réduction du risque. Ici encore, le fait d’ingérer régulièrement du poisson est associé à une réduction du risque de cataracte. Bref, s’il y a encore bien des preuves à récolter pour bien appréhender le rôle de certains nutriments dans la préservation de vue, il semble de plus en plus claire qu’en matière d’en matière d’influence alimentaire, la santé de l’œil partage révèle bien des points communs avec la santé du système cardiovasculaire

Par Nicolas Guggenbühl

" HEALTH & FOOD " numéro Spécial, Mai 2006

Bouger à tout âge

L'exercice physique est un facteur de prévention et de maintien d'une bonne santé, même pour les seniors. Il n'est pas nécessairement contre-indiqué si l'on souffre de l'une ou l'autre affection, bien au contraire. Mais dans tous les cas, il...
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L'exercice physique est un facteur de prévention et de maintien d'une bonne santé, même pour les seniors. Il n'est pas nécessairement contre-indiqué si l'on souffre de l'une ou l'autre affection, bien au contraire. Mais dans tous les cas, il doit être adapté. L’activité physique est bénéfique d’un bout à l’autre de la vie. Chez le tout petit et l’enfant, elle contribue au développement psychomoteur et à la connaissance du corps propre. Elle acquiert aussi très précocement une valeur préventive puisqu’elle développe les capacités pulmonaire et cardiaque, ainsi qu’elle favorise l’acquisition d’un capital osseux important, qui protégera l’individu jusqu’à un âge avancé contre l’ostéoporose.

Pas perdu pour autant

Mais tout est loin d’être joué une fois que sont passées les premières décennies. De nombreuses études ont montré que les seniors, s’ils pratiquaient une activité physique régulière et adaptée, pouvaient eux aussi, malgré un âge avancé, en tirer bénéfice. Et ce n’est pas seulement vrai pour ceux qui sont en bonne santé : c’est une réalité aussi pour les personnes qui sont atteintes d’un certain nombre d’affections. Depuis que les premières études épidémiologiques ont prouvé l’intérêt de l’activité physique, il a été bien démontré que l’inactivité constitue un facteur de risque pour toutes les catégories de population. On va même plus loin aujourd’hui en estimant que le déclin fonctionnel qui accompagne l’avancée en âge s’explique au moins pour moitié par le manque d’exercice physique. Pourtant, si l’on considère la perte de fonction musculaire, on sait qu’elle est en partie récupérable par la pratique de l’exercice en résistance. Contrairement à ce qu’on a longtemps dit en interdisant a priori toute activité en résistance aux seniors, il semblerait donc qu’un mélange adéquat d’exercices en conditions aérobies et d’exercices en résistance puisse contrecarrer un certain nombre des modifications somatiques qui surviennent avec l’âge. Mais ici comme ailleurs, la prévention commence dans l’enfance, puisque l’importance du bénéfice que l’on peut tirer de l’activité physique dépend de la condition physique de base. Elle est également fonction de l’existence d’une affection sous-jacente : on ne visera pas les mêmes objectifs en cas d’arthrose qu’en cas d’insuffisance cardiaque. Enfin, la durée, l’intensité et la fréquence de l’exercice physique détermine également l’apport de cette pratique mais les limites de ces paramètres sont fixées par la présence ou l’absence d’affection.

Bon pour tout

On sait aussi depuis longtemps que l’activité physique exerce une influence bénéfique sur la pression sanguine. Il semblerait même, selon une étude de Lee et al., que la prise de conscience de cet avantage possible, la motivation à gérer sa pression sanguine et les antécédents de pratique sportive constituent des prédicteurs positifs de l’efficacité de l‘exercice physique sur la pression sanguine. Les effets de la pratique sportive sur l’image corporelle, sur la tonicité musculaire et sur le sens de l’équilibre ne sont un secret pour personne. Mais il est sans doute bon de rappeler que dans le cas des aînés, ces effets ont des répercussions bénéfiques sur le risque de chute et sur l’ostéoporose. On ne se lassera pas de répéter combien les suites des chutes peuvent être catastrophiques chez la personne âgée : perte de la vie sociale, de l’autonomie, risque d’infection fatale pendant la période d’immobilisation, voire même décompensation d’une démence jusque là plus ou moins équilibrée grâce à la permanence des repères quotidiens.

Le psychisme aussi

Cette allusion à la démence nous permet d’envisager brièvement les avantages de l’activité physique pour le psychisme : outre qu’elle contribue au maintien d’une vie sociale appréciable si elle est pratiquée en groupe, cette activité semble également apporter une amélioration des symptômes dépressifs chez la personne souffrant de tels troubles de l’humeur. Bien entendu, il faudra parvenir à la mobiliser malgré l’état psychique mais, une fois qu’elle s’est mise en route, estiment Sjosten et al., elle peut s’en trouver mieux. Peut-être même l’exercice assure-t-il une relative protection contre la déprime chez la personne qui n’en est pas atteinte mais, à notre connaissance il n’existe pas d’études sur ce point précis.
Enfin, nous ne parlerons pas des effets sur la mobilité digestive et sur l’équilibre endocrinien et métabolique.

Des risques malgré tout

Ceci dit, puisqu’on a évoqué la limitation de la fréquence, de l’intensité et de la durée des exercices, ainsi d’ailleurs que leur type, par d’éventuelles maladies, c’est aussi parce qu’il existe des risques à une pratique mal adaptée. Une pathologie cardiaque ischémique, par exemple, peut être exacerbée par une activité physique intempestive, voir conduire brutalement à l’accident grave ou au décès. Cela reste vrai, que l’affection soit diagnostiquée ou non. Il n’en faut pas plus pour insister sur le caractère impérieux d’un examen médical complet, avec épreuve d’effort, avant la reprise de toute activité. Cet examen doit être répété annuellement, ou plus fréquemment encore si le médecin (le cardiologue de préférence) l’estime nécessaire. Et lorsque le moindre signe d’intolérance apparaît, une réévaluation doit être faite et l’effort doit être adapté. Un apprentissage au self-monitoring paraît constituer un précieux atout dans la conduite de l’activité physique. Le mieux, dans ce type d’affection comme dans d’autres, est de pratiquer l’exercice dirigé, dans des clubs ou groupements spécifiquement adaptés et sous la direction d’un maître d’éducation physique ou d’un kinésithérapeute formés à la direction des activités physiques pour les seniors . Mieux encore, il est bon que cet « animateur » soit également formé aux premiers secours. Dans une étude préliminaire récente mais d’ampleur limitée, Armit et al. ont mis en évidence l’intérêt d’une pratique en groupes limités, bénéficiant de conseils personnalisés. L’étude portait sur les répercussions de ces conditions sur la pression sanguine des pratiquants.

Les poumons aussi

Le cœur peut encore subir d’autres inconvénients, notamment les arythmies, qui peuvent elles aussi provoquer la mort subite. Il faut néanmoins reconnaître que si cette éventualité existe, le risque est considéré par les spécialistes comme étant extrêmement faible. La déshydratation avec perturbation de la balance électrolytique est une autre menace. Il faut reconnaître qu’elle guette n’importe quel sportif, quel que soit son âge. Mais les années ajoutent au risque car le senior a une sensation de soif émoussée. De plus, ses mécanismes de régulation thermique sont moins efficaces et son épuration rénale quelque peu amortie. Si par surcroît la température ambiante est excessive, l’accident guette également. Cela peut être aussi bien la thrombose que l’hyperthermie. On a déjà attiré l’attention par ailleurs sur le risque d’aggravation d’une pathologie existante. Pensons non seulement aux maladies cardiaques dont il a déjà été question mais aussi aux atteintes respiratoires. La pollution peut ajouter au risque. Il faut enfin rappeler les risques musculo-squelettiques : fatigue musculaire ou tendineuse, tendinites, déchirures et autres entorses. Toutes ces raisons justifient un entraînement progressif, la prudence étant le maître-mot de la réussite. Bref, il faut bouger à tout âge, mais de manière adaptée à sa situation propre. Ce rapide survol de quelques aspects de la question, même s’il est loin d’être exhaustif, nous paraît l’illustrer suffisamment.

Par Dr. Jean Andris

" HEALTH & FOOD " numéro Spécial, Mai 2006

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