Les bactéries plus coriaces et plus dangereuses

 
Les bactéries plus coriaces et plus dangereusesLes antibiotiques, ces substances chimiques produites naturellement par des champignons ou d’autres bactéries, ont étouffé pour un temps, mais pour un temps seulement, les bactéries responsables des grandes épidémies de peste, de choléra, de diphtérie et de tuberculose. Découverte en 1928 par le bactériologiste anglais Alexander Fleming, la pénicilline a permis de sauver des milliers de vies lors de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, dès 1945, Fleming avait prévu que l’usage massif des antibiotiques favoriserait la prolifération de bactéries résistantes. Non seulement sa prophétie s’est réalisée, mais plusieurs espèces bactériennes sont devenues résistantes aux quelque 200 antibiotiques mis au point depuis 60 ans. C’est ce qu’on appelle la multi-résistance. Les antibiotiques ont de moins en moins d’effet, les bactéries sont de plus en plus coriaces. Les microbes prolifèrent là où ils peuvent se nourrir et sont invités par la dégradation organique. Richard Marchand, microbiologiste, rappelle que les hôpitaux rassemblent maintenant les conditions idéales pour un cocktail épidémiologique explosif. « Nos hôpitaux modernes ne sont plus les forteresses anti-microbes qu’on imaginait durant les années 70, explique le médecin. À l’époque, on se croyait invincibles...» Il semble qu’une fois que les gènes de résistance se sont accumulés, il est très difficile de faire marche arrière car on ne pourra jamais détruire 100 % des germes présents. Par exemple, l’agent de la légionellose, la légionelle pneumophila, qui a contaminé de nombreuses personnes, a muté au contact des défenses médicales et pharmaceutiques. Le staphylocoque doré est le plus grand responsable des infections nosocomiales, la moitié de nos hôpitaux abritent une souche ou une autre de staphylocoque doré. « Le taux de multi-résistence des staphylocoques est de 35 % en France contre 0,8 % au Danemark » déclare le Professeur Patrice Nordmann, au CHU de Bicêtre. La course aux nouveaux antibiotiques ne crée pas d’illusion chez les scientifiques. Chercheur réputé à l’Institut Pasteur de Paris, le docteur Patrice Courvalin croit que la plupart de ces solutions sont transitoires. « Les antibiotiques de demain feront probablement naître de nouveaux mécanismes de résistance qu’il faudra contrer... et ainsi de suite. » Depuis 20 ans, de nouvelles maladies bactériennes ont fait leur apparition - notamment, la maladie du légionnaire, la colite hémorragique causée par la bactérie E. coli 0157 et la maladie de Lyme. D’autres maladies connues depuis longtemps mais qu’on croyait sous contrôle, comme la tuberculose et le choléra, font un retour en force. Sans compter la montée des virus, responsables entre autres maladies du sida et des hépatites C et E.




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