équipée pour traiter les cancers trop évolués. « Nous dirigeons les femmes malades au service de cancérologie de notre CHU car nous n’avons pas les moyens de les prendre en charge. Le service est sensé être plus outillé que nous, mais ce n’est pas le cas. Il n’a pas de radiothérapie. Pour traiter la maladie, il intervient chirurgicalement et administre des substances chimiques. Mais le vrai traitement comprend la chirurgie et la radiothérapie », précise le gynécologue-ostétricien.

Le cancer de l’utérus, pas une priorité pour les autorités

En somme, les patientes ont une chance de guérir même en restant dans leur pays si les cancers ne sont pris en charge au stade 0 ou 1, avant la formation de métastases. Dans ce contexte, les acteurs de santé semblent bien conscients qu’il faut sensibiliser la population. « Comme je le dis toujours, prévenir, c’est guérir. Cela fait deux ou trois ans déjà, d’après le registre du cancer du pays, que le cancer de l’utérus est l’une des premières causes de décès des femmes. Mais comme aucune sensibilisation n’a été faite, la situation n’est pas prête de changer. Quelque 200 professeurs, médecins et sages femmes ont participé à l’enseignement post-universitaire de la semaine dernière, mais aucun représentant du gouvernement n’était là. Pour les autorités, le cancer de l’utérus n’est clairement pas une priorité de santé publique », dénonce Bintou Bourgoin, présidente de la Ligue ivoirienne contre le cancer (LICC). Pendant trois ans, la LICC avait mis l’accent sur la prévention du cancer du sein. Cette association à but non lucratif a mené trois campagnes de dépistage gratuit et fait don de deux mammographes aux CHU de Treichville et Cocody. « Aujourd’hui nous nous focalisons, nous informons et nous sensibilisons sur le cancer de l’utérus. Nous avons commencé la campagne la semaine dernière et nous nous attaquerons au dépistage en février prochain », explique Bintou Bourgoin. Si la LICC est « coincée financièrement », elle ne recherche pas à tout prix des dons en d’argent. « Nous recherchons plutôt des dons en matériel car il y beaucoup à faire de ce côté-là. Recevoir de la chimiothérapie nous aiderait car la cure revient à 400 000 FCFA (environ 609 euros). Le traitement générique coûte lui 60 000 FCFA. Si l’Inde, qui vient d’offrir 3 milliards de FCFA (environ 4,6 millions d’euros) d’antirétroviraux génériques pour le sida, pouvait faire la même chose pour la chimiothérapie, ce serait une belle avancée », poursuit Bintou Bourgoin, qui espère qu’un centre de cancérologie adéquat ouvrira bientôt et qu’un centre de radiothérapie suivra. Le gynécologue-ostétricien du CHU de Treichville indique pour sa part qu’il faut « arriver à convaincre les femmes et les médecins à faire des frottis vaginaux, des dépistages systématiques ». Car outre le manque de gynécologues, qui ne facilite pas le dépistage, certaines femmes vont d’abord consulter « des marabouts ou des gens qui ne connaissent pas le métier. Et ils leur disent n’importent quoi », s’indigne le gynécologue-ostétricien. Le plus grand effort sera peut-être à faire du côté des autorités. Comme conclut Bintou Bourgoin : « La Côte d’Ivoire a créé un programme national de lutte contre le cancer, mais il n’est pas effectif. Il faut de la volonté politique pour mener notre combat à bien ».

par Habibou Bangré
(reproduit avec la permission écrite de:http://www.afrik.com/)




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