préjudice esthétique peut désormais être amenuisé grâce à l'essor de la chirurgie de reconstruction immédiate. Cette technique, qui ne compromet en rien l'efficacité des traitements adjuvants (voir ci-dessous) est ainsi actuellement proposée de manière plus large aux patientes chez qui la mastectomie est requise ou chez qui le traitement conservateur risquerait de compromettre le résultat esthétique après radiothérapie. L'hospitalisation est dans ce cas prolongée de quelques nuitées par rapport aux trois ou quatre jours habituels.

3. Radiothérapie

Avec la chirurgie, la radiothérapie relève du contrôle local de la maladie. La radiothérapie (et parfois la curiethérapie) permet de diminuer drastiquement le risque de récidive locale : il tombe à 8%, contre 30 ou 45% pour la chirurgie seule. Une radiothérapie est donc systématiquement administrée après une tumorectomie, de même qu'après une mastectomie lorsqu'il y a atteinte ganglionnaire.
Avant le début du traitement, une séance de simulation permet de calculer les courbes d'iso-doses typiques de chaque patiente. «On prend vos mesures, comme chez le tailleur, explique Jean Bradfer. Il s'agit de déterminer avec précisions les volumes à irradier, en évitant au maximum que d'autres organes soient touchés.» En moyenne, 50 grays sont administrés en 25 séances, à raison de 2 grays par séance. Une séance dure seulement quelques minutes. Les effets secondaires immédiats, contrôlables grâce à des soins locaux, consistent en brûlures (de l'érythrème jusqu'à la desquamation et la brûlure au deuxième degré). À moyen terme, on peut constater des scléroses tissulaires, des rétractions ou des indurations à ne pas confondre avec une récidive de la maladie. À long terme apparaissent très rarement des nécroses tardives de la peau du sein, ainsi que des fractures spontanées de l'os costal, parfois confondues avec des métastases.

4. Chimiothérapie

En plus du contrôle local de la maladie, un traitement systémique est indiqué pour la grande majorité des patientes afin de contrer une possible dissémination de la maladie par voie lymphatique (ganglions axillaires) ou sanguine (micrométastases préférentiellement dans les os, les poumons ou le foie). Ces micrométastases, indécelables, peuvent être détruites après l'acte chirurgical par une chimiothérapie adjuvante, les bénéfices d'un tel traitement en justifiant amplement les effets secondaires pénibles (perte des cheveux, nausées, fatigue).

La chimiothérapie standard consiste en six cures d'anthracyclines administrées toutes les trois semaines, le plus souvent en ambulatoire. Récemment, de nouvelles molécules – les taxanes – ont démontré leur utilité non seulement en termes de survie sans récidive, mais également en termes de survie globale. Elles vont donc être intégrées dans la chimiothérapie de première ligne soit sous forme de quatre cures consécutives à quatre premières cures d'anthracyclines, soit en combinaison avec les anthracyclines – cette dernière option présentant l'inconvénient d'une toxicité plus élevée pour les globules blancs (risque de surinfection).

5. Hormonothérapie

Certaines patientes, dont la tumeur est hormono-sensible, suivent en outre une hormonothérapie – lorsque les ganglions sont sains, il arrive même que cette hormonothérapie suffise, sans chimiothérapie préalable. Des études randomisées sont en cours à ce sujet. L'hormonothérapie consiste soit à mettre les ovaires au repos pendant deux à cinq ans au moyen d'une castration chimique réversible afin de réduire la production d'œstrogènes, soit à inhiber par l'administration de tamoxifène le récepteur de ces hormones favorisant la prolifération cellulaire. «Chez la femme jeune, le bénéfice est supérieur si on associe ces deux techniques, explique le Dr Guy Jerusalem, oncologue. Chez la femme ménopausée, le tamoxifène seul est suffisant.»
Une nouvelle génération d'hormonothérapie antitumorale apparaît : les inhibiteurs de l'aromatase, destinés à bloquer l'enzyme responsable de la transformation des androgènes en œstrogènes dans les tissus graisseux périphériques. Des études cliniques très récentes montrent une augmentation significative du taux de survie sans récidive lorsqu'on administre ces nouveaux médicaments pendant une durée de cinq ans après un traitement au tamoxifène d'une durée équivalente. Deux bémols : encore trop récentes pour être remboursées par la sécurité sociale, ces substances favorisent l'ostéoporose... Un effet secondaire qui, comme les bouffées de chaleur, est lié à la privation en œstrogènes.

6. Nouvelles approches

Les anticorps monoclonaux (herceptine) forment le troisième versant du traitement ; ils sont indiqués lorsque les analyses histologiques ont décelé la présence du marqueur pronostique C-erbB2, récepteur d'un facteur de croissance épidermique qui, une fois activé, stimule la division cellulaire. «L'herceptine, en bloquant ce récepteur, semble être un adjuvant très efficace : selon les premières études, ce traitement permet de doubler le taux de survie sans récidive, se réjouit Guy Jerusalem. Le service d'oncologie du CHU participe en ce moment à une étude internationale sur cette molécule prometteuse.»
Une dernière approche, encore expérimentale, soulève de grands espoirs : l'utilisation de biphosphonates (molécules qui interviennent dans la fixation du calcium dans les os) pour modifier le micro-environnement cellulaire de façon à éviter l'apparition de métastases osseuses... et peut-être contrer les effets secondaires des inhibiteurs de l'aromatase. Mais ceci n'est pas encore pour demain !

Suivi à long terme

Une récidive étant toujours possible même après 20 ans sans souci, convaincre les patientes de ne pas abandonner la surveillance est essentiel. Mais sans alarme inutile : un simple ganglion enflammé n'est pas automatiquement synonyme de récidive... Une consultation de contrôle est recommandée tous les trois à six mois pendant trois ans, tous les six à douze mois pendant cinq ans, puis annuellement.
(reproduit avec la permission écrite de:http://www.chuliege.be/)




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