L'hormonothérapie et la chimiothérapie
Depuis Huggins (prix Nobel de médecine, 1943), on s’est rendu compte qu’en procédant à l’ablation des testicules ou en administrant des œstrogènes, voire en combinant les deux, on parvenait à freiner le développement du cancer prostatique, à défaut de l’éradiquer. Utilisée le plus souvent lorsque le cancer est disséminé, cette thérapie hormonale (castration chimique et/ou chirurgicale) présente des risques cardiovasculaires (lorsque des œstrogènes sont administrés), peut entraîner une impuissance sexuelle et avoir d’autres effets secondaires non négligeables liés à la chute des androgènes, tels que la féminisation, la perte des cheveux, la fonte musculaire, les bouffées de chaleur, l’asthénie, l’anémie, etc.«Ces dernières années, une des grandes innovations ayant permis d’améliorer la qualité de vie des patients a été l’introduction des analogues de la LH-RH qui bloquent complètement la sécrétion de testostérone par les testicules», assure le Pr. Pierre Bonnet. Les peptides analogues disponibles sur le marché belge sont désormais administrés sous forme injectable sous-cutanée une fois tous les trois mois. D’autres molécules permettant de diminuer les effets secondaires indésirables et de préserver la puissance sexuelle ont été découvertes. Ce sont les antiandrogènes périphériques comme l’Eulexin ou le Casodex. Existe aussi la possibilité d’un traitement intermittent qui associe la prise d’un analogue de la LH-RH et d’un antiandrogène périphérique jusqu’à la normalisation du taux de PSA sanguin. Le traitement est ensuite interrompu, le PSA est suivi et, dès que le PSA se met à remonter, la thérapie est remise en route, de sorte que l’on se ménage des périodes sans traitement et donc sans effet secondaire.
Malheureusement, certaines tumeurs prostatiques sont d’emblée insensibles à l’action des androgènes; de plus, certains patients échappent finalement au contrôle de la manipulation hormonale. Reste alors la chimiothérapie par voie orale ou intraveineuse. «Les indications de la chimiothérapie sont les tumeurs hormonorésistantes métastatiques et symptomatiques, sans pour autant que le patient soit en phase tout à fait terminale », confirme le Dr Brieuc Sautois, oncologue médical au CHU. « L’objectif n’est plus de prolonger significativement l’existence du patient, mais d’améliorer sa qualité de vie et de lutter efficacement contre certains symptômes tels qu’une fatigue importante, une douleur, une obstruction des uretères entraînant la dilatation des reins, un œdème des membres inférieurs, etc.» La chimiothérapie standard comprend la Novantrone associée à un corticoïde. Le taux de réponse en termes de diminution du taux de PSA ou de bénéfice clinique pour le patient est de l’ordre de 30%. Au CHU de Liège, de nouvelles molécules sont évaluées de façon prospective, entre autres le Taxotère, qui a donné des résultats encourageants lors d’études préliminaires


