Quand le tabac s'attaque aux gènes

Le tabagisme passif d'une femme enceinte favoriserait les mutations génétiques dans certaines cellules de l'enfant
A l'heure où l'Organisation mondiale de la Santé relance sa campagne contre le tabagisme, des recherches récentes confirment les dangers de la cigarette. Pour la première fois, des scientifiques américains apportent de preuves accusant la fumée de cigarette d'être à l'origine de mutations génétiques in utero. Le rôle du tabac dans de nombreux cancers n'est aujourd'hui plus à démontrer. Plusieurs études ont établi que les constituants carcinogènes du tabac provoquaient des lésions génétiques, non seulement dans les cellules cancéreuses mais également dans les cellules "normales". Des analyses détaillées ont notamment mis l'accent sur l'augmentation des délétions, c'est-à-dire les pertes de matériel génétique dans les chromosomes. Mais toutes ces données proviennent d'études menées sur des cellules de personnes adultes, personnes qui ont été exposées à différents composés mutagènes durant toute leur vie. L'équipe de Barry Finette de l'université du Vermont (Burlington) s'est attachée à analyser les conséquences d'une exposition au tabac sur des nouveau-nés et notamment la distribution des mutations du gène HPRT dans les lymphocytes T. Les chercheurs ont découvert que les gènes HPRT de douze enfants nés de femmes n'ayant jamais été exposées à la fumée de cigarettes et ceux d'enfants nés de femmes ayant subi un tabagisme passif présentent des différences notables dans le spectre des mutations. En effet, il semble que l'exposition aux composants du tabac n'augmente pas significativement le nombre global des mutations mais provoque certains types de délétions déjà observées dans des maladies du sang comme la leucémie lymphoblastique. Pour Gabriela Sozzi de l'Institut national pour l'étude et le traitement des tumeurs (Milan, Italie), "cette étude apporte les preuves génétiques formelles des effets désastreux du tabac, particulièrement sur les enfants dont la sensibilité aux environnements toxiques est accrue par leur immaturité physiologique". Il faudra pourtant attendre de nouvelles études à plus grande échelle comportant des mesures exactes du taux de constituants carcinogènes inhalés par les femmes enceintes pour comprendre pleinement les conséquences du tabagisme passif mais aussi actif sur la santé des nourrissons.


