Le cholestérol mange-t-il son pain noir?

La compliance à long terme de la
diététique est faible chez la plupart des sujets hypercholestéromiques, le succès du médicament occultant souvent la mauvaise volonté de l’assiette. Les margarines enrichies en esters de phytostérols et en esters de
phytostanols, qui ont envahi les étals de nos supermarchés invitent peut-être à se remettre à table.
Les Journées de Nutrition Pratique qui se sont tenues récemment à Paris* ont rappelé combien le cholestérol demeure en Europe un important problème de santé publique. Ce constat est d’autant plus affligeant qu’une baisse minime de la
cholestérolémie peut sauver des vies. Selon le Prof Bruckert (Hôpital Pitié Salpêtrière, Paris), la possibilité de recourir à une margarine enrichie en phytostérols constitue un progrès certain, car le coût de la prise en
charge des patients ne cesse d’augmenter du fait des avancées thérapeutiques.
Sous le tartinable, une belle plante
Les phytostérols (à ne pas confondre avec les phytoestrogènes) désignent l’ensemble des composés de structure proche du
cholestérol, mais dérivant du règne végétal. Le terme phytostanols (ou stanols) comprend le ou les composés artificiellement hydrogénés. Les phytostérols les plus abondants dans la nature sont le bêta-sitostérol, le stigmastérol et le campestérol. Notre alimentation occidentale en
apporte quotidiennement entre 200 et 300 mg, notamment via le pain et les céréales (17% des phytostérols totaux), mais aussi par les noix et les huiles végétales (tournesol, colza). Cela reste toutefois insuffisant pour observer le même effet hypocholestérolémiant que celui du nouveau tartinable enrichi en esters de phytostérols (l’estérification est
l’étape obligatoire pour assurer leur incorporation dans les aliments), dans lequel la concentration est voisine de 13,8 %, soit l’équivalent de 8 g de phytostérols aux 100 g.
Cinquante ans au frigo
Historiquement, l’effet hypocholestérolémiant des phytostérols est connu depuis les années 50, explique le Prof Bruckert, mais c’est véritablement depuis 1995 que l’étude publiée dans le “New England Journal of Medicine” (1) a focalisé l’attention des cliniciens sur ces produits. Ce travail démontre que des esters de sitostanol (l’homologue hydrogéné du sitostérol) incorporés dans une
margarine provoquent une réduction substantielle du cholestérol total et du LDL-cholestérol de 10 et 14% chez des patients présentant une hypercholestérolémie modérée. Le HDL-cholestérol n’est quant à lui pas modifié. Des études comparatives ont mesuré l’effet des stanols et des stérols et ont conclu que leurs propriétés
anticholestérolémiantes étaient similaires, pour une consommation de l’ordre de 1 à 3 g par jour (soit l’équivalent de 20 g de margarine ou 4 tranches de pain tartinées). Ceci est d’autant plus remarquable
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