Ados, famille et cannabis

 
Ados, famille et cannabis

Nouvelle vague – nouveau défi

Nous assistons ces dernières années à une augmentation très nette des demandes de traitement pour des jeunes (adolescents ou très jeunes adultes), consommateurs de cannabis. Ces demandes émanent des jeunes eux-mêmes, mais pour la majorité de tiers : parents, juges, enseignants, médiateurs scolaires, voire amis du jeune ou de la famille ou encore de la fraterie.

Quelques hypothèses pour expliquer ce phénomène

Les différentes statistiques montrent qu’il y a une nette augmentation des consommateurs de cannabis. L’ISPA (Institut Suisse de Prévention de l’Alcoolisme et autres toxicomanies) dans ses données nous montre que la proportion de jeunes (de 15-16 ans) ayant goûté une fois au cannabis a doublé entre 1986 et 1994 puis s’est relativement stabilisée jusqu’à aujourd’hui. Par contre, la proportion de ces mêmes jeunes ayant consommé plusieurs fois du cannabis a doublé par rapport aux chiffres de 1994 et triplé par rapport aux chiffres de 1986. Il y a donc nette augmentation chez les consommateurs réguliers de cette substance. De plus la « qualité » du cannabis, autrement dit son dosage en THC (le principe actif) et par conséquent son pouvoir psychotrope, a lui aussi beaucoup augmenté ces dernières années grâce aux nouvelles techniques de culture. Le « petit joint » sympa dans les années 70-80 est devenu une « bombe » psychique dans les années 2000.
D’autre part, les débats à propos du cannabis qui animent les médias et l’opinion publique y sont sans doute pour beaucoup. Ils auront facilité la prise de conscience et permis des discussions dans les écoles, dans les familles, sur ce sujet de moins en moins tabou qu’est la consommation de cannabis chez les jeunes. Les personnes viennent donc plus facilement à nous, mais n’avons-nous pas aussi modifié notre image et par là permis d’être plus « abordables » ?

Que ce passe-t-il au niveau familial ?

Notre société propose actuellement une multitude de choix possibles qui se répercutent sur la famille au sein de laquelle une grande place est laissée aux libres choix des enfants. Prenons l’exemple du choix d’une profession : l’accès aux études et le vaste choix des formations professionnelles n’oblige plus les jeunes à reprendre naturellement ce que faisaient leurs parents. Ils ont le choix ; choix qu’en retour ils doivent « assumer », c’est-à-dire être suffisamment sûrs d’eux, avoir développé un capital de confiance en eux nettement plus élevé qu’auparavant.

Différences de génération et choix

« Tu seras meunier comme moi, mon fils ! », voilà un « choix » restrictif mais dont le fils n’a pas à assumer la responsabilité.
Par contre « choisis un métier dans lequel tu te sentiras à l’aise ! », le choix est ici beaucoup plus ouvert, mais avec la responsabilité du choix qui incombe au fils « c’est toi qui a choisi cette formation, assume ! ». Cette responsabilisation individuelle se joue dans un monde qui a perdu une part d’interdits sociaux au profit d’interdictions pénales.  Les interdictions pénales se placent à l’extérieur du système familial : « nous sommes bien obligés d’obéir à la loi qui interdit de fumer du cannabis ». Ce ne sont plus les interdits sociaux qui priment « je suis ton père et je t’interdis de fumer du cannabis ». Ces jeunes qui doivent « assumer leurs choix, leurs responsabilités » se trouvent en face de parents qui sont tentés de rejeter leurs propres responsabilités sur l’extérieur : les lois, la société, l’Etat, l’école… Ils ne lire plus




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