de penser que la force de l’habitude est telle qu’elle explique à elle seule les difficultés qu’on éprouve à arrêter de fumer. N’y a t-il pas des fumeurs qui ont le réflexe d’allumer une cigarette alors même qu’une autre est déjà allumée ? Ce qui fournit au passage aux fumeurs une belle mauvaise excuse pour continuer de fumer. Pourtant rien n’est plus facile à arrêter qu’une habitude ! Certains ouvriers exécutent des milliers de fois le même geste tous les jours : nous pouvons attester qu’une fois sortis du boulot ils sont certes assommés, mais aucune habitude ne les suit !  Par contre des études faites sur le rat par le psychologue américain B. F. Skinner2, et applicables à l’homme, ont démontré que s'il est fort aisé d’arrêter une habitude constamment renforcée, il est en revanche plus difficile d’arrêter une habitude stoppée puis reprise plusieurs fois. Voilà qui explique peut-être comment les fumeurs qui essayent continuellement de limiter leur habitude ont plus de mal à arrêter de fumer que ceux qui - même gros fumeurs - arrêtent durablement sur un coup de tête.

Une loi méconnue

Une loi de l’esprit humain, trop peu connue, fournit encore un éclaircissement sur la difficulté d’arrêter de fumer. Il s’agit de la loi de la persévérance dans la décision prise librement. « Après avoir pris une décision [...] les gens ont tendance à la maintenir, quand bien même elle n’aurait pas les effets attendus...3 » Cette persévérance dans les décisions que l’on prend librement, même quand par la suite elles s’avèrent mauvaises, est irrationnelle mais expérimentalement prouvée depuis quelques décennies par des travaux anglo-saxons. Or, les premières cigarettes sont toujours écœurantes. C’est donc armé de volonté que l’on se met à fumer... Et c’est alors qu’en soi une force incite à continuer dans le même sens, bien que depuis l’on ait appris les dangers du tabac !

Les erreurs de perception

D’autres éléments entrent encore en jeu dans la persévérance à fumer : ce sont les erreurs de perception... En effet l’inconfort occasionné par la nicotine ne survient qu’une fois que la cigarette est éteinte, ce qui fait que l’esprit ne rapproche pas tabac et nervosité, mais perçoit plutôt que fumer est relaxant.Par ailleurs les dangers du tabac pour la santé ne se remarquent pas immédiatement (contrairement à l’alcool qui rend rapidement ivre et sot). Les réserves pulmonaires masquent les insuffisances respiratoires et les maladies sont sournoises et invisibles. Pour finir il se dégage que le tabac perturbe la lucidité du fumeur sur ce point : seul le non-fumeur perçoit avec évidence et instantanément toute l’idiotie qu’il y a à mettre de la fumée dans son corps. Toutes ces influences d’origine sociale ou psychologique (et probablement d’autres encore) entretiennent chez le fumeur la confusion entre l’idée qu’il se fait de sa cigarette - bonne - et la cigarette elle-même - nocive.
(reproduit avec la permission écrite de:http://eurolivres.vpc.free.fr/TOBACOSTOP)




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