Partage du sein : nature ou culture ?
Existe-t-il un mécanisme psycho-biologique prévu par la nature et poussant au sevrage chez les femmes enceintes (mécanisme qui inclurait les douleurs de mamelons et le sentiment d’irritation décrit plus haut) ? Ou est-ce un phénomène culturel qui enjoint aux femmes de sevrer dès qu’elles se savent à nouveau enceintes, comme on leur enjoint, dans les sociétés traditionnelles, de ne pas donner le colostrum ?Difficile de répondre à cette question. On peut bien sûr aller voir ce qui se passe chez les autres mammifères. Mais leur situation est très différente de la nôtre, puisqu’en règle générale, la femelle n’est en chaleur et ne redevient enceinte que lorsque le petit est sevré. On ne trouve donc pas, sauf exception, ce « chevauchement » de l’allaitement pendant la gestation. Par contre, on voit parfois des femelles allaiter des petits de portées différentes.
On connaît bien sûr le cas des kangourous, où les femelles peuvent allaiter deux petits d’âge différent, chacun ayant sa tétine et un lait spécifiquement adapté.
Chez les cebus, des singes d’Amérique du sud, les mères ne sèvrent leurs petits que lorsqu’elles sont fort avancées dans leur grossesse. Dans un documentaire qui a suivi une famille de chimpanzés sur plusieurs années, on voit à un moment la mère tenter de sevrer son dernier-né de 5 ans, et l’on comprend plus tard qu’elle est enceinte. Chez les bonobos, « il arrive que les mères finissent par nourrir deux petits en même temps ».
Chez les chasseurs-cueilleurs du paléolithique, la question ne devait pas souvent se poser. En effet, leur mode de vie et leur mode d’allaitement engendraient des intervalles de trois à cinq ans entre les naissances. Ce n’est qu’avec le néolithique, la sédentarisation, le développement de l’agriculture et de l’élevage que les allaitements se sont raccourcis et les intervalles entre les naissances également.
Dans ces sociétés, quand une femme se retrouve enceinte alors qu’elle allaite encore, elle est censée sevrer immédiatement. Mais il y a des exceptions. Par exemple, dans l’émission « Bébés du monde », on voit une femme africaine allaiter son enfant alors qu’elle est visiblement enceinte.
Et même si, selon l’OMS, la grossesse est une des principales causes de sevrage dans les pays en développement, celui-ci n’est pas toujours immédiat. On sait par exemple que dans les années 70, environ lire plus


