De quoi a t'on vraiment besoin quand on allaite ?
Dans notre société, qui dit "bébé" dit dans le même temps matériel de puériculture. On voit maintenant, à l'occasion des naissances, se constituer, à l'instar des listes de mariage, des "listes de naissance". Si le principal intéressé pouvait parler, il nous dirait, je pense, que pour assurer sa survie il n'a besoin que de deux choses : le lait de sa mère et la chaleur des bras de ses parents.Un bon livre
Nourrir son petit de son lait est un geste tout ce qu'il y a de plus naturel, mais qui s'inscrit dans une culture qui donne ou non l'exemple. Or en France, où plus d'un nouveau-né sur deux ne connaîtra jamais le sein et où beaucoup d'allaitements se terminent avant la fin du premier mois, la culture dominante est pour l'instant plutôt celle du biberon... Allaiter est un art qui s'apprend, et s'offrir pendant la grossesse un livre sur l'allaitement, écrit par des mères "artistes" en la matière, ne peut qu'aider à s'y préparer. Si une chose est indispensable, c'est bien L'Art de l'allaitement maternel (1), qui allie informations théoriques et pratiques avec de nombreux témoignages, ce qui permet à toutes les mères qui le lisent de se sentir concernées et de se retrouver dans cet ouvrage. Depuis quelques mois, LLLF propose un autre livre, plus condensé mais tout aussi utile, L'Allaitement tout simplement . Ne pas oublier d'y glisser les numéros de téléphone des animatrices LLL les plus proches, pour ne pas avoir à les chercher si l'on en a besoin.Un bon porte-bébé
Porter son petit est un geste traditionnel qui depuis la nuit des temps, garantit sa sécurité, le réconforte et permet de pourvoir à ses besoins (notamment l'allaiter à la demande). Mais porter un bébé, ce n'est pas le suspendre ! Si l'on a un modèle classique type "kangourou", il faut bien s'assurer que l'assise sur laquelle repose l'enfant est assez large pour lui permettre d'être comme assis, les jambes bien écartées. D'autre part, plus le bébé sera porté haut, ses cheveux frôlant le menton de l'adulte porteur, moins ce dernier risque d'avoir mal au dos . LLLF espère, dans les mois qui viennent, pouvoir mettre à disposition des parents un porte-bébé type "hamac" qui s'inspire du portage sud-américain et n'a rien à voir avec le type "kangourou".Crèmes et pommades
Que faut-il penser des divers "gadgets" de l'allaitement qui sont proposés sur le marché ? Une des premières choses qui sera conseillée à la nouvelle maman qui allaite, c'est une pommade pour ses mamelons. Or il existe un produit naturel, toujours disponible, gratuit, qui a une bonne odeur, un bon goût, non allergisant et efficace, auquel on ne pense pas assez : le colostrum et le lait de fin de tétée, gras pour lubrifier le mamelon, plein d'anticorps pour éviter une surinfection et de facteurs de croissance pour régénérer la peau. Toute pommade qu'il faut enlever avant la tétée ou qui contient de nombreux constituants, est à déconseiller. LLL ne cautionne que la lanoline purifiée, qui a fait ses preuves d'efficacité (avec un risque d'allergie considérablement réduit par rapport à une lanoline classique). Elle est désormais disponible en France sous le nom de "Purelan", commercialisée en pharmacie par Médéla. Quel est l'intérêt de la lanoline purifiée ? Le mamelon, après la tétée, est gorgé d'eau. L'essuyer avec un linge va enlever l'humidité extérieure, source de macération. Mais les cellules de la peau doivent retrouver leur état d'hydratation naturel. La lanoline modifiée laisse circuler l'air, ce que ne font pas forcément d'autres excipients tels la vaseline, et ralentit donc l'évaporation cutanée, ce qui contribue à une bonne hydratation de la peau. S'il y a crevasse, les tissus abîmés seront aidés à se réhydrater, il n'y aura pas formation de croûte et la crevasse guérira plus facilement. Par contre, l'utilisation d'un sèche-cheveux, qui a été un temps préconisée, va à l'encontre du but recherché, car la chaleur excessive déshydrate les cellules cutanées. Quand on soigne un mamelon abîmé, il faut se demander si on agirait de même sur des lèvres gercées, et du coup certaines recommandations se révèlent tout à fait inappropriées.Coquilles et coussinets
Certaines mères apprécient le port de coquilles recueille-lait au moment de l'engorgement mammaire, à condition qu'elles soient portées dans un soutien-gorge bien ample pour ne pas écraser le sein et qu'elles soient un peu aérées pour éviter la macération du mamelon. Les porter 24 h sur 24 après la sortie de maternité génère en général plus d'inconvénients que d'avantages. Bien sûr elles évitent les auréoles de lait sur les vêtements, mais elles entraînent souvent une sur-stimulation de la lactation et un risque d'engorgement. Les porter simplement pendant la tétée sur le sein non tété quand celui-ci coule comme une fontaine, semble raisonnable. Si l'on veut conserver le lait ainsi recueilli, il faut qu'il le soit en un temps relativement court, soit moins d'une demi-heure, pour éviter une contamination microbienne : dans une coquille restée bien au chaud une heure sous un vêtement, le nombre de microbes est multiplié par trois. En-dehors des coquilles recueille-lait il existe des coquilles "forme-mamelon" et d'autres "protège- mamelon". Elles ont de très nombreux trous d'aération pour laisser circuler l'air. La partie en contact avec la peau est en silicone et donc souple. L'ouverture par laquelle passe le mamelon est fonction du but recherché : petite quand il s'agit d'inciter pendant la grossesse un mamelon ombiliqué à se déployer ; large quand il s'agit d'éviter tout frottement à un mamelon irrité. Mais dans une situation comme dans l'autre, une correction de la position du bébé au sein suffira le plus souvent à résoudre ces difficultés, rendant inutiles ces gadgets. Les coquilles ne sont pas le seul moyen de pallier aux fuites de lait. Il existe des coussinets à glisser dans le bonnet du soutien-gorge, soit les coussinets jetables à usage unique, soit les coussinets lavables, plus absorbants et plus économiques. Certaines femmes utilisent des mouchoirs en coton ou pour la nuit, des serviettes hygiéniques ultra-minces et super-absorbantes, voire des couches pour bébé qu'elles coupent . Il faut aussi savoir que comprimer le mamelon peut suffire à stopper l'écoulement de lait.Soutiens-gorge et habits
Toutes les femmes ne perdent pas du lait pendant ou en-dehors des tétées, toutes n'ont pas besoin de se protéger des fuites, ce qui permet de dormir sans soutien-gorge (ce que le conjoint apprécie en général...). Dans la journée la plupart préfèrent porter, au moins les premières semaines, un soutien-gorge d'allaitement. Il y en a de nombreux modèles, plus ou moins seyants, mais dans notre expérience, ceux qui s'ouvrent grâce à une fermeture éclair placée sous les bonnets sont les plus discrets et les plus pratiques, car on peut les ouvrir et les fermer d'une seule main tout en tenant le bébé de l'autre bras.Pour plus de discrétion, afin d'allaiter en toutes circonstances, rien ne vaut les tenues deux-pièces (sweat et caleçon, T-shirt et jupe, etc.). Avec un peu d'habitude, dès que le bébé manifeste son envie de téter et donc avant qu'il n'ait ameuté l'entourage par des pleurs, on arrive à relever incognito le haut du vêtement, à glisser le bébé qui prend le sein tout seul, à laisser retomber le vêtement, et hop, le tour est joué : bébé tète dans l'indifférence générale car on ne voit rien (vous pouvez vous exercer devant une glace). La seule chose qui puisse vous trahir, ce sont les bruits de déglutition d'un petit glouton !


