La nourriture entre en action!

Le
congrès « Food in Action » a rassemblé un panel d'experts en termes de santé, de nutrition et d'activité physique. But avoué: familiariser le public à un éclairage nouveau de la problématique du comportement alimentaire et de l'obésité. Il n’était pas question ici de refaire le topo classique de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires et de tous les autres constats alarmants qui font blêmir la sécurité sociale. La problématique du surpoids et de l’inactivité était envisagée, au contraire, comme un style de vie particulier, certes peu recommandable, bien qu’adopté par une (trop) grande proportion de la population. La quantité d¹énergie ingérée, les choix alimentaires, l
’inactivité physique, l’abondance de nourriture à haute densité énergétique mais aussi la pratique des régimes ont été incriminés dans la genèse de l’obésité. Ces différents points de vue nous fournissent une vision nouvelle et plus intégrée du problème. De nouveaux axes d’action ont également été envisagés.
Nos choix alimentaires
La nature et la quantité de nourriture ingérée ont une influence sur le
poids corporel et la santé. Le comportement alimentaire, que l’on considère comme un acte volontaire, est malgré tout déterminé par bien des choses qui échappent à notre contrôle... Comme l’explique F. Bellisle (INRA, Hotel−Dieu), la prise alimentaire est initialement gérée en fonction du besoin d’énergie du corps. Le statut nutritionnel de l’individu s’exprime via différents messages métaboliques ayant pour but de maintenir la composition corporelle constante. Une fois traduits par le système nerveux central (la région hypothalamique plus particulièrement), ils arrivent au niveau conscient et indiquent à l’individu qu’il a faim ou qu’il est rassasié. La leptine reste la molécule la plus célèbre parmi ces messagers. N. Delzenne nous rappelle cependant qu’ils comprennent un très grand nombre de molécules différentes: Ghréline,
oxyntomoduline, neuropeptide Y, GLP-1, etc. Certaines stimulent l’appétit, tandis que d’autres l’inhibent; toutes interagissent de manière complexe et élaborée afin de réguler l¹appétit et, par conséquent, la prise alimentaire. A côté de ces mécanismes chargés d’équilibrer la prise alimentaire en fonction des dépenses, les choix alimentaires de l’humain sont fortement influencés par le goût des aliments. Ainsi, un individu se dirigera de préférence vers un aliment qu’il trouve bon, souligne C. de Graaf (Université de Wageningen). Nos préférences pour certaines saveurs ont une origine innée. Ainsi, la préférence du nouveau-né pour la saveur sucrée est universelle. Un bébé de quelques heures qui reçoit une solution sucrée émettra une mimique faciale de plaisir, tandis que son visage exprimera le dégoût s’il s’agit d’une solution amère. Cette préférence est adaptative: le lait maternel étant légèrement sucré, le nouveau-né acceptera de l’ingérer sans
problème, ce qui est élémentaire pour sa survie.
Préférences apprises
Il est très difficile d¹envisager les
préférences alimentaires d’un individu sans prendre en compte l’influence de son entourage et des modèles éducatifs qu¹il a reçu. Si l’attirance pour la saveur sucrée est innée, N. Rigal (Université de Paris-10) insiste sur le fait que la plupart des préférences alimentaires sont apprises. Lors du sevrage, le petit enfant élargira la gamme de ses préférences, mais ses mets favoris resteront ceux riches en
énergie, principalement représentés par les aliments gras et sucrés. Ils sont plus à même de couvrir facilement ses besoins énergétiques. Voici pourquoi nos chères têtes blondes font volontiers l’impasse sur les légumes... Ce qui peut perdurer à l’âge adulte si les enfants ne sont pas stimulés à en manger. C’est là le rôle éducateur des parents et de la famille: présenter à l’enfant toute la gamme des aliments afin qu’il se familiarise avec eux et apprenne à les apprécier. Il aura alors plus tendance, une fois adulte à son tour, à varier et mieux équilibrer son alimentation. Attention, tenir le rôle d’éducateur alimentaire n’est pas chose facile: il faut parfois présenter 20 fois un légume à l’enfant pour qu’il accepte de l’inclure dans son répertoire! Et en pratique? Pour éduquer un enfant à manger équilibré, il convient d’adopter un juste milieu. Tout d’abord, il s’agit de maintenir le plaisir des enfants à manger des aliments denses en énergie sans les culpabiliser, car cette attirance est normale et adaptée. Ce faisant, on encouragera également nos bambins à tenir compte de leur appétit. Ensuite, on introduira en douceur et sans
frustration d’autres aliments tels que les légumes, certaines viandes... Les présenter dans un contexte détendu et agréable, pourquoi pas avec une sauce appréciée, fera passer la pilule beaucoup plus facilement. Pour un temps... Car après l’enfance, l’adolescence est une période à part où le jeune a parfois tendance à rejeter en bloc les habitudes familiales et à désorganiser tout à fait son mode alimentaire. Une fois adulte, l’individu revient cependant
lire plus