Le type d'erreurs
Il fait des confusions de sons entre les lettres, des inversions de lettres entre elles, des inversions de syllabes, erreurs qui se retrouvent de manière très similaire en écriture, en particulier lorsqu'on lui dicte des syllabes ou des mots sans signification (logatomes).Les erreurs les plus importantes et les plus durables sont celles concernant les lettres se prononçant différemment selon le contexte (règle du g, du s, du c, etc...) les groupes de consonnes (tr, cl, etc...) et les graphèmes complexes (ch, eau, oeu, etc...). En fait, toutes ces erreurs sont les mêmes que celles que font les enfants non dyslexiques au tout début de l'apprentissage. C'est leur persistance au-delà d'un certain délai qui est anormale et doit faire suspecter une dyslexie. Plus caractéristiques, mais pas nécessairement plus gênantes, sont les erreurs de type spatial, c'est à dire par exemple des confusions sur les lettres "à boucle" (p,b,q,d).Le fond du problème : la discrimination des sons
En fait, la véritable caractéristique de la dyslexie concerne paradoxalement non pas la lecture mais la discrimination sonore des mots : les sons proches (p/b, g/c, f/v, ch/j) sont imparfaitement différenciés, ce qui le gêne, évidemment, pour apprendre les correspondances lettres/sons. Ces difficultés de traitement des constituants sonores des mots se manifestent au mieux dans ce qu'on appelle les capacités d'"analyse segmentale"ou de "conscience phonologique".Par exemple, si on demande à un enfant de dire s'il entend le son "u" dans le mot "bougie", ou encore de supprimer le premier son du mot "cravate" ou la seconde syllabe du mot "cinéma", et de produire oralement ce qui reste, on observe que les dyslexiques éprouvent les plus grandes difficultés pour exécuter ces épreuves qui sont pourtant réalisées très aisément par les enfants non dyslexiques.L'intérêt de ces épreuves, est de montrer que la conscience du contenu en sons d'un mot est sans doute le processus fondamental auquel le cerveau doit être exercé pour permettre un apprentissage de la lecture. Un autre intérêt majeur est que cette aptitude d'analyse segmentale peut être explorée dès la deuxième section de maternelle (4-5 ans), c'est à dire bien avant l'apprentissage de la lecture. Il est donc possible (1) de dépister les enfants à risque de trouble de l'apprentissage et de dyslexie et (2) de les exercer à améliorer leurs compétences dans ce type d'épreuves. En effet, il est actuellement clairement prouvé que les capacités d'analyse segmentale sont un excellent prédicteur d'éventuelles difficultés qu'éprouvera l'enfant deux ans plus tard pour apprendre à lire et à écrire.Par ailleurs, des neuropsychologues ont montré que l'entraînement précoce des capacités d'analyse segmentale améliorait considérablement les capacités ultérieures de lecture. Il est donc particulièrement important de connaître l'existence de tels troubles de l'analyse des sons des mots afin de pouvoir dépister le plus tôt possible, avant même le début de l'apprentissage de la lecture, les enfants à risque de développer une dyslexie.
Les sons, mais aussi la vision
Le dyslexique présente donc un trouble très particulier et très spécifique du traitement des sons du langage, capable de rendre compte en grande partie des difficultés d'apprentissage. Toutefois, on insiste beaucoup actuellement sur une autre particularité du fonctionnement cérébral du dyslexique, dans le domaine cette fois-ci de la perception visuelle. Il a été démontré que le dyslexique éprouve plus de difficultés que l'enfant non dyslexique à traiter et à discriminer du matériel visuel, même s'il ne s'agit pas de mots, lorsque celui-ci lui est présenté dans certaines conditions, plus précisément lors de changements rapides et à faible contraste.Par exemple, si on demande à un enfant dyslexique de regarder un damier bicolore (blanc-noir) alors qu'on fait varier l'intensité du contraste (les carrés blancs allant vers le gris clair et les carrés noirs vers le gris foncé),et que l'on alterne très rapidement la couleur de chaque carré (les noirs/gris foncé devenant blanc/gris clair et vice versa) il aura plus de difficultés à distinguer la transition d'une couleur à l'autre qu'un sujet non dyslexique, cette difficulté étant d'autant plus significative que la transition est plus rapide et le contraste moins accentué.Ainsi, le cerveau du dyslexique présente à la fois des particularités des systèmes de traitement phonologique et des systèmes de traitement visuel. Il n'est cependant pas possible, à l'heure actuelle, de dire lequel des deux mécanismes, trouble de la conscience phonologique ou trouble de la discrimination visuelle, est responsable du trouble de la lecture. Il est probable que les deux soient associés chez la plupart des dyslexiques mais que le trouble phonologique joue un rôle prépondérant dans la plupart des cas (dyslexies dites phonologiques), le trouble visuel n'étant déterminant que dans une minorité de cas (dyslexies dites visuelles).(reproduit avec la permission écrite de:http://www.coridys.asso.fr/)


