La dyslexie, vraiment?

Quelle est votre approche des troubles du langage au CAMPS-CMPP d’Auxerre ? Et avez-vous constaté une recrudescence ces dernières années ?
NonJe parlerai essentiellement des D.A.L.E car les dysphasies pures sont rares et posent d’autres questions théoriques mais la méthodologie d’approche reste la même. Un abord thérapeutique multipolaire (orthophonie + groupe ou thérapie de famille) donne de bons résultats.L’échec au CP est traumatique pour tous les enfants ceux de milieux d’intellectuels comme pour ceux de milieux défavorisés. Ils sont blessés devant cette connivence que ceux qui savent lire ont avec leur maitre et il se sentent exclus. Le tact des enseignants, leurs efforts compréhensifs n’évitent ni n’effacent ce traumatisme devant lequel il va s’organiser.Il s’agit donc d’un sujet souffrant que ses parents vont amener consulter, qu’ils soient eux-mêmes affectés par cet échec ou indifférents ; un sujet avec sa singularité et son histoire. C’est pourquoi les difficultés d’apprentissage de la langue écrite doivent être considérées comme un symptôme qu’il convient de resituer dans l’économie psychique de l’enfant et d’en apprécier les enjeux familiaux.
Notre option de travail a toujours été une approche globale multidisciplinaire et multidimensionnelle avec une abord psychodynamique de la personnalité du sujet mais nous n’excluons pas de faire appel à d’autres spécialistes (pédiatre, ORL, neurologue, neuropsychologues etc) si cela s’avère nécessaire. Ainsi le symptôme "trouble du langage" peut s’entendre comme expression de la souffrance d’un enfant, ou comme message adressé à son entourage qu’il s’agit de décoder. Nous ne sommes pas partisans d’une psychiatrisation d’un fait social, encore moins de sa médicalisation. Les troubles d’apprentissage versus " refus scolaire ", peuvent être entendus comme révolte. (Il ne faut pas non plus qu’au nom de la lutte contre les troubles du langage, on dépossède un sujet de sa parole !)Tout traitement (qu’il soit orthophonique ou psychothérapique) doit être l’objet d’une négociation longue et délicate avec la famille tenant compte de ses valeurs propres sinon il risque d’être rompu ou intégré dans un système néfaste.
Les processus d’acquisition du langage écrit, comme du langage oral, nécessitent un désir actif d’appropriation. Éducation et thérapeutique doivent mettre l’enfant en état de désirer. Aucune action extérieure ne peut se substituer a l’activité du sujet, bien qu’il soit souvent nécessaire de débarrasser son chemin des obstacles qui l’obstruent.Le traitement orthophonique vise à modifier l’équilibre plaisir-déplaisir dans la pratique de l’écrit avec un autre, et il est indiqué quand l’échec n’est pas utilisé comme mode d’expression ou d’aménagement de contrainte psychique extérieureComment aborder l’enfant sans le confronter directement a ses incapacités du moment. Une analyse rigoureuse de la façon de procéder de l’enfant est nécessaire pour réussir.Il s’agit : a) de ne plus le pénaliser, explicitement ou implicitement pour ses techniques personnelles de lecture ou d’écriture, aussi atypiques qu’elles soient ; b) de ne pas le replonger dans l’expérience pénible de la leçon élémentaire marquée pour lui du sceau de l’échec ; c) d’aborder l’écrit dans d’autres dimensions, pour que l’enfant en retrouve ou en découvre le plaisir et le goût.
Dans tout abord portant sur le langage oral ou écrit, le rééducateur se trouve confronté a une organisation qui a sa cohérence, malgré ses atypies, et dont l’enfant se sert. L’investissement narcissique de ce fonctionnement repétitif est la cause la plus fréquente de l’échec des "rééducations" qui n’en tiennent pas compte. Rien ne conduit plus inexorablement à l’insuccès que de comprendre les difficultés d’acquisition de la langue écrite en termes de défaut ou de manque, alors que la forme incorrecte est une production de l’enfant qui a une place dans son économie psychique. Sur un mode ou sur un autre, tout être humain est profondément attaché a sa façon d’être, aussi désastreuse soit-elle.Parce que la séance n’est pas la répétition, sous une autre forme - des douleurs passées - l’enfant investit intensément son thérapeute, aime venir, et participe activement . Le traitement ne consiste pas à montrer à l’enfant ce que l’on comprend du sens inconscient de ce qu’il dit mais à l’accepter tel qu’il est et à lui faire découvrir ainsi qu’il peut aussi être autre sans rien abandonner de lui-même.
Un traitement psychothérapique se discute quand l’échec d’apprentissage est l’expression d’une organisation psychopathologique dont le pronostic est mauvais ou incertain. Un petit détour par la question de la représentation pour situer le rôle des mots et du langage dans la pensée. J’emprunterai les propos qui suivent à G. Diatkine." Parmi les impressions et les idées qui viennent à notre conscience, peu s’y présentent pour la première fois. Aux perceptions toujours nouvelles que nous avons du monde extérieur et de notre corps, s’associent une multitude de "re -présentations". Parfois, ces représentations et ces perceptions sont presque identiques. Dans d’autres cas, les représentations s’écartent considérablement de la réalité. On dit alors qu’elles sont imaginaires. Si l’on admet que l’éducation a pour but général de faire que les enfants distinguent l’imaginaire de la réalité, les éducateurs sont concernés au plus haut point par le problème posé par les représentations imaginaires.
La distinction entre le réel et l’imaginaire s’établit lentement et n’est jamais définitivement stable. Quand un enfant de trois ans a un cauchemar, une fois réveillé, il reste persuadé qu’il y a un crocodile ou un loup dans le placard. Il n’est donc pas toujours si facile de distinguer l’imaginaire du réel même chez les enfants parfaitement normaux.L’école donne à l’enfant des moyens de percevoir la vérité à coup sûr, de faire la part entre ce qu’il imagine et ce qu’il perçoit, de façon à pouvoir modifier le monde. Ce n’est pas par hasard que l’école primaire commence entre cinq et sept ans, à la période où le complexe d’Oedipe est en train de se terminer. C’est en effet le moment où les enfants renoncent à prendre leurs désirs œdipiens pour des réalités lire plus


