une réduction du risque de progression de 40 %, par rapport à ceux qui n'en consomment pas.

Oméga-6/oméga-3

Le poisson semble aussi exercer un effet protecteur, mais uniquement chez les sujets qui ont les apports les plus faibles en acide linoléique (C18:2, oméga-6). On sait que les vertébrés aquatiques, surtout les variétés grasses (sardines, hareng, maquereau, saumon…) sont riches en oméga-3 hautement polyinsaturés que sont le EPA et le DHA. Et que le DHA (C22:6 oméga-3) s'accumule notamment dans la rétine. Son rôle dans la vision est bien documenté, en particulier chez le prématuré et le nouveau-né. Le fait que dans cette étude, l'effet protecteur du poisson se limite aux personnes qui n’ingèrent que peu d’acide linoléique est un argument, parmi d’autres, en faveur d'une réduction du rapport entre les acides gras oméga-6 et les oméga-3. Les observations de cette étude portant sur le lien entre les lipides et l’AMD pourraient s’expliquer par le rôle des acides gras dans la formation de la plaque athéromateuse au niveau des artères qui irriguent la choroïde et la rétine.

La cataracte aussi

La cataracte représente une autre menace pour la vue, et actuellement la seule réponse est de nature chirurgicale. Et ici aussi, les antioxydants sont considérés comme prometteurs, même si les arguments disponibles sont loin de constituer des preuves irréfutables. Dans l’étude REACT (Roche European American Cataract Trial), une combinaison d'antioxydants (bêta-carotène, vitamine C et vitamine E) était à même de freiner légèrement le développement de la cataracte (4). D’autres investigations, menées auprès d’un groupe de femmes âgées de 52 à 74 ans issus de la cohorte de la Nurses’Health Study, rapportent que l’opacification du cristallin est associée de façon inverse à l’apport en vitamines B1 et B2, ainsi qu’à la durée de prise de vitamine E.

Épinards et brocoli

« Les carottes, c’est bon pour les yeux », dit l’adage. Un adage revisité avec les brocolis ou les épinards. Ces trois légumes sont tous riches en caroténoïdes, dont le bêta-carotène. Les caroténoïdes, dont on dénombre plus de 600 composés, sont des pigments jaune-orange-rouge, dont la coloration est parfois masquée par la présence de chlorophylle (ex : épinards). Il s’agit de puissants antioxydants, parmi lesquels certains peuvent s’accumuler préférentiellement dans certains tissus ou organes. C’est le cas de la lutéine et de la zéaxanthine, largement présentes dans les épinards et les brocolis, et que l’on trouve en quantités abondantes dans la macula. L’apport alimentaire en ces deux caroténoïdes, notamment au travers de la consommation de brocolis et d’épinards, a été associé à un risque réduit de cataracte (5).

Œil, cœur et vaisseaux

Dans la cataracte aussi, les lipides semblent jouer un rôle. Ainsi, les données de la Nurses’Health Study recueillies au cours d’une période de 16 ans rapportent que celles qui mangent le plus de lipides totaux accusent une légère augmentation du risque de cataracte, et celles avec les apports les plus élevés en oméga-3 bénéficient d’une légère réduction du risque. Ici encore, le fait d’ingérer régulièrement du poisson est associé à une réduction du risque de cataracte. Bref, s’il y a encore bien des preuves à récolter pour bien appréhender le rôle de certains nutriments dans la préservation de vue, il semble de plus en plus claire qu’en matière d’en matière d’influence alimentaire, la santé de l’œil partage révèle bien des points communs avec la santé du système cardiovasculaire

Par Nicolas Guggenbühl

" HEALTH & FOOD " numéro Spécial, Mai 2006
(reproduit avec la permission écrite de:http://healthandfood.be)




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