Facteurs de risque
Une approche classique en santé mentale consiste à tenter de définir des populations dites « à risque ». C'est ainsi que les jeunes, les personnes âgées, les allochtones ou encore les homosexuels sont souvent pointés comme des groupes spécifiques présentant un risque accru de passage à l'acte suicidaire. Si cette approche présente de prime abord l'avantage de cibler un groupe spécifique et de faciliter ainsi les approches possibles, elle comprend de nombreux écueils.De fait, le problème de cette approche est qu'elle tend à réduire un individu à un comportement général. De plus, certaines caractéristiques de ces groupes à risque sont irréductibles. Aucune campagne de prévention ne changera le fait d'être jeune ou âgé. De plus, cette approche présente la problématique comme relevant d'un schéma causal. Or, la pratique nous démontre qu'en matière de dépression et de suicide, le schéma est beaucoup plus complexe et il ne suffit pas d'appartenir à un groupe à risque pour présenter au niveau individuel des risques accrus de passage à l'acte suicidaire.
Nous ne parlerons donc pas dans cet avis de « populations à risque ». Tout d'abord, les chiffres disponibles ne sont pas suffisamment fiables pour pouvoir déterminer avec certitude des « populations à risque ». Ensuite, ces groupes sont rarement homogènes et on ne peut dès lors pas en parler en termes de généralités (exemple: les allochtones; ce n'est certainement pas le fait « d'être allochtone » qui peut comporter des risques de dépression ou de suicide mais bien la rupture du lien social que peut, éventuellement, entraîner ce type de situation). Il est donc bien plus pertinent de parler de « facteurs de risque » (dont la rupture du lien social, par exemple) en même temps que des « facteurs de protection ».
Un programme de prévention devrait ainsi tendre à réduire les facteurs de risques et augmenter les facteurs de protection et ce, dans la population en général.
Issus de l'observation clinique et de corrélations statistiques, ces facteurs ne permettent donc en aucune manière d'établir un risque prédictif du passage à l'acte suicidaire.


