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Les dilemmes éthiques de la recherche médicale Nord-Sud 

Suisse 

Les projets de recherche médicale conjointe entre les pays riches et ceux en développement souffrent de pratiques déontologiques discutables et d'un mode de financement inéquitable. C'est du moins le cri d'alarme que lance Tessa Tan-Torres Edejer, de l'Organisation mondiale de la santé, dans la plus récente édition du British Medical Journal. Parmi les injustices les plus criantes, on note le fait que les maux qui représentent 90% des malades dans le monde ne reçoivent que 10% des fonds de recherche.

Certaines pratiques de recherche clinique dans les pays du sud prêtent à la controverse. Dans un cas célèbre, il y a deux ans, un organisme américain a testé des protocoles moins coûteux de traitement à l'AZT sur des sidéens du Tiers-Monde. Certains de ces sujets recevaient même un simple placebo. On l'avait accusé de faire prendre tous les risques à ses cobayes du Tiers Monde, alors que ses patients aux États-Unis, eux, recevaient le traitement à l'efficacité démontrée. L'organisme en question avait rétorqué que ses pratiques étaient éthiques, puisque les traitements normaux dans ces pays ne comportaient pas le coûteux AZT.

Certains types de « colonialisme scientifique » sont en déclin, notamment la pratique qui consiste à aller dans un pays du Sud, y prélever des échantillons de sang, faire les analyses dans le Nord et publier les résultats dans une revue scientifique sans jamais y associer des chercheurs du pays concerné.

Mais d'autres pratiques discutables demeurent. La plupart des instituts de recherche sur les maladies tropicales, par exemple, sont situés en Europe et en Amérique du Nord. De plus, ils ne s'intéressent guère qu'aux parasites, alors que la médecine tropicale devrait aussi couvrir la surpopulation et à la malnutrition.

Plus insidieux encore, les projets de recherche conjoints sont lancés à l'initiative des pays riches la plupart du temps. Les chercheurs du Sud associés à ces projets ne travaillent qu'avec leurs collègues du Nord et finissent par perdre le contact avec les autres chercheurs de leur pays. En plus d'affaiblir les programmes locaux, cette pratique accélère l'exode des cerveaux.

Tessa Tan-Torres Edejer conclut en affirmant que la valeur d'un projet de recherche médicale Nord-Sud ne doit pas être évaluée seulement à la lumière des résultats scientifiques obtenus. Il faut aussi tenir compte des priorités locales et de l'impact sur la capacité de recherche des pays en voie de développement. 

Philippe Gauthier 


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