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Un faux réussi 

Grande-Bretagne 

Chimistes à l'University College de Londres, en Grande-Bretagne, Robin Clark et Katherine Brown, sont formels : la carte du Vinland est un faux document. Selon eux, l'altération artificielle de l'encre noire avec laquelle on a tracé les frontières montre que le parchemin n'est pas un original. Car l'encre utilisée n'existait pas avant…1923! C'est ce qu'ils expliquent dans la revue Analytical Chemistry de juillet dernier.

Les chercheurs se sont servis d'appareils de spectroscopie et en dessous du trait d'encre noire, ils ont trouvé la présence d'une ligne jaune, de l'anastase, un dérivé du dioxyde de titane et dont la synthèse n'a été découverte qu'en 1923. Sachant qu'un tel jaunissement est une caractéristique commune des manuscrits médiévaux, Robin Clark pense qu'un faussaire a pu simuler cette dégradation en ajoutant une ligne d'anastase synthétique sous son trait d'encre au carbone. Quant à l'hypothèse que l'anastase se soit formée naturellement, le chimiste indique que les cartes de cette époque ne contiennent pas ou peu d'anastase et que la substance est toujours associée à d'autres éléments comme l'ilménite. Ce qui n'est pas le cas pour la carte du Vinland.

La carte du Vinland a été découverte en 1957 en Italie. En 1965, l'Université de Yale aux États-Unis, qui en est devenu acquéreur, la rend publique. Sur le parchemin qui décrit les expéditions maritimes des Vikings, figurent le Helluland, le Markland et le Vinland, trois territoires découverts par deux aventuriers islandais établis au Groenland, Bjarni Herjolfsson et Leif Eriksson. Selon certains, la carte du Vinland constituait la preuve irréfutable que l'Amérique avait été découverte en l'an 1 000. Sauf que jusqu'à présent, personne n'avait pu authentifier le document avec certitude. Déjà en 1972, un expert en pollution atmosphérique avait analysé la carte et avait conclu que celle-ci était fausse.

Une autre étude, parue dans la revue Radiocarbon de juillet 2002, rapporte que des chercheurs américains ont authentifié un fragment de la carte de Vinland, avec la méthode de datation au carbone 14. Selon eux, celle-ci a été fabriquée entre 1411 et 1468. Robin Clark estime cependant que la datation au carbone 14 du parchemin ne prouve que l'authenticité du support. Ce qui indique que le faussaire a utilisé une feuille d'époque.

En l'an 1000, Leif Eriksson s'embarque en direction d'un territoire inconnu et désolé, qu'il nomme Helluland et qui correspondrait à l'île de Baffin. Puis il longe la côte vers le sud et aboutit au pays des arbres ou Markland; vraisemblablement le Labrador. Il accoste enfin une terre riche et fertile qu'il appelle Vinland, le pays du vin, car la vigne sauvage y pousse. Il y installe un campement où il passe l'hiver; sans doute à l'Anse-aux-Meadows, au nord de Terre-Neuve. Plusieurs expéditions s'ensuivent pendant quelques dizaines d'années mais les Indiens, qui peuplaient déjà les lieux, les combattent et les obligent à battre en retraite.

Toutefois, des vestiges probablement vikings (le reste de huit habitations en terre comparables à celles des Vikings en Islande et au Groenland), découverts à l'Anse-aux-Meadows, montrent bien que les Vikings ont découvert l'Amérique cinq siècles avant Christophe Colomb. 

Aurélie Deléglise 


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