Le clonage humain : une menace anthropologique 

France 

On n'en sort pas : l'avenir de l'humanité passe par le sexe. C'est un illustre généticien français, Axel Kahn, qui le dit en se livrant à une vive critique contre les projets de clonage humain. « Ça va à l'encontre même de l'idée d'évolution », dit-il.

Auteur de quelques ouvrages remarqués sur le sujet de la génétique, Axel Khan ne ménage pas ses critiques à l'égard de ce projet qui a pris une tournure concrète depuis la naissance de la brebis Dolly en 1996. Plusieurs estiment maintenant que le compte à rebours est amorcé et que les jours sont comptés avant que naisse le premier être humain cloné. Évidemment, cela ne va pas sans que soient soulevées, çà et là, de nombreuses questions éthiques et morales.

« Il y a longtemps que le clonage existe, au moins trois milliards d'années ! », rappelle Axel Khan, de passage au Salon du livre. « On connaît bien cette stratégie de survie en observant des populations microbiennes lorsqu'elles se trouvent dans une situation défavorable. Soumises à un antibiotique, par exemple, toutes les cellules meurent sauf une. Et c'est à partir d'elle que se reconstituera la population suivante. Certes, c'est une stratégie de survie, mais ça ne permet aucune évolution. Alors que dans la reproduction sexuée, il y a en permanence une très grande variabilité génétique. C'est d'ailleurs ce qui fait que chaque humain est différent et qu'il n'existe pas en un seul modèle ».

Le meilleur salut, c'est la sexualité ? « Outre que ce soit agréable, ça garantit l'altérité. La conception d'un enfant est un véritable jeu de hasard. Le clonage, c'est la négation de l'altérité et de ce hasard qui est pourtant indissociable de la particularité de l'humanité. »

La reproduction possible en copie conforme d'être vivants suscite néanmoins certains fantasmes. Notamment dans certaines sectes religieuses. On associe même à ce projet une promesse d'immortalité. Des chercheurs en médecine vont dans ce sens. « C'est une grosse supercherie, dénonce Axel Khan. Ça concrétiserait le fantasme d'une instrumentalisation totale de l'être vivant et du sujet. C'est une menace aux libertés futures de l'humain. C'est même une menace anthropologique. » L'Homme voudra-t-il donc se comparer à un microbe ?

Pour en savoir plus :

Copies conformes / par Axel Khan. Éditions Odile Jacob, 1998.

 

Raymond Lemieux 


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