Quelles sont les voies actuelles de la recherche ?
Le domaine de l’AMP est un domaine quelque peu à part au sein de la recherche. En effet, l’assistance à la procréation a toujours progressé non pas, comme c’est le cas dans les autres disciplines, à partir d’expérimentations scientifiques visant à mesurer l’efficacité et le risque (sur de grandes séries, sur des modèles animaux validés, sur la descendance, etc.), mais, selon Bernard Jégou (Directeur de l’unité INSERM 435, «Groupe d’étude de la reproduction chez le mâle»), au fil d’une succession de « coups d’État biologiques » que les laboratoires n’ont fait qu’entériner.En effet, la demande impatiente des couples qui savent leur espérance de vie reproductive comptée, la légitime volonté des praticiens de satisfaire cette attente, le formidable écho médiatique rencontré par la progression de ces techniques, sans oublier les importants intérêts économiques mis en jeu ont favorisé un développement largement empirique de ces techniques sous une pression toujours plus forte.
Encore aujourd’hui, ce n’est qu’en un second temps que les questions qu’elles soulèvent sont posées et prises en charge par la recherche.
En réponse à l’oligospermie : l’injection de spermatides, une technique controversée
Ainsi, actuellement, l’une des techniques issues de l’ICSI, l’injection de spermatides, suscite-t-elle de nombreuses polémiques. Ces polémiques s’ancrent autour de deux débats : d’une part, la reproductibilité de la technique, pour l’instant, n’a pas été démontrée, d’autre part, dans la mesure où, jusqu’à présent, il n’a pas été trouvé d’hommes qui produisent des spermatides sans produire de spermatozoïdes, l’utilisation de ceux-ci serait, sans preuve du contraire, toujours possible.Les spermatides sont des cellules germinales précurseurs des spermatozoïdes dont la maturation génétique n’est pas achevée. Dès lors, et dans la relative méconnaissance dans laquelle se trouvent encore les recherches sur les mécanismes biologiques sous-tendant les phénomènes de la fécondation et du développement, de nombreux chercheurs (parmi lesquels Bernard Jégou et Axel Kahn_ Directeur de l’unité INSERM 129, Institut Cochin de génétique moléculaire_) considèrent que l’ADN de cette cellule n’ayant pas suivi le même processus chimique que celui du spermatozoïde, il pourrait être à l’origine de perturbations embryonnaires et de certaines maladies génétiques.
En 1995, cette technique réalisée par le laboratoire de Jacques Testart (Directeur de l’unité INSERM 355 «Maturation gamétique et fécondation»), a cependant permis la naissance de deux garçons. Bien entendu, personne ne songe à remettre en question l’extraordinaire champ d’investigation qu’ouvrent ces évolutions pour l’élucidation des infertilités masculines, des mécanismes d’expression des gènes au cours de la spermatogenèse, du rôle des gènes dans les processus de fécondation, etc... Mais les moyens nécessaires à la mise au point de modèles animaux restent à mettre en place, condition indispensable à une réflexion sereine faisant la part entre l’éthique et la recherche.
En réponse à l’hypofertilité féminine : des voies de recherche diversifiées
Du côté de l’hypofertilité féminine, les recherches s’orientent d’abord vers l’amélioration des embryons transférés.La première technique expérimentée consiste à faire évoluer l’embryon in vivo jusqu’au 6e jour, ce qui permet d’identifier les embryons les plus évolutifs et de les transférer avec plus de chances d’implantation.
Une seconde technique, ou hatching consiste à faciliter l’éclosion de l’ovocyte en réalisant mécaniquement ou chimiquement une brèche dans la zone pellucide de l’oeuf en cours de maturation afin que l’embryon puisse s’en extraire plus aisément.
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