" En général, Nadia a faim, elle a même très faim… : De temps en temps, elle s'oublie jusqu'à dévorer gloutonnement tout ce qu'elle rencontre. Elle a des remords horribles de cette action mais elle la recommence tout de même. "
On retrouve bien cette notion d'ingestion incontrôlable d'une quantité excessive d'aliments et du sentiment de honte, critères diagnostiques du DSM.Nadia a présenté des obsessions qui se sont accentuées à la fin de la puberté et a connu une phase anorexique durant six mois avant de passer à une phase boulimique.Janet mentionne également que Nadia a connu des moments dépressifs sévères et rattache ses troubles du comportement alimentaire à l'hystérie, définie par lui comme une altération de l'esprit, dans lequel les phénomènes ne sont plus synthétisés.L'auteur a eu, sans pouvoir en rendre compte théoriquement, la connaissance clinique des rapports entre troubles alimentaires, éprouvés corporels et sentiments dépressifs, d'incomplétude et de faiblesse, à opposer au sentiment exagéré de force de l'anorexie. L'intérêt des descriptions de Janet réside en ce qu'elles confirment l'association entre boulimie et troubles thymiques ou boulimie et troubles anxieux.
Un peu plus tard, en 1908, Janet décrit l'alternance chez l'anorexique de phases de restriction et de crises de boulimie suivies de remords.Freud, en 1925, qualifie la boulimie de défense hystérique et parle du vomissement comme une défense hystérique contre l'alimentation.
Il cite, dès 1895, les " accès de fringale " souvent accompagnés de vertige, parmi les symptômes de la névrose d'angoisse qu'il sépare de la neurasthénie.
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Moitié du XX ème siècle
Il fait donc déjà implicitement le lien entre anorexie et boulimie.Mais il faudra attendre néanmoins les années 60 pour que d'autres psychiatres reconnaissent enfin explicitement ce lien en ne faisant de la boulimie qu'un épiphénomène de l'anorexie mentale.On peut ainsi conclure que si la boulimie est depuis longtemps citée dans la littérature, ce n'est que très progressivement que la boulimie en tant que syndrome et entité autonome parviendra à se dégager de l'anorexie mais également de la boulimie.Et ce n'est effectivement qu'à la fin des années 70 et grâce entre autres aux travaux, en France, de Brusset(1977) et de Igoin(1979) que la boulimie s'individualise en entité clinique autonome.
H. Bruch, dès 1973, attire l'attention sur une catégorie de sujets qu'elle qualifie de thin-fat people (autrement dit des sujets " minces-gras "), anciens obèses qui ont récupéré un poids normal à force de privation et de régimes mais chez qui l'image du corps est restée inchangée puisqu'ils se perçoivent toujours, psychologiquement et affectivement comme des obèses.
Cet auteur rapporte donc la possibilité de survenue de prises alimentaires compulsives chez ces sujets normo-pondéraux qualifiés de " gros-maigres ".Et c'est en 1975 que l'on découvre enfin, grâce à Rau et Green, la description " conduite boulimique impulsive " sans référence à l'obésité ni à l'anorexie.
Cependant, si l'on croit être alors arrivé à l'autonomisation du syndrome boulimique, on réalise qu'il n'en est rien encore puisque l'on peut découvrir, toujours en 1975, dans le manuel alphabétique de Psychiatrie de Porot, qu'il est nulle part fait mention de la boulimie.Ce sera seulement en 1984 que l'on trouvera enfin la boulimie décrite comme " un besoin pathologique d'absorber de grandes quantités de nourriture avec le plus souvent sensation de faim ".
Un an plus tard, en 1976, puis en 1977, Bosking-Lodhal et Sirlin, parlent d'un syndrome dominé par les épisodes de suralimentation qu'ils dénomment alors boulimarexie.Puis Palmer, en 1979, décrit l'existence d'un " syndrome de chaos alimentaire ", un trouble du comportement alimentaire caractérisé par les accès de boulimie.
(reproduit avec la permission écrite de:http://membres.lycos.fr/alexyana/)


